‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 315 sur 478 · OPINIONS DIVERSES SUK LES CAUSES DE LA MORT DE HENRI IV · texte numérisé non relu

OPINIONS DIVERSES SUK LES CAUSES DE LA MORT DE HENRI IV

gpurde bien de rapporter. Sully , ooQtinue l'Écluse, ne oomptait pas sur la solidité des résolutions de Henri (p. 218). Sully, parlant de la jalousie de la reine et de celle du prince de Condé, dit, toujours suivant l'Écluse : • Je n*attendois point de Henri la généreuse

• résolution dont quelques amants se sont montrés ca- « pables; e'éiolt le con/raire que j*appréhendois. » Il ajoute que le roi lui convint qu'il ne s'était pas trompe tnprédïsant les ^ets de Vamour et de la jalousie.

Madame de Genlis affirme que « Henri ne fit au-

• cune démarche dont le prince de Condé pût s*offen-

• ser. La conduite de la jeune princesse fut toujours ■ irréprochable... Le prince de Condé pouvait empé-

• eher la princesse d'aller à la cour, en fixant sa ré-

• sidence habituelle dans une de ses terres^ Henri t aurait pu s'en affliger, mais il était incapable d'user « de violence pour la faire revenir. » Maitf le prince l'enleva, croyant sans doute, dit madame de Genlis, que cette action donnerait une haute idée de sou caractère. Il s'abusa.

• On a dit, reprend-elle plus bas, que l'évasion du •• prince de Condé avait décidé Henri à recommencer « la guerre ; mais les Mémoires de Sully, et tous les « écrits de ce temps dignes de quelque croyance, prou-

• vent que ce projet de guerre avait été formé plus « d'un an avant que le prince de Condé s'éloignât de

• la cour, et que la fuite de ce prince n'en fut ni la

• cause ni le prétexte. » En voilà assez pour madame de Genlis; revenons à M. Lacretelle.

• Mademoiselle de Montmorency , en venant à la « cour, toucha le roi par les naïves expressions de ses « sentiments ; elle montra cette sorte d'attendrisse-

• ment qui , chez les jeunes personnes , se mêle sou- « vent k l'admiration. » (Extrait du livre XV* de VBlsMre des guerres de religUm, par M. Lacretelle , p. 3M.)

Ceci est pour nous insinuer que c'est mademoiselle de Montmorency qui, sans le savoir, a séduit celui qu'on t'accuse de l'avoir séduite.

Mais la vérité historique est que mademoiselle de Montmorency aimait le comte de Bassompierre, était près de l'épouser, et avait même déclaré à Henri IV qu'elle s'estimerait bien heureuse avec M. de Bassompierre, lorsque Henri suscita la vanité de la jeune personne contre llnclination qu'elle ressentait (l). Le roi dit k Bassompierre que cette parole, Ifien heureuse^ lêJU résoudre à rompre son mariage.

Les VŒUX de Henri, dit M. Lacretelle, n'allaient qu'à jouir de la vue et de l'entretien de mademoiselle de Montmorency, et à l'entendre exprimer devant lui un tendre enthousiasme. Madame de Genlis (2) dit à peu près la même chose, et cite en italiques des pannes du roi à Sully que je n'ai trouvées nulle part. Or, je lis dans les Mémoires de Bassompierre que le roi lui dit au commencement de cette passion : Je suis de-

(t) Mémoires de BaMompierre, t. I. p. f44, édition d« 1091.

(a) Histoire de Henri ÏF, t. II, p. 3li.

venti fion-jetOemen/ amotiretcx, mais/urieu» et outré de madenuAselle de Montmoreneg,

n est vrai que Henri , pour apaiser la censure de Sully , se donna pour un amant désintéressé. Mais Sully ne le crut point, et bientôt Henri lui confessa qu'il avait eu raison (l).

Henri , continue M. Lacretelle, en faisant choix du prince de Condé , ne parait avoir cédé qu'à une sorte d'affection paternelle pour la fille de son connétable , de son ami ; il l'élevait au plus haut rang, et lui donnait un époux qui , plus jeune que Bassompierre, ne lui cédait en rien pour les avantages extérieurs. Voici mes réponses : Siri dit que la princesse n'aimait point le prince de Condé, à cause d'une it\/irmité naturelle ou procurée gui svf^t pour rendre un mariage nul. Cela est cité dans Y Histoire de la mère et duJUs, Bassompierre était , au contraire, un des plus agréables seigneure de la cour, et il était aimé. C'est aller au delà du romanesque que de faire agir Henri IV, dant cette circonstance, par une sorte d'aflbction paternelle pour la belle Charlotte, et aussi par amitié pour le connétable. Quelle amitié pour le père , quelle paternité pour la fille, que le sentiment qui a pour but l'humiliation de l'un et le déshonneur de l'autre!

M. Lacretelle dit (2) que Vamour du r<^ pour la princesse de Condé a été singulièrement exagéré. (Il avait donc un amour différent d'une sorte d'qffeethn paternelle). Il est impossible, dit-il, qu'il n'eût pas respecté l'innocence et l'ingénuité de la princesse de Condé. Autre phrase de roman : il était amoureux et libertin ; il était Impossible, au contraire, qu'il respectât une innocence qui n'était plus celle d'une vierge. Quant à l'ingénuité, elle ne fait rien à la chose. M. Lacretelle ne croira pas facilement à la passion d'une personne de seize ans pour un roi presque sexagénaire : le roi avait cinquante-cinq ans. A cet âge il aurait été rebuté par une coquette de vingt-cinq ans, si un roi pouvait jamais l'être. C'est à seize ans qu'une femme peut être séduite par un homme de cinquante- ' cinq ans. Mais, à seize ans comme à vingt-cinq, une femme peut èlre flattée d'inspirer une vive passion à un grand roi, ressentir pour lui une reeonnaUsanee passionnée, se laisser aller aux illusions dont Uptui l'environner.

M. Lacretelle rejette les témoignages d'où il Wsulle que Henri IV voulut fkire enlever la princesse à Bruxelles par un ambassadeur français, le marquis de CoBuvres. Les plus sages historiens du temps n'ont point ajouté foi, dit-il, à cette prétendue tentative, ou n'en font pas mention (3).

Les sages, selon l'esprit de la cour, n'ont point , parlé d'un fait qui n'était point honorable pour le roi. Leur silence ne prouve rien. Je ne connais aucun bis-

(i) Yoyes ce* que l*Éclase fait dire à Sullj sur ce sujet, p. 355.

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