‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 34 sur 478 · ACTE HI, SCÈNE IIF · texte numérisé non relu

ACTE HI, SCÈNE IIF

demander à mademoiselle s'il est sûr que Sa cour se rende à Corbeil.

LA CASsiNEL. — C'est là toute la question. Quand je suis partie de Yhôiel Saint-Paul y il était encore douteux qu'elle acceptât la proposition de monseigneur. Le comte d'Armagnac s'opposait au départ^ et soutenait son avis avec beaucoup de chaleur.

LE DAUPHIN. — Comment savez-vous cela?

lA CASSINEL. — Il y a deux heures, la reine m'a fait appeler dans son cabinet, où les princes étaient à délibérer sur votre lettre. Elle m'a fait approcher, et m*a oixlonné, à voix basse , de vous écrire pour vous prévenir de ses bonnes intentions, et vous disposer à les accueillir, si la cour et elle allaient à Corbeil. Elle m'a dit, de plus, de lui apporter la lettre que je vous écrirais. J'ai exécuté ses ordres, et je crois que le comte de Vertus et le comte de Ricbemont seront chargés de ma lettre , ainsi que de la réponse de la reine à votre dépêche (*). Ma présence a deux fois interrompu le

n Le comte de Richemont dont il s*agit ici est ce grand personnage qui fut connétable sous Charles VII, mourut duc de Biietagne sous le nom d'Arthur III , conservant néanmoins son titre de connétable, parce que , disait-il , il voulait honorer dans sa vieillesse une dignité qui Tavait honoré dans sa jeunesse. C'est à lui, à Dunois, à Jeanne d'Arc, à Jean Bureau, grand maJtre de l'artillerie, à Jacques Cœur, aux bourgeois de Paris et de Rouen, de toutes les villes, à une armée presque toute plébéienne, que Charles VII et la France, eurent la principale obligation de Texpulsion des Anglais, au moins de ceux qui occupaient le centre du royaume. Test et l'ouest. La noblesse eut plus de part à l'expulsion des Anglais qui occupaient la Guienne ; là périrent Pierre de Beauveau , Jean de Chabanes et d'autres. Le duc de Richemont travailla, malgré Charles VII, à la restauration de la monarchie. H fut le précurseur de Sully, et peutrétre son modèle : toutefois, il eut un caractère plus âpre , étant plus homme de guerre, et vivant dans des temps encore plus orageux , et avec des hommes encore plus corrompus. Il nt arrêter de sa pleine autorité, au château de Chinon , presque sous les yeux du roi , George de la Trimouille, ministre et favori du prince, et le fit conduire enchaîné au château de Montrésor, sans que le roi ôsat en témoigner le moindre mécontentement, tant il était honteux des habitudes voluptueuses et efféminées qui le distrayaient de la restauration de la France et du trône.

Le duc de Richemont fut réellement envoyé à Mehun-sur-Yèvre par Isabelle de Bavière , pour engager le Dauphin à rentrer dans Paris.

conseil; néanmoins en sortant J'ai entendu le comte d'Armagnac dire : S'il tejptie dans Paris quand vous n'y serez pas, vous y laisserat-il rentrer? Jugez de Feffet que cette parole a dû produire sur moi !... Il m*aparu qu'en disant à la reine ce qu'elle aurait à craindre en partant, il indiquait ce que monseigneur a de mieux à faire si elle part.

LE DUC DE BAB, MABGOIGNBT, BAMBOCIL-

LET, LB CBANCBLIER, ensemble. — Sans doute sans doute.

LE DAUPHIN. — Comment Fentendez-vous?

M'est-il si facile de les empêcher de rentrer quand ils seront sortis?

LA CASsiwBL. — Monseigneur se moque de moi, pour m'avertir sans doute de ne pas me mêler de politique et de guerre.

LE DAUPBiN. —Non; non, expliquez- vous.

LA CASSINEL, riant. — Pour les empêcher de rentrer, il n'y a qu'à fermer les portes quand ils seront sortis.

MABcoîGNET. — C'cst très-bicu. Cependant nous ajouterons quelques autres précautions si monseigneur prend le parti de rester et de se déclarer régent.

LE DUC DE BAR. — Je parie, mon cher Marcoignet, que si vous consultiez mademoiselle, elle vous en dirait autant que votre prudence.

MABcoiGNBT. — Je ufeu doutc pas.

LE DAUPHIN. — Dites uéanmoins ce que vous feriez,

MARcoiGNET. — Je scrais d'avis qu'on ne fermât pas les portes de Paris sur leurs lalons; je pense qu'il vaudrait mieux attendre qu'ils fussent à deux ou trois lieues au delà de Charenton. Alors on couperait le pont, et Ton ferait passer tous les bateaux de la rive gauche de ce côté- ci : ce serait seulement ensuite qu'on fermerait les portes de Paris. Cela fait il conviendrait de relever tous les postes par des gens à nous : ensuite on proclamerait la régence et le reste.

LE DAUPHIN, à la Cassinel. — Eh bien ! aviez<>vous pensé à tout cela?

LA CASSINEL. — Oh ! moH Dieu , non. J'ai pensé au zèle de vos serviteurs et à votre sagesse, voilà tout.

LE DAUPHIN. — Certainement, quand le pont de Charenton sera coupé, la porte Saint-

Antoine fermée... et pourrai... je pourrai^

LE MARGUILLIER DE SAINT-EUSTACHE

toutes les autres... je je crois, me féliciter de la belle idée que j*ai eue de les faire aller à Corbeil!... Mais partiront-ils, ne partiront-ils pas?

LE Dvc DB BAB — Donncrout - ils dans le panneau?

LE DAUPHIN. — S'ils out pcur du peuple, qui me réclame?

MABcôiGNET. — • Aiais si le connétable leur fait peur de vous et de vos afiidés?

LE DUC DE BAB. — S'ils sout outrc deux peurs, pas de doute qu'ils ne préfèrent le moindre danger; c'est de rester ici.

LA cAssm EL. — * S'ils partent, il faudra quMIs donnent des ordres pour le voyage; j'en serai avertie sur l'heure. Mais, en attendant, ne serait-il pas convenable que je fisse dire à nos amis de détenniner un redoublement de clameurs au quai Saint-Paul , et un mouvement du peuple, afin de faire céder les bonnes raisons du comte d'Armagnac, si Ton discute encore, ou faire changer de résolution, si Ton a décidé de rester?

LE DVC DE BAB. — C*est très-bicu pcusé. {La Cassinel donne des ordres à voix basse à un officier.)

LE DAUPHIN , au duc de Bar. — Vraiment cette petite Cassinel est d'un zèle... elle a un esprit... une intrigue...^

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