LE ROI, L'EXEMPT DE SERVICE, VITRY
OFPICIEHS.
LE BOi seul, descendant de son lit. — Je ne puis dormir. Je me suis inutilement jeté deux fois sur ce lit depuis mon dtner (*). (// se pro- Mène, triste et pens'f. Puis, portant la main à son front :) Mon Dieu! j'ai quelque chose làdedans qui me trouble fort [**). Magiciens, qtii avez marqué ma dernière heure entre le trei zième et le quinzième jour de mai, c*est-à-dire entre le couronnement de la reine et mon départ pour l'armée , il y a dans cette prédiction plus d'observation que de magie. Perdre le roi avant qu'il commence la guerre; autoriser la reine avant que de perdre le roi... Je vous entends : tout n'est pas imposture dans vos prédictions; ce n'est pas dans les astres que vous avez lu ma destinée, c'est dans tous les cœurs.
France, pour qui je donnerais mille fois ma vie, il n'est pourtant que trop vrai : je trouble ton repos, je réveille toutes tes douleurs, je t'en prépare de nouvelles! Cette guerre t'indigne et te révolte... Oui, c'est un amour criminel qui t'en prépare les calamités. Je vois ta colère, ta vengeance, ta justice armée contre moi... Mais puis-je trahir la confiance et la tendresse de cette infortunée?... 0 malheureuse Charlotte ! ma bien-aimée ! te laisserai-je dans la prison où tu es retenue, et à la merci de
(•) L'Estoile.
(•*) Pierre Mathieu.
LA MORT DE HENRI IV
ton indigne tyran? Serai-je arrêté par les poignards qui sont levés sur moi^ quand tu attends un libérateur (*)?... {Après vn long silence, à F exempt:) Mon ami, quelle heure est-il?
l'exempt db sebyice. — Sire, il est quatre heures. (Silencp.) Je vois Votre Majesté triste et pensive. Il vaudrait mieux prendre un peu d*air; cela la réjouirait (**).
LB Bor. — C'est bien dit. Eh bien ! faites ap-
n Cette apostrophe et ce qui précède, depuis œs mots, Magiciens, qtU avez marqué, ne sont écrits ni indiqués dans aucun mémoire du temps. Je crois devoir faire cette déclaration, parce que le passage qu'on vient de lire tend à expliquer les inquiétudes de Henri lY, dans les temps voisins de sa mort, par les inquiétudes de sa conscience, et à fortifier par conséquent tout le système de cet ouvrage, dans lequel je me suis proposé de prouver que la passion de ce prince pour mademoiselle de Montmorency avait été la cause de sa mort. J'aurais mieux fait peut-être, et je suis fort disposé à le croire, de me borner à établir méthodiquement mon opinion, que de la présenter sous la forme dramatique. Si mon opinion n^était qu'un paradoxe sans fondement, car je puis me tromper, elle serait du moins sans danger, étant exposée dans une dissertation : elle aurait très-peu de lecteurs, et ces lecteurs en auraient bientôt fait justice ; au lieu que, comme fragment d'histoire dramatique, elle peut laisser des impressions difficiles à eftêotr par la plus juste critique.
(••) LEstoile.
prêter mon carro^. Aussi bien il faut que j 'aille à TArsenal voir le duc de Sully, qui est indisposé et qui se baigne aujourd'hui. {U exempt sort. Vitrtj, commandant des gardes du corps de service y entre.)
viTEY. — Plaltril à Votre Majesté que je raccompagne (*)?
LE Boi. — Non. Allez seulement où je vous ai commandé, et m'en rapportez réponse.
viTBv. — Pour le moins, sire , que je vous laisse mes gardes.
LE Boi. — Non, je ne veux ni de vous ni de vos gardes; je ne veux personne autour de moi. (// se promène un moment en silence.)
ON OFFiciEB. — Le carrosse de Sa Majesté est prêt.
LE Boi. — A quel quantième du mois sommes-nous?
L*oppiciBR. — Au treize.
UN AUTBE. — Non, au quatorze.
LE Boi, à ce dernier. — Il est vrai. Tu sais mieux ton almanach que Tautre. (5e tournant vers les courtisans, et se prenant à rire.) Entre le treize et le quatorze; allons. (// sort. Onen^' tend rouler la voiture.)
{Quelques moments après, Vhorloge du château sonne quatre heures un quart. . . Pheure fatale.)
(') L'Estoile. Tout ce qifl suit, jusqu'à la fin, est tiré du même.