‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 33 sur 478 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE DAUPHIN, LA CASSINEL, LE DUC DE BAR, MARCOIGNET, RAMBOUILLET, LE CHANCELIER WAHXY.

LE DAUPHIN.— Est-ce bicH vou$,duc de Bar, Marcoignet, Rambouillet, Wailly? Quoi! vous voilà, mes amis!

LE DUC DE BAR. — Lc pcuplc Hous a ouvcrt la prison , et notre premier devoir...

LE DAUPHIN. — Duc dc Bar, que je vous embrasse. Le bon peuple ! Je l'aime à la folie!... (Sérieusement.) Mais que diable venezvous faire ici? Vous ignorez donc, mes chers amis, que je n'y suis pas?... Je suis en Berri, je suis àMehun-sup-Yèvre... (Gravement et offectueusement.) J'ai dû marquer mon ressentiment pour l'injure qui m'a été faite dans la personne de mes amis, et je n'ai pas balancé , je suis parti sur l'heure.

LE MARGUILLIER DE SAINT-EUSTACHE

RUfBOUlLLBT et MABCOIONIT. — Ah! OlOn-

seigneur est d'une bonté parfaite.

LB DAUPHIN. — En ce moment-ci^ mes amis^ les gens du quai Saint-Paul se mordent bien les doigts de ce qu'ils vous ont fait. Ds le payeront cher. Ds veulent entrer en négociation avec moi. Je leur ai proposé de se rendre à Corbeil^ où jurais de Mehun. Si je consens à traiter, ma première condition sera qu'ils vous remettent en liberté. Je n'entends à aucune autre, s'ils n'acceptent celle-là.

LB DUC DB BAB. ^Monseigneur, c'est de vous seul que nous désirops vous voir occupé. Nous voilà libres; ainsi...

LB DAUPHIN. — Non, HOU, VOUS dircz tout ce qu'il vous plaira : moi je veux... Laissezmoi faire.

LA cAssiNBL, Qu (luc de Bar. — Monsieur le duc, j'avais l'honneur de dire à monseigneur qu'au lieu d'aller négocier à Corbeil avec ses ennemis, il devait rester ici , et profiter tout simplement de leur absence pour s'emparer du pouvoir.

LB DAUPHIN. — Cela dérangerait mon plan; j'ai déjà mis dans ma tête tout ce que j'ai à leur dire; je les veux confondre (Au duc de Bar)^ et mon amitié pour vous...

LB DUC DB BAB. — Mouscigneur, permetteznous de sacrifier nos intérêts aux vAtres.

BAMBOuiLLKT. — N'cu doutcz pas, moiiseigneur, ce que mademoiselle propose est ce qu'il y a de mieux à faire. Depuis dix ans, le pouvoir est comme une navette qui passe et repasse des Armagnacs aux Bourguignons, des Bourguignons aux Armagnacs. Il ne s'agit que de mettre la main dessus, et de l'intercepter. Le peuple aimera mieux obéir à l'héritier présomptif de la couronne qu'à tout autre prince. S'ils vont à Corbeil , point d'hésitation, monseigneur, demeurez au Louvre; faites-y amener le roi, dites que vous êtes régent, et vous le serez.

LB DUC DB BAB. — Qulricz-vous faire à Corbeil? Toute la faction se trouvera là, rangée en bataille 1

MABcoiGNBT. — Vous scrcz daiis l'alternative de céder à l'ascendant de votre mère, ou de lui manquer.

LE DAUPHIN.— Oh! je lui dirai dedures vérités. LR cHANCBLiBB. — Monscigncur, un fils !

LB DAUPHIN. — Mais qucUe mère !

LB CHANCBLIBB. — Et Ic conuétable , qui sera là!

LB DAUPHIN. — M'empéchera-i-il de me défendre ?

LE cHANCELiBR. — Il VOUS aidera» au contraire, à attaquer votre mère. Mais ensuite, comment vous défendre contre lui? En noircissant votre mère , il imprime une tache sur vous, et c'est son but (*)... Vos oncles, votre mère, veulent pour eux l'exercice du pouvoir du roi; mais le comte d'Armagnac en veut le renversement. Ils ont l'ambition de gouverner, de commander, de prendre et donner; lui, celle de régner. Ayez toujours devant les yeux l'origine des Armagnacs et leurs prétentions.

LE DAUPHIN. — Le vilain homme que ce comte d'Armagnac ! Ne lui trouvez-vous paé une figure atroce?

MABCOIGNBT. — Il l'a froidc et sévère , comme les hommes à grands desseins.

LE DAUPHIN. — Il Ta farouche comme les vilains hommes du Nord qui ont commencé la monarchie. Ses cheveux, coupés*je ne sais comment, lui donnent une physionomie mérovingienne et norvégienne qui me déplaît. Tous les hommes du temps de la première race étaient très-sales et fort laids; {à la Caasinel) n'est-il pas vrai? Il n'y a de propreté dans la monarchie que depuis nous.

M ABcoiG M ET. — Ne ditcs pas de mal des hommes de la première race. Hugues Capet n'était pas de la première race royale^, mais de la première race des Français, c'est-à-direvaleureux et entreprenant... Mais, monseigneur, nous nous écartons de notre affaire. Permettez-moi de

(*) Le connétable d'Armagnac, en découvrant an roi la mauvaise conduite de la reine , n*eut ftas pour unique but de se débarrasser d'elle et de punir Tinsolence de Boisbourdon. Aspirant au trône, il convenait à ses desseins de faire aulhentiquement déclarer et punir, par le roi même, les déportements d'Isabelle ; il accréditait, par ce moyen, l'opinion qu*il avait intérêt de répandre sur la naissance de ses Ois, déjà suspecte par ses amours avec Louis, duc d'Orléans ; et il amenait le roi k partager cette opinion, et à la déclarer lui-même. On voit qu'en 1420 ce malheureur prince n'appelait plus Charles , son cinquième flls, alors troisième Dauphin, et qui régna depuis sous le nom de Charles Vn, que le ioMUani DaupMn. (Hénault., Villaret.)

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