‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 310 sur 478 · MEMOIRE · texte numérisé non relu

MEMOIRE

D8NT Umtt EST M PROUVER QUE LA PASSION DE HENRI lY POUR U PRINCESSE DE COND£ kmiÀ CAUSE IMMfiDIATE ET OCCASIONNELLE DE St MORT.

Le titre de cet écrit serait plus juste s'il était ainsi rédigé : Extrait de plusieurs mémoires authentiques qrd prouvent que la passion de Benri IV pour Charlotte de Montmorency, princesse de Condé, a causé la mort de ce prince.

En effet, le simple cnchalDement des faits consignés dans ces mémoires dispense de tout raisonnement , pour faire voir que la catastrophe dont il s^agit en a été la conséquence.

Bassompiorre et Sully nous ont laissé des détails affligeants sur cette passion. Nous allons les voir tels qu'ils les ont donnés.

Bassompierre écrit sons ladaîe de 1608 ce qu'on va lire :

« Le roiy retenu dans son lit par la goutte, m*en-

• voya chercher un matin, dès huit heures, par un « garçon de la chambre. 11 me dit qu'il n*avoit pas « fermé Tœil de la nuit, qu'il avoit souvent pensé à N moi ; puis me fit mettre sur un carreau à genoux « devant son lit, on il continua de me dire qu'il avoit « pensé à moi, et de me marier. Moi, qui ne pensois à

• rien moins qu'à ce qu'il me vouloit dire, lui répon-

• dis : Qne^oTM la goutte de M. le connétable, c'en serait

• défait. » (Bassompierre avait appris plus haut à ses lecteurs qu'il était fort amoureux de mademoiselle de Montmorency, qu'il était aimé d'elle, et que son mariage était anété avec le connétable.) Il continue ainsi : « Non, ce dit-il, je pensois de vous ma- « rier avec mademoiselle d'Âumale, et de renouveler « le duché d'Aumale en votre personne. Je lui dis : « S'il me vouloit donner deux femmes? Lors il me « répondit après un grand soupir : Bassompierre, je « te veux parler en ami. Je suis devenu non-seule-

• ment amoureux, mais furieux et outré de mademoi-

• sellé de Montmorency, Si tu l'épouses et qu'elle

• t'aime, je te haïrai: si elle m'aimoit, tu me haîrois; « il vaut mieux que cela ne soit point cause de rom-

• pre notre bonne intelligence, car je t'aime d'affec- « tion et d'inclination. Je suis résolu de la marier h « mon neveu le prince de Condé, et de la réunir près « de ma famille : ce sera la consolation et l'entretien de « la vieiUetse où je vais désormais entrer. Je donnerai

« à mon neveu, qui aime mille fois mieux la chasse « que les dames, cent mille livres par an pour passer « son temps, et je ne veux d'autre grdce d'elle que

• son affection, sans rien prétendre davantage. »

Bassompierre rapporte sa réponse au roi. Il fit au monarque le sacrifice qui lui était demandé, et, dans la soirée, jouant à trois dés avec lui dans la ruelle à droite du lit, il eut la douleur de voir madame d'Angouléme amener sa nièce, mademoiselle de Montmorency, dans la ruelle à gauche, l'y laisser causer en particulier avec le roi, qui lui annonçait le projet de la marier avec le prince de Condé. Un signe que fit mademoiselle de Montmorency à Bassompierre en se retirant, et qui lui exprimait la peine qu'elle ressentait de la résolution du roi, perça le cœur de cet amant malheureux ; il se trouva mal, et se retira...

Les fiançailles du prince de Condé et de mademoiselle de Montmorency se firent au commencement de 1609. Le roi exigea que Bassompierre y fut présent. « Le roi, dit-il, qui était le meilleur des hommes, me « dit : Je vois bien, Bassompierre, que vous êtes en

• colère ; mais je m'assure que vous ne manquerez

• pas d'y aller, quand vous aurez considéré que c'est « mon neveu, premier prince du sang, qui vous en

• a prié lui-même... Les fiançailles se firent en la « galerie du Louvre; et le roi, par malice, s'appuyant

• sur moi, me tint contrôles flancçs tant que la céré-

• monie dura. »

Cette malice était nn peu forte de la part d'un prince que Bassompierre appelle, quelques lignes plus haut, le meilleur des hommes.

' Voici maintenant ce que Sully nous dit de ce mariage : « Lorsque je vis naiti'e, dit-il, cette inclination

• de Henri, j'en prévis de plus grands inconvénients ■ que de toutes les au très, à cause deVextnactionetde (c la famille de cette demoiselle. Je fis fous mes efforts « pour Tempêcher de faire des progrès ; efforts qui « furent inutiles, et que je redoul.lai pourtant lorsque « le roi m'annonça son dessein delà faire époustr au « prince de Conde. Je n'attendois point de Henri, dans « cette occasion, la généreuse résolution dout quelques « amants se sont montn^s capa|)les, de s'imposer par

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