SCÈNE PREMIÈRE
Dans le cabinet du roi.
LE ROI, LE PRINCE DE CONDÉ, M. DE PRASLTN, LE COMTE DE BAS90MPIERRE, M. DE THERMES, irr autbbs courtisans.
(Le roi s'entretient avec plusieurs de ces cour^ tisans d'un côte' du théâtre, vers le fond; le prince de Condé de l'autre côté, sur le devantj avec Bassompierre, Prasiin et Ther^ mes) n.
LB PRINCE OK CONDÉ. — MoDsîeur do Bassompierre, et vous, messieurs de Thermes et de Rpaslin, je vous prie de vous trouver cette après-dinée diez moi.
M. DB PRASLiif. — Monseigneur, je suis i vos ordres.
M. DB THERMES. — Je m^y rendrai avec empressement.
(Le comte de Bassompierre ne répond rien.)
LE FBiNCB DE COUDE. — Cost pour mes fiançailles... c'est pour m'accompagner à mes fiançailles.
(Le comte de Bassompierre rougit et salve.)
MM. DB THERMES ET DB PRASL1N. — NoUS
sommes très-flattés de l'honneur que vous voulez bien nous faire.
LE PBI^cB DE coif DÉ. —Je compte donc sur vous.
(Il s'éloigne.)
LE ROI s*approehe, et s'adressant en particulier au comte de Bassompierre ; — Bassompierre, disHnaoi de quoi te parlait le prince de Condé P).
(*) Mémoires de Bassompierre, p. 147.
(**) Cette disposition de la scène est conforme à la narration de Bassompierre, p. 148.
(***) Dialogue copié littéralement. (Bassompierre, p. 148 et 149.)
LE COMTE DE BASSOMPIERRE. — SirC, il m'a
demandé une chose que je ne ferai pas. LE ROI. Et quoi donc ?
LE COMTE DE BASSO&I PIERRE. — QuC jC PRC-
compagne pour se venir fiancer. N'est-il pas assez grand pour y aller tout seul , et ne se saurait-il fiancer sans moi ?
LE ROI. — Mon ami , c'est une marque de considération qu1l vous a voulu donner.
LE COMTE DE BASSOM^ICRMM. ^ Je VOUS fé-
pond^, sire, que s'il n'a pas d^sntre aeconrfpagneur que moi , il sera fort mal sCiîvK
LB ROI. — Il convievt de hite eé qa*ft vous a demandé.
LE COMTE DE BASSOMPIUAB. — - Je VOUS SUp-
plie très-humblement de ne me point le commander, car je ne le ferais point.
LB ROI. — Bassompierre, sans que je Pordonne, vous le ferez.
LB COMTE DE BASSOMPIERRE, VivCmcnt. —
Votre Majesté n'est-elle pas contente que j'aie abandonné ma passion au premier mot qui m'a fait connaître ses désirs et sa volonté ? Voudra-t-elle me forcer de me laisser mener en triomphe, après m'avoir ravi ma prétendue et tout mon contentement (*) ?
LE ROI, lui prenant l^ bras à sa manière orroutumée. — Je vois bien, Bassompierre, que vous êtes en colère; mais je m'assure que vous ne manquerez pas d'aller à ces fiançailles^ quand vous aurez considéré que c'est mon neveu, le premier prince du sang, qui vous en a prié lui-même. ( Le roi le quitte et va vers MM. de Prasiin et de Thermes , et leur dit : ) Bassompierre a la tête montée; il a du chagrin. Je ne veux pas qu'il se brouille avec -le prince de Condé, ni qu*il compromette sa fiancée. Allez diner avec lui {'*); calmez-le; amenez-le à vous accompagner de bonne grâce chez le prince de Condé, et à venir à sa suite au Louvre.
M. DE PRASLiii. — Oui, sirc; et, le premier moment passé, nous aurons de lui tout ce que Votre Majesté désire.
LE ROI. — Il me fait beaucoup de peine à voir; il est si défait qu'il n'est pas reconnaissable. Parlez-lui doucement et comme bons
(*) Littéral.
(**) Bassompierre, p.
amis. A ce soir donc ! ï-e prince doit être rendu au Louvre à cinq heures; la fiancée doit y arriver un quart d'heure avant lui. A ce soir!
M. DB PBASLiH. — Sirc, uous scrous exacts, {Le roi se retire.) Ce pauvre diable de Bassompierre a bien de la peine à se remettre de la secousse qu'il reçut de la première conversation du roi avec mademoiselle de Montmorency, au sujet de ce mariage avec M. le prince de Condé. Elle lui fit un signe d'adieu en sortant de la ruelle du roi; il quitta le jeu, alla se jeter dans le carrosse de M. d'Épemon , qui se trouvait à la porte, et se fit conduire à moitié mort chez lui, où il resta trois jours sans voir personne C)*
M. DB THBBMB8. — Il faut qu'il se remette avec d'Entragues et ses autres maîtresses, qu'il a quittées pensant se marier (**).