‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 311 sur 478 · LA PASSION DE HENM IV POUR LA PRINCESSE DE CONDÉ · texte numérisé non relu

LA PASSION DE HENM IV POUR LA PRINCESSE DE CONDÉ

« ce moffén la nécessité de renoncer à la personne « ahnée; c'étoU tout le contraire que j'appréhendols : « eicepoinidevuenem'o/frantque ressentiments et

• fureurs de la part du prince outragé, des pareots « de la princesse et de la reine, rien oe peut exprimer « Tardeur de mes instances et de mes soins pour dé- « tourner cette résolution. Je suppliai Je représentai, •* je me jetai aux pieds de Henri. Je ne Timportunai « pas seulement , je le fatiguai , je le persécutai : M le fatal mariage ne s'en lit pas moins (l). »

Sully raconte ensuite que le roi lui avoua, après ce mariage, qu*il ne s'était pas trompé dans ces prédictions sur les effets de l'amour et de la jalousie, c'està-dire de Tamour du roi et de la jalousie du prince de Condé. *

Les Mémoires sur l'histoire de France s'expriment ainsi sur la conduite du roi et sur celle du prince :

• Le roi, éperdumeut amoureux de la princesse de « Condé, met tout le monde en besogne, jusqu'à la

• mère du mari. Le prince s'en plaint, et demande <« congé à Sa Majesté de se retirer, avec sa femme ,

• dans l'une de ses maisons. Le roi le lui refuse rude- <( ment, et en vient aux injures et menaces. On dit que

• le prince y a répliqué hautement, et a mêlé en ses « propos le mot de tyrannie; et que le roi, en releu vaut ce mot, a répondu : Je n'ai fait en ma vie acte •» de tyran que quand je vous ai fait reconnoitre pour i^ ce que vous n'étiez point. Le premier a dit pouille u à sa mère, qui servoit d'instrument pour oorrom-

• pre la pudicité de sa femme... On dit que la mar-

• quise de Verneuil, qui parle ordinairement au roi

• comme elle feroit à son valet, luiavoit dit en bot^f- « fonnanl ce propos : N'étes-vous pas bien méchant <« de vouloir coucher avec la femme de votre fils? car

• vous sav. z bien que vous m'avez dit qu'il l'étoit (2).» Ce propos de la marquise de Verneuil s'accorde avec

la réponse que le même mémoire met dans la bouche du roi : Je n'ai jamais été tyran que quand je vous ai fait reconnaître pour ce que vous n'étiez pas; ce qui veut dire : que quand j'ai arrêté les procédures foites au parlement contre votre mère , accusée de l'empoisonnement de son mari et d'adultère , étant enceinte devons.

Cependant le prince de Condé emmena sa femme à la campagne.

Bassompierre raconte un entretien qu'il eut, dans le mois de juin ou juillet 1609, avec le roi, à l'occasion de l'absence de la princesse ; et voici ce qu'il écrit :

• A peine eus-je achevé de rendre compte des choses

• qu'il m'avoit ordonnées, qu'il prit aussi audience

(i) La marquise de Veraesil diiait que le roi aTait fait ce mariage ponr abaiiaer le eœor aa prince de Condé, et lui faire bausier la tète. Mémoire* kistoiiques de France , année 1609. (Note des Mémoires de Snllj, lir. XXYI, p. 217, ai8 et snifantes.)

(a) C«tCe citation se tronre en note dans les Mémoires de SalW , t. V, liT. XXYI^ p. 348, édit. de i8aa.

I de moi pour me parler de sa passion pour madame « la princesse, et de la malheureuse vie qu'il me- <« noit éloigné d'elle; et véritablement &étoit «a

• amour forcené que le sien, qui ne se pouvoit cona tenir dans les bornes de la bienséance. »

Sully conQrme ce que le mémoire cité et Bassompierre disent delà folie du roi. U rapporte les plaint» que le roi lui fait des algarades du prince de Coodé, dans une lettre où il dit, en parlant de celui-ci : H fait le diablCy et où le roi prouve que oe n'était pu sans raison. Voici, au reste, comment Sully s'exprime sur les suites de ce mariage :

• Le mariage du prince de Condé avec mademoi- <« selle de Montmorency, loin de faire cesser à la cour « tous les bruits de galanterie entre le roi et la pria- <c cesse, les réveilla au contraire plus fortement.» Sully s'étoit indigné plus haut contre des domestiques de la reine, Conciui, Vinti, Guidi, Joannini, qui dosnoient à toutes les démarches du roi de l'éclat, pour en prendre droit de jeter la reine dans des résolutions violentes (1). « La reine, eontinue Sully, et la « prince de Condé, échauffés par tous les discourt

• qu'on ne cessoit de leur souffler, eurent bienlôt « mis toute la cour en rumeur. Tous mes soins (c'est « toujours Sully qui parle) furent inutiles auprès de

• la reine, véritablement furieuse ; et pour le prince « de Condé, il ne s'en tint pas à donner des marques « publiques de son mécontentement ; il méditoitdès « lors l'imprudente démarche qu'on lui vit fûre « quelque temps après... Un mercredi , après midi,

• jour où je n'allois pas au conseil, il entra dans mon

• cabinet, portant sur son visage les marques de l'a- « gi talion de son esprit... me déclara qu'il étoitré- « sol u à sortir de France. En effet, le prince ne tarda « pas à en sortir. •

Lenet (conseiller d'État) rapporte dans set Mémoires, t. 1, page 175, qu'étant à Chantilly en 16S0, madame la princesse douairière de Condé raconta aux personnes de la société dont Lenet faisait partie, une aventure qui, dit-il, lui a semblé fort agréable. Voici comment il l'a écrite : « Le prince de Condé, « son mari, père de celui d'à présent, s'absentoit le « plus qu'il pouvoit de la cour, pour éloigner la prin- « cesse des yeux du roi Henri IV, et éviter la vio- « lenoe dont il étoit menacé. Il s'étoit retiré à Ver- « teuil, abbaye située à l'entrée de la Picardie; et « comme il avoit convié quelques-uns de sesaffldés, « amis et serviteurs , pour y faire la Saint-Hubert, « le sieur et la dame de Trigny prièrent les princesses, « mère et femme du prince, d'aUer diner ce joa^U « en leur maison, qui n'est éloignée de cette abbaye « que de deux ou trois lieues. Il y a bien apparence « que cette partie étoit concertée avec le roi ; mais « tout au moins il en fut averti par le sieur de Tri- « gny, qui étoit fort dans ses plaisirs ; teUementque

(1) Mémoires, IW. XXVI, p. a 19. Snllj parle encore de ces personnages p. a86.

A ÉTÉ LA CAUSE IMMÉDIATE ET OCCASIONNELLE DE SA MORT

les prinoeMet fusant oeUe promeoadt virent de leur carrosse passer les livrées du roi et grande quantité de chiens. La princesse mère, qui aimoit passionnément son fils, et qui veilloit exactement aux actions de la jeune princesse, craignit que, sous le prétexte d'un rendez-vousde chasse, le roi ne leur eût dressé quelque embuscade ; elle appela les veneurs qu'elle voyoit de loin : ils s'approchèrent; mais l'un, s'avançant plus que les autres, vint à la portière rendre compte de ce que la princesse lui demandoit et la désabuser de sa créance, en lui disant qu'un capitaine de la vénerie, qui étoit dans le voisinage pour foire la Saint-Hubert , avoitiait mettre le relai qu'elle voyoit en ce lieu-là, parce qu'il courroit le cerf avec quelques-uns de ses amis. Pendant que la princesse mère parloit à ce veneur, la jeune princesse, qui étoit à la portière, obserioit les autres qui étoient demeurés à l'écart, et s'aperçut que Tun étoit le roi, qui, pour se mieux déguiser sous sa livrée qu'il portoit, s'étoit mis un emplâtre sur l'œil gauche, et menoit deux lévriers d'attache en laisse. La princesse nous dit qu'elle n'avoit jamais été si surprise dans sa vie, et qu'elle n'osa dire à sa belle-mère ce qu'elle avoit vu, de peur qu'elle ne le dit au prince, son mari. Elle nous avoua en même temps que ceUe galanterie ne hU avoUpas déptu; et, poursuivant l'histoire, elle nous raconta qu'étant arrivée à Trigny, elle s'écria en entrant sur la beauté de la vue -, à quoi la dame de Trigny lui dit que s'il lui plaisoit mettre la tète à une fenêtre qu'elle lui montra, elle en verroit unt> encore plus agréable ; et s'y étant avancée, elle vit que le roi étoit à celle d'un pavillon , parce qu'il avoit gagné le devant, après avoir eu le plaisir de la voir à la campagne, et qui porta tout d'un coup une main à sa bouche, pour lui jeter une manière de baiser, et l'autre sur son cœur, pour montrer qu'elle l'avoit blessé. La surprise de cette rencontre ne donnant pas lieu à la princesse de raisonner, elle se retira brusquement, et cria : Ah Dieu ! qu'estce ceci, madame ? le roi est céans. Sur quoi la princesse mère, enflammée de colère, partagea sa voix aux ordres qu'elle donna de remettre promptemeut les chevaux au carrosse, aux injures qu'elle dit , et aux menaces qu'elle fit à Trigny qui l'entretenoit, et à sa femme qui parloit à la jeune princesse. Le roi, accourant au bruit, ne fut pas exempt de ses injures et de ses reproches. Ce prince amoureux employa toutes les prières que sa passion lui put dicter et toutes les promesses qu'il put lui faire pour l'arrêter, mais inutilement ; car les princesses remontèrent sur-le-champ en carrosse, retournèrent à Yerteuil sur la parole que le roi leur donna ; où, le soir même, la princesse mère, manquante celle que le roi avoit tirée d'elle, raconta tout ceci au prince son fils, qui, peu de jours après, enleva la princesse sa femme et la mena à Bruxelles, entre les mains de TinCante Isabelle, qui a été une princesse excellente eu toutes sories de

N vertus. J'ai été assez longtemps en Flandre, où j'en « ai appris des choses si dignes de mémoire, qu'elles « mériteroient de tomber dans les mains de quela qu'un qui fût capable d'en faire un volume. »

Bassompierre raconte comment le prince de Condé accomplit son dessein de sortir de France.

« Le dernier de novembre, dit -il, M. le prince « partit de la cour pour s'en aller à Muret, d'où il « partit avec Rochefort et Tourai, et un valet de

• chambre qui portoit en croupe madame la prin- « cesse sa femme... et s'en alla à Landrecy. •

« Le roi jouoit en son petit cabinet quand Delbenne « premièrement, etensuite le chevalier du guet, lui en « portèrent la nouvelle. J'étois le plus proche de lui. « Il me dit tout bas à l'oreille : Bassompierre, mon « ami, je suis perdu ; cet homme mène sa femme « dans un bois ; je ne sais si c'est pour la tuer, ou « pour la mener hors de France. Prends garde à « mon argent et entretiens le jeu, cependant que je « vais savoir de plus particulières nouvelles. Lors il N entra avec Delbenne dans la chambre delà reine... « Alors chacun se retira du jeu, et je pris l'occasion « de rapporter au roi son argent qu'il avoit laissé sur « la table. J'entrai où il étoit, et je ne vis Jamais un « homme si éperdu ni si transporté. Le marquis de « Cœuvres, le ccNnte de Cramail, Delbenne et Lomé- « nie étoientavec lui. A chaque proposition ou expé-

• dient qu'un des trois lui donnoit, il s'y accordoit, « et commandoit à Loménie d'en faire l'expédition : « comme d'envoyer le chevalier du guet après M. le « prince, avec les archers ; de dépêcher Balagny et « Bouin pour tâcher de l'attraper ; d'envoyer Vau- « decourt, qui étoit lors à Paris, sur la frontière de « Verdun, pour empêcher son passage par là ; et iol'au- « Ires choses ridicules.

• il avoit envoyé quérir ses ministres, lesquels à « leur arrivée lui donnèrent chacun pour conseil un « plat de leur métier ou un trait de leur humeur. « M. le chancelier ai-riva le premier, à qui le roi dit « l'afiaire, et lui demanda ce qui lui sembloit à pro- « pos de faire sur cela. Il répondit posément que ce R prince ne preuoit pas le bon chemin ; qu'il eût été « à désirer que l'on l'eût mieux conseillé, et qu'il « devoit avoir modéré son ardeur. Le^ roi lui dit en

• colère : Ce n'est pas ce que je vous demande , « M. le chancelier, c'est votre avis. Alors il dit qu'il « falloit faire de bonnes et fortes déclarations contre « lui et tous ceux qui le suivroiint, ou donneroient « aide soit d'argent, soit de conseils. Comme il dite soit cela, M. de Villeroi entra, et le roi impatient

• lui demanda, son avis. Après lui avoir dit la chose,

• il haussa lea. épaules, et montra être bien étonné <« de cette nouvelle ; puis dit : Qu'il falloit dépêcher « à tous les ambassadeurs du roi vers les. princes « étrangers,, pour leur donner avis du départ de M. le « prince, sans permission du roi et contre sa défense, « et pour leur faire faire les qffders nécessaire (sic) « auprès des princes où il&résidoient, pour ne les re-

• tenir dan& leurs fitals ou les renvoyer à Sa Majesté.

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