‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 303 sur 478 · SCÈNE UNIQUE · texte numérisé non relu

SCÈNE UNIQUE

Hoquelaure et Trigny louèrent fort le grand jugement de M. de Bouillon (*); Bassompierre seul fut d'un avis différent, et j'avoue que je m'y rendis (**). Las et recru de tant de guerres passées, je me trouvïûs heureux de passer le reste de mes jours en paix, dans un heureux et fécond mariage. Ces raisons me détournaient d'entreprendre une guerre longue et douteuse contre le roi d'Espagne; mais je sens aujourd'hui que je ne puis différer; et ce qui me décide, c'est l'asile donné à M. le prince (***) : je ne vous le cache pas, parce que c'est une hostilité de la part de l'Autriche, et une offense que je ne puis supporter avec honneur.

LR DUC DE SULLY. — Sirc, c'est à moi seul qu'il faut dire cela; car il est à craindre que vos ennemis ne Cassent répandre que, sans votre passion pour madame la princesse, la France resterait en paix ; et déjà peut-être cette idée n'est que trop divulguée, et il importe d'arrêter les miutnures qu'elle cause, en dirigeant l'attention sur de vastes projets qui au fond sont les vôtres, et intéressent la gloire ainsi que la sûreté de votre royaume. N'oubliez pas le livre trouvé à la Flèche, sire, au mois d'octobre, et tant de signatures écrites avec du sang f '**).

LR ROI. — Je vous entends, mon ami. Mais j'aurai bien du mal à ne pas laisser percer l'intérêt secret qui me domine ^*****). Cependant j'entre dans vos desseins, et, mordieu, j'en ai assez de belles à dire contre la cour d'Espagne, qui a toujours été mon ennemie et m'a toujours fait du mal. Ainsi, mon ami, c'est chose bien entendue : une petite armée pour marcher sans- retard sur Juliers, et préparatifs pour une plus grande, qui servira pour de plus grands desseins. Adieu... {Leroi, sur le seuil de la porte déjà ouverte ;) Restez, mon ami, ne venez point; achevez mes affaires, et surtout travaillez à l'exécution de l'ouverture que vous m'avez faite, car je la trouve bien meilleure que le conseil que vous me

(•) Bassompierre, p. 174.

(**) Ibid., 1" partie, p. 180.

(•*•) Ibid., p. 179.

(•••*) Avis donné, le 9 octobre, au roi. (M. Petitot, t. VllI, p. 162.)

(•*•**) Voyez sa réponse au nonce ; «Oui, mordieu, je la raurai, etc.; >» ci-après, scène K' de la VIII' journée.

LA MORT DE HENRI IV

donnâtes dans ia chambre de ma femme au Louvre {*).

O Mémoires de Sully, édition de M. PetUot, t. Vin 9 p. 139. Auciin Mémoire ne fait oonnailre la oonrersatioa qui eut lieu entre Henri et Sully, le 27 novembre 1609. Les Mémoires de Sully rapportent seulement les dernières paroles que le roi dit à son ministre en le quittant': Restez, mon ami, etc. ; mais CCS paroles-là et les faits qui ont suivi l'entretien, ne laissent aucun doute sur sa substance. Bile fut, je erois, telle que je Tai supposée dans la scène qu*oo vient de lire. Travaillez, dit le roi, à Vexéculion de Vouverture que vous m*avez/aite. On voit clairement quelle était cette ouverture, quand ou considère que Sully 8*occnpa, immédiatement après la visite du roi, de grands préparatifs de guerre ; et ce qui donne un caractère de certitude à cette indication, c'est la manière dont les secrétaires de Sully s'expriment sur sa réserve concernant l'objet de sa conférence avec le roi, et enveloppent les notions particulières qu*ils en ont. Nous n*en savons, disent-ils, que par oui dire ; et partant, nous n'en saurions parler que fort obscurément... Vous ne nous avez jamais voulu éclalrdr de plusieurs faits... dont nous aurions besoin pour rintelligenoe de plusieurs choses, desquelles les moindres en apparence ou qui sont les plus cachées, sont ordinairement les plus nécessaires à savoir, comme les vrais ressorts qui donnent le mouvement et le branle aux plus grandes et importantes. Et s'expérimente journellement que les brouilleries, haines et envies de la cour, des courtisans, les diverses làntaisies et passions des grands, les contrariétés des conseils et des conseillers, les ambitions, vanités et avarice des mignons et favoris, leurs craintes et leurs espérances, les délices, pkUsirs, cupidités et amourettes de toutes sortes, tant des hommes que des/èmmes : bref, les intrigues, riottes et jalousies du cabinet, quoique la plupart badineries, niaiseries et choses de néant, sont nkmmoUu les caïuses substantielles de la plupart des séditions, mouvements f révoltes, oubreju, iataillbs, siéobs BT PRisas DE viLLBS, MBuaTRBs, AssAssuTATs, emprisonnements, massacres, ruines et saccagements de peuples, désolations de provinces et cités, subversions d'États, royaumes et empires. •

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