‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 287 sur 478 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Le même jour, sor le soir.

LE ROI, toujours dans son lit. Ayant fait mettre une table de jeu dans la ruelle à droite j pour jouer à trois dés selon sa coutume, quatre courtisant sont assis à celte table; l'un d'eux est LE COMTE DE BAS- SOMPIERRE , un autre est BERIN6HEN.

{Après quelques cùups de dés et des mouve^ ments d'argent qui y répondent, arrivent madame la duchesse d'Angouléme et mademoiselle de Montmorency, sa nièce) (*).

LB BOi, après les salutations d^u^age, s'adressant à madame d'Angouléme: — Madame d^Angoulême, voulez vous approcher de ce cêté? (// lui montre la ruelle à sa gauche.)

LA DUCHES8B d'angoulAmb , pas,*ant dans fa ruelle. — Votre Majesté est toujours souffrante? (Elle h^approche du roi.)

LE BOf. — J'ai beaucoup souffert la nuit passée... Cependant j'ai beaucoup pensé à vous et à votre nièce; j'ai réfléchi sur son mariage. Bassompierre, sans doute, serait un mari convenable ; mais mademoiselle de Montmorency serait plus dignement mariée au prince de Condé, et je ne vois qu'elle qui convienne à mon neveu. En lui donnant le prince de Condé, j'aurais la satisfaction de l'approcher davantage de moi: je l'aime véritablement comme ma fille. Ne voyez-vous point d'obstacle à ce changement?

(*) Cette dtspœiUoa de la scène est exactement conforme au récit de Bassompierre, p. 147.

LA MORT D^ HENRÎ IV

hk ovcHEssB d'angoulême. — Ma nièce sera touchée comme elle doit être de Thonneor que vous lui faites, en vous proposant de la marier au premier prince de votre sang. Mais que deviendront les engagements de M. de Montmorency^ et le consentement de sa fille même avec le ccmite de Bassompierre?

LB ROI. — J*ai l'assurance que Bassompierre ne se prévaudra pas de la parole de M. le connétable. Vous serait-il difficile d'engager le connétable à se 4ésister de celle de Bassompierret

LA DIJCHK8SB d'angoul^Kiib. «p- GeU ue doit pas être impossible. M. le connétable ne peut être insensible à la bonté de Votre Majesté et à Fhonneur qu'elle lui fait. Je lui parlerai, si elle le permet.

LE fioi. — Oui^ parlez-lui. Mm, avant^ il faut que je sache ^ de la bouche de votre nièce même, si elle n'a point de répugnance pour ce nouvel arrangement. Dites-lui de venir près de moi^ afin que je connaisse son sentiment.

LA DDCHESSB u'akgoulâme, ch sc retirant de la ruelle, — Elle va se rendre à vos ordres. [Elle parle basa sa nièce, qui passe dams la ruelle à sa place) (*).

LB ROI. — J'ai beaucoup réfléchi sur votre établissement; je m'y intéresse véritablement en ami et en père, et je me fie aussi en votre amitié pour moi. Vous pouvez me tirer d'un embarras singulier, et je m'assure que vous me voulez un peu de bien en retour de celui que je vous déare et vous ferai en tout ce que je pourrai. Je ne sais à qui marier mon neveu : je ne veux point le marier hors de France; je ne veux point non plus le marier à mademoiselle du Maine ^ parce que je ne puis accroître d'un tel chef les restes de la Ligue. Je ne vois que vous qui conveniez au premier prince du sang; et quand je considère tout ce que vous avez de mérites et de charmes, je ne vois que lui qui ne soit point au-dessous de vous. M. le connétable, votre père, est déjà grand-oncle de M. le Prince (**). C'est trop peu pour vous d'être une simple dame, étant déjà si près du

(*) Toute cette action est exactement conforme à ce que dit Bassompierre, p. 147.

(••) Mémoires de Bassompierre, p. 144.

rang de princesse. Ce serait pour moi une grande satisfaction de resserrer par votre moyen cette alliance, de vous avoir pour nièce et pour amie, et de compter sur vous comme sur une proche et bonne parente, pour la consolation et l'agrément de ma vieillesse... [Ici le roi parle d*une voix émue, et ses yeux se mouillent.) Si vous saviez combien j'ai besoin, après tant de traverses et de chagrins dont ma vie a été remplie, de trouver dans ma ûumHe un peu d'aflection, vous ne seriez pas meonble au désir que je vous témoigne^.. Je suis dans un véritable abandon...

MADEMOISBLLB DB MONTMORENCY, OVeC ^910-

tion^ — Ah! sire , se pourrait-il que mes respects contribuassent à votre contentement?

LE BOi. — Ma chère enfant, vous seule pouvez me rendre la vie désormais supportable. J'espère que vous ne me refuserez pas la marque d'amitié que je vous demande, en épousant mon neveu?

MADEMOISELLE DB MOMTMOKENCY. — 11 n'eSt

pas en mon pouvoir de rien opposer aux motifs que Votre Majesté a la bonté de me faire connaître.

LB Boi. — Oui, devenez ma nièce; soyez ma fille, ma fille chèrement aimée. Vous le voulez bien, n'est-ce pas? Ma nièce! ma chère nièce!

MADEMOISELLE DE MONTMOBENCV. — VotTC

Majesté peut ordonner tout ce qui dépendra de moi.

LB Boi. — J'en veux donner moi* même la nouvelle à madame d*Angouléme.

{Mademoiselle de Montmonncy se retire; la duchesse d*Angouléme prend sa place dans la ruelle du roi, qui lui dit :)

Votre nièce consent à épouser le prince de Condé. Charg«'Z-vous de faire entendre à M. le connétable que cet arrangement convient mieux que tout autre à sa famille et à la dignité de sa personne.

LA DUCHESSE D'A^GOl]LÉME. — Je Vaîs luî

remener sa fille, et par la même occasion je lui ferai connaître les nouvelles bontés de Votre Majesté.

[Pendant ce dernier entretien, mademoiselle de Montmorency, sur qui te comte de Bassoffir pierre a Us yfUxfixés,jeUe sur lui un regard tendre et douloureux, en haussant les épaule^» Bassompierre pâlit , porte son mouchoir à son

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