M. LEGOUVÉ. — M. LACRETELLE. — MADAME DE GENLIS
Legoavé , dans ses Observations historiques sur la mort de Henri /F, p. lit (1806), disait qa*on ne pouvait conclure d'aucune des circonstances alléguées par les historiens, que Henri eût été amoureux de la princesse de Condé. Selon Legouvé, Henri eut seulement quelque penchant pour elle. Ce qu*ont écrit la plupart d'entre ces historiens , que Henri n'avait entrepris la guerre contre TEspagne que dans le dessein de la retirer des mains de l'archiduc, à qui son époux l'avait confiée , n'est pour Legouvé qu'une calomnie romanesque, inventée et répandue par les ennemis du roi au moment de son expédition , avidement reçue par la multitude et par la jalousie de Marie de Médicis.
« Peut4>n croire, demande Legouvé (p. 112), qu'un «• roi si renommé par son humanité et l'amour qu'il
• portait à son peuple, eût voulu pour ce but hon- « taux exposer le sang de ses sujets et de ses alliés ? « Non : la bonté de son cœur, l'élévation de son àme,
• ne permettent pas de le penser, et défendaient deVé- •« crkre. »
Il faut que Legouvé n'ait lu ni les Mémoires de SuUy, ni ceux de Bassompierre.
Henri lY était bon sans doute , mais il était plus que bon ^ il était tendre ; tendre en amitié, tendre en amour jusqu'à y perdre la tète. La tendresse , portée jusqu'à la passion pour une maîtresse, est au moins une distraction de la bonté convenable à un roi, delà bonté qui embrasse les intérêts d'une nation, qui s'en occupe avant tout , et veut son bonheur avant tout autre. Si Henri s'en est écarté, dira-t-on qu'ensuite il y est revenu ? Oui , répondrai-je , il y est revenu , mais il s'en est écarté ; et c'est dans un écart qu'il a été frappé du coup qui a empêché le retour.
M. Lacretelle et madame de Genlis, deux historiens de même force, tous deux également doués du sentiment profond des bienséances de cour, des finesses de l'étiquette, du discernement exquis de ce qui constitue la grâce et l'élégance d'un règne ; qui se font lire
par le coulant de leur diction, dont on a dit, Tov^ours bien, jamais mieux, avancent uniformément que la passion de Henri IV pour la princesse de Condé n'entre pour rien dans la cause de sa mort
M. Lacretelle réunit sur ce sujet une grande partie des faits qui prouvent le contraire de son assertion. En les examinant , en les pesant selon les principes d'une sage critique, on en déduirait cette conséquence invincible, que Henri IV a été l'auteur de la catastrophe qui a privé la France de son généreux règne.
Mais, à l'aide de petites suppositions, de petites incertitudes, de petites remarques, M. Lacretelle fausse la marche naturelle du raisonnement : il semble avoir pris à tâche d'empêcher son lecteur d'arrêter scn opinion sur un si grave sujet, et vouloir se préserver d'en avoir une lui-même.
Toutefois, nous présenterons au lecteur les observations de M. Lacretelle, après avoir dit deux mots sur l'opinion de sa noble émule, Madame de Genlis.
Madame de Genlis (1) suppose d'abord que Charlotte de Montmorency ne fit impression sur le cœur du roi que quand son mariage avec le prince de Condé l'amena à la cour. Ainsi elle passe sous silence la rupture du mariage convenu entre le connétable ei le comte de Bassompierre, et la cause de cette rupture.
Elle assure ensuite « qu'on doit rendre au roi la « justice qu'il ne conçut jamais le coupable projet de « séduire cette jeune princesse ; il dit plusieurs fois à « Sully que, s*U ne pouvait vaincre son amour, ilsau- « rait du moins respecter le lien sacré qu'il avait formé « lui-même en mariant mademoiselle de Montmo- « rency. •
Je n'ai pu trouver ces paroles que dans la compilation de l'Écluse, livre XXVI, p. 287. Mais ces paroles sont suivies d'assertions que madame de Genlis se
(i) Extrait de VJfistoirt dé Lomis U Grande par madame de GenlU, t. Il, p. 38o et tuÎTaotet.