SCÈNE UNIQUE
A l'Arsenal , dans le cabinet du duc de Sully. LE ROI, LE DUC DE SULLY.
LB ROI. — Mon ami, je viens voir si vous avez pensé à moi, et ce que vous m'allez conseiller.
LB DUC DB SULLY. — Votrc Majcsté sera contente ue moi, et ses vrais serviteurs le seront beaucoup d'elle, si, pour faire rentrer en France M. le prince et madame la princesse, elle prend des moyens qui aient le double mérite d'être les plus efficaces, et pourtant de paraître tendre à un autre but d'un intérêt moins borné et moins personnel ; à un but plus élevé, plus généreux, plus digne de votre grande âme et haute renommée.
L'occupation de Juliers par l'archiduc Léopold menace indépendance de la Hollande, votre alliée, dont les forces sont toujours prêtes à s'unir à celles de Votre Majesté <5ontre la maison d'Autriche. Il faut saisir cette occasion pour attaquer enfin cette puissance qui vise à la monarchie universelle, et faire cesser les menées par lesquelles elle veut soulever de nouveau la France, contre son légitime roi. La
n Mémoires de Sully, p. 139.
Vn« JOURNÉE,
Savoie^ Mantoae, la Lorraine, n'attendent qu'un signe de votre part; et TAngleterre, si intéressée à Findépendance de la Hollande, et si puissante, vous sollicite d'opposer enfin vos forces à Tambition de la cour dTEspagne. Au fait, Toccupation de Clèves et Juliers lui donne pied en Hollande (*). « Ces pays-là, comme le «dit le sieur de Bongars, sont fort opulents « et puissants, assis sur notre frontière > portant « droit sur les États des Provinces-Unies, et ne a peuvent tomber entre les mains des ennemis a 4e Votre Majesté qu'ils n'en reçoivent un a grand accroissement de réputation et de for- « ce, et ne peuvent être ôtés à vos amis que les- « dites Provinces-Unies n'en reçoivent une ex- « tréme inconunodité, et que les autres princes a vos amis ne donnent en terre pour demeurer «sous les pieds de la maison d'Autridie... D « ne fiiut point de Léopold dans Juliers; c^est « un furet dans une garenne, d
Je suis donc d'avis que Fintervention armée de Votre Majesté dans les affaires de la succession de Clèves et de Juliers, doit donner conmiencement à la glorieuse et admirable entreprise que vous avez conçue depuis quelque temps pour la formation d'une fédération européenne, garante d'une paix perpétuelle, et obstacle invincible aux ambitions déaocdonnées (**).
n convient, dès ce moment, faire marcher des troupes vers les Pays-Bas, seulement ce qu'il en faut pour déloger Léopold; mais préparer une grande armée pour pousser Paffaire vers de plus grands événements et de plus importantes conséquences.
LE ROI. — Grand maître, voilà qui est bien ! Mon ami, je suis content de vous. La guerre, oui, la guerre ! Bouillon et Lesdiguières m'en pressent continuellement f**). Il y a deux mois, je ne vous ai pas dit cela, M. de Bouillon est venu m'en solliciter, un jour que j'avais pris médecine; il m'entama un discours sur la visée de l'Espagne à la monarchie à laquelle elle s'acheminait à grands pas C**^); me disant que, sans les Jldlandais, elle y serait déjà parvenue.
(*) Mémoires de Sully, p. 179.
O /Wrf., p. 182.
(•••) IMd,, p. 166 etsuiv. ; Bassom pierre, I" partie, p. 17».
(•**•) Bassompierre, ibid., p. 173.