‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 301 sur 478 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LBs MÉMBS, LE DUC DE SULLY.

{Le roi se promenant la tête baissée, les mains derrière le dos , et tous les assistants debout eontre les murailles, sans dire mot ni pouvoir parler bas les uns aux autres, à cause qu'ils sont trop écartés (**).

LB BOi , voyant entrer Sully, va à lui et lui prend la main. — Eh bien ! Praslin vous a dit... Notre homme s'en est allé et a tout emmené : qu'en dites-vous?

LB DUC DB SULLY. — Jc dis que cela ne m'est ni nouveau ni étrange, et que, depuis qu'il parla à moi à l'Arsenal, je me suis toujours attendu à cette escapade dont je vous avais prévenu, laquelle vous eussiez bien empêchée si vous m'aviez bien voulu croire.

LB Boi. -^ Je me doutais bien que vous me diriez cela. Mais laissons le passé, qui est sans remède; pensons à l'avenir. Qu'est-ce qu'il nous faut faire présentement? et m'en dites le premier votre avis, car je ne l'ai encore demandé à personne (***).

LB DUC DE suLLT. — Sire, jc ne sais nulle particularité de cette affaire , et n'y ai pas encore assez pensé; partant, je vous supplie de me donner du loisir pour dormir dessus, et demain je vous viendrai trouver, et vous donnerai, comme j'estime , quelque bon avis. Au lieu que si vous me pressez maintenant, pour certain je ne vous dirai rien qui vaille; car mon jugement ne va pas si vite.

LE Boi. — Non, c'est tout le contraire; je vous conntns bien, et sais que vous ne demeurerez pas en chemin, si vous affectionnez cette affaire. Dites -moi donc ce qu'il vous eu semUe.

LE DOC DE SULLY. — SItc, si VOUS me pressez si fort, je ne dirai rien qui vaille.

(*) Cette scène est un extrait littéral des avis do» ministres et des paroles du roi.

(*•) Mémoires de Sully, édition deM. Petitot, t. VIII, p. 135. Cette scène est littéralement copiée, ainsi que Taction et la situation des personnages.

(***) Mémoires de Sully, p. 135. Ce peUt mensonge est une marque d'égards pour Sully.

LA MORT DE HENRI IV

LB Hoi. — Non^ je veux que vous peliez présentement. Eh bien ! qu'y fauV-il faire?

LB DUC BB SULLY. — Qu'y fautril faire?... Donnez-moi au moins un moment. {Il va à la fenêtre f el bat du tambourin avec ses doigts sur fappuiy et revient.)

LB ROI. — Eh bien î que ferons-nous?

LB DUC DB SULLY. — Rieu du tout.

LB Boi. —Comment, rien? Ce n'est pas là un avis.

LB DUC DB SULLY. — Pardonuez-moi ^ ^e^ c'est un des meilleurs que vous sachiez prendre. Il y a des maladies qui veulent plutôt du repos que des remèdes, et je tiens celle-ci de celte nature (*).

LB BOi. — Cela est de la philosophie; qui n'est pas de saison. Il faut des raisons : quelles sont les vôtres?

LB DUC DB SULLY. — Pour moî, jo u'cu ai pas beaucoup de bien bonnes, principalement si elles sont contraires à vos désirs. Mais la chose parle d'elle-même, et vous ordonne d'attendre des nouvelles avant de rien faire, afin de fonder vos résolutions en conséquence; et, en attendant, il me semblerait à propos de parler de cette affaire le moins qu'il sera possible, et faire semblant qu'elle n'est d'aucune importance et ne vous travaille nullement l'es^ prit. Les archiducs, voyant votre silence, pourront croire que le voyage de M. le prince est d'accord avec vous : il leur deviendra suspect, et s'en déferont le plus tôt qu'ils pourront. S'ils croient le voyage fait sans votre permission, ils penseront que la personne de M. le prince est sans importance pour vous, et le jetteront dans le mépris; si, au contraire, ils voient.que son absence préjudicie à vos affaires et à votre contentement, ils vous le feront chèrement acheter (**).

LB BOi. — Quoi ! voudriez-vous que je souffrisse qu'un petit prince, mon voisin, retirât contre mon gré le premier prince de mon sang, sans m'en ressentir? Voilà un beau conseil! Aussi n'en ferai-je rien. Je veux que Praslin parte dans quelques jours, pour savoir son intention (***).

LB DUC DB SULLY. — Jc VOUS avais bien dit.

n Mémoires de SuUy, p. 136.

(••) /ôW.,p. 137.

(•••) Ibid., p. 138.

sire, que, ne m'ayant pas donné loisir d'y peiiser, je ne dirais rien qui vaille. Or, j'ai quelque chose en l'esprit qui ne nuira point à ce que vous voulez faire; mais je ne vous puis le dire que dans deux jours, et m*assure qu'il vous contentera plus que ma première proposition. LB fioi Vembrasse, — Allez donc vous coucher, mon ami, et dormez jusqu'à huit heures; car j'aime mieux que le conseil ne se tienne point demain, et que mes affaires d'ordinaire demeurent pour ce jour-là, que d'incommoder votre santé (*).

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