‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 3 sur 478 · LE DAUPHIN, LE DUC DE BAR, LE SEI- GNEUR DE MARCOIGNET · texte numérisé non relu

LE DAUPHIN, LE DUC DE BAR, LE SEI- GNEUR DE MARCOIGNET

LR DOC DE BAR. — MonseigneuF, tout va bien. Dans trois heures, Paris sera sens dessus dessous.

LK DAUPHIN, Cair inquiet {*). — Duc de Bar, ce n*est pas le moment de plaisanter.

iiABcoiGNET. — C'est le moment d'oser et de vaincre. Les halles sont à nous; les forts se battront, s'il le faut, comme des diables.

LE DOC DE BAR. — Et Ics fcmmcs cricront conune des enragées. Ces dames de la halle ont des voix ! quelles voix !

LE DAOPHiN. — Eh! la voix du peuple!

heureux qui Ta pour soi !

MARCOIGNET. — La voix du peuple, c'est la voix de Dieu.

LE DOC DE BAR. — La voix dc Dicu plutôt que la voix de ses anges. Oh ! il n'y a rien de mieux pour crier à minuit, ce soir, dans tout Paris: Vive le Dauphin ! au diable les Armagnacs ! au diable la reine ! au diable toute la cour de l'hôtel Saint-Paul !

LR DAUPHIN. — Llieui'e est- elle bien donnée?

MARCOIGNET. — Oui , mouseigncur; à minuit pi*écis, le tocsin de Saint-Eustache sonnera. Tout le quartier des halles se soulève

(*) Cet air d'inquiétude ne le quitte pas durant toute la scène. Il ne faut pas oublier que la chronique le qualifie de lâche et paoureux.

alors; une partie s'empare des postes; une autre se rend au Louvre où nous voici, vous conjure de vous mettre à leur tôte, de chasser la faction d'Armagnac, de tirer le roi des mains de la reine, et de l'amener au Louvre; et enfin de gouverner la France, qui ne peut être sauvée que par le fils des maux qu'a entraînés l'état affligeant du père, et qui a besoin de voir rhéritier présomptif de la couronne prendre la place du monarque qui survit à sa raison , et n'est plus que le malheureux instrument des passions d'une cour corrompue et d'une reine dépravée... Pardonnez, monseigneur, si je m'exprime ainsi en parlant d'Isabelle, votre mère.

LE DUC DR BAR, Hant. — Ditcs donc au moins. Votre auguste mère.

LE DAOPHIN. — Ou plutôt ma tendre mère. Oui, oui , il faut mettre fin aux malheurs de rÉtat. Moi , je ne vois que l'État et le bien public.

LE DOC DE BAR. — Nous cu rafToIous tous. Vive monseigneur le Dauphin! vive le bien public !

LE DAOPHIN. — L'amour du bien public est devenu une passion en moi. Je ne concevais pas cela il y a six mois ; je ne m'en faisais pas une idée. Mais depuis que je vois les Armagnacs, que j'ai soutenus contre le duc de Bourgogne mon beau-père, et que j'ai aidés à triompher de lui; depuis que je les vois aussi obstinés que lui à m'éloigner des affaires et à me refuser de l'argent, vraiment les malheurs de la patrie m'affectent profondément. Cela me prend ici [montrant son cœur) ; et quand je pense à ces gens-là, l'amour du bien public me suffoque.

UARC016KRT. — Jc mc figure la colère de la

reine. Son premier moment sera terrible.

LE DàOPHiif . — Elle s'adoQcira ; laissez-lui le temps de rencontrer les yeux de Boisbourdon...

LK DUC DE BAR. — Et moî ^ cc quc jc me représente ; c'est la figure du comte d'Armagnac^ lorsque cet auguste descendant de Clovis se verra tout à fait descendu,.. Comme sa mine de prétendant va s*allonger^ lorsque son épée de connétable se trouvera raccourcie I Ah! ah! ah! (//riï.)

LE DAUPHIN^ riant avec contrainte et de complaisance. — Et son gendre^ le duc d'Orléans^ mon cher cousin; les beaux vers^ les belles complaintes qu'il va faire ! Ah ! ah I ah !

LE DUC DE BAB. — Gommc il va bien chanter ses douleurs ! et encore il s'accompagne luimême... Ah! ah!

LE DAUPHIN. — C'est uu véritable troubadour, que mon cousin... Ah ! ah !

LE DUC DE BAB. ^ Et VOUS DO parlcz pàs de notre bon vieux duc de Berri^ votre grand-oncle et beau-père du connétable^ ce cher oncle^ qui vous a si bien élevé, et qui va recueillir le prix de ses soins.

LE DAUPHIN. — Et de la seigneurie de Me* hun-sur-Yèvre, qu1l m'a donnée dans son domaine du Berri. Ah! ah! ah!

MABCOiGTfET. — Mouseigueur ^ songeons à notre affaire. Rambouillet devrait être ici ; il est dix heures. Nous n'en avons plus que deux d'ici au moment décisif. Ce n'est pas trop pour nous armer, et faire préparer nos chevaux.

LE DAUPHIN. — Avons-nous affaire de Rambouillet? n'a-t-il pas le mot d'ordre?

MABGOiGNET. — Oui; mais il s'est chargé d'une commission importante , et il serait bon de savoir...

LE DAUPHIN. — Eh quoi donc?

MABGOIGNET. — Il s'cst chargé de voir le marguillier de Saint-Eustache.

LE DUC DE B%B Et pourquoi faire?

MABcoiGNET. — Pourquoi faire! Tout dépend de lui. C'est chez lui qu'est la clef du clocher. On ne peut pas sonner le tocsin, à minuit^ sans sa permission. U faut donc être assuré de lui.

LR DAUPHIN. — Sans doute! Ce tocsin est le signal d'où dépend toute l'affaire.

MABCOIGNET. — Cc marguilUcr est un original...

LE DUC DE BAB. — Scrait-ll douteux?

MABCOIGNET. — DOUtCUX? DOU. C'CSt UU dis-

LE MARGUILUER DE SAINT-EUSTACHE

coureur qui raisonne sur tout ce qu'on lui propose f mais qui fait tout ce qu'on lui ordonne.

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