‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 357 sur 478 · ACTE UI, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE UI, SCÈNE I

M. AIIGOSTE.

Cet empruiit quil vous &it, parbleu, ne prouve rieu !

M. BOC

Et la maison veadue !...

■• AUGUSTE

il vent un meilleur bien.

On connaît sa fortune.

M. HOC

Et pourriez-vous m'instruire...

Qu est-ce que ce grand on par qui l'on fait tout dire, Cet on si décisif, cet on toujours dté, Et que vous invoquez comme une autorité? Qu*entenâez-von8 par on? •

M, AUGUSTB.

Mais... j'entends tout le monde.

M. HOC

Tout le monde ! Oh vraiment, d'une toise à la ronde !

Notre abbé Morellet a dit un fort bon mot :

ON n*est souvent QU'UN homme, et cet homme est un sot.

Vous êtes mal instruit, oui, très-mal, mon cher frère.

Vous croyez Le Doux riche, et je sais le contraire ;

Sa fortune est détruite, et sa caisse en débet.

On dit que le ministre en est fort inquiet ;

On dit que sa famille en est fort alarmée ;

On dit... vous le savez : Point de feu sans fumée.

On dit ! on dit ! Mais qui ? Vous oubliez ce mot :

ON n'est souvent QU'UN homme, et cet homme est un sot.

Mais j'admets ces on cfl/ : je mets la chose au pire.

Qu'en conclure, après tout? Vous venez de me dire.

Et j'ai reconnu là votre cœur généreux,

Que la fortune ici n'était rien à vos yeux :

Reste à bien constater les sentiments d'Albine.

M. HOC

Je le répète encor, son malheur, sa ruine, Ne diminueraient point les droits que son amour Acquerrait sur un cœur bien payé de retour ; Mais ils m'en font douter, et voilà mon supplice»

M. AUGUSTE

Ah! vous lui rendriez, certes, plus de justice. Si vous aviez pu, vous, invisible en un coin, Être de ses discours, ooDune moi, le témoin, Lorsque dans l'instant même, avec un grand mystère^ De sa scène avec vous elle instruisait son père.

■. HOC

Elle a dit à son père...?

M. AUGUSTB.

En pouviez-vous douter ?

M. HOC

Conçoit-on qu a ce point je puisse m'emporter ? ... Mais que lui disait-elle?

Elle s'est d'abord plainte Du rendez-vous donné, qui n'était qu'une feinte,

M. HOC

Je l'avais deviné! Biais je croyais d'abord Que pour cette manoeuvre ils étaient bien d'accord. Qu'a répondu le père? et de cette querelle Comment s'est-il tiré ?

H. AOeUSTB.

BieA. H s'est moqué d'eUe.

« Je voulais, a-t-il dit, que tous deux librement « Pussiez vous exprimer un tendre attachement. « Je t'avais enseigné, gràee k ma rhétorique, « Des déclarations du plus beau pathétique. « Je voulais te donner rheonose oocanon « De glisser dans son cœur la persuasion... »

M. HOC

Je vous arrête ici : réHk qui devient louche. Il inspirait Albine, et pariait par sa bouche. C'est ce que je pensais.

M. AUGUSTB.

Elle, les yeux mouillés, Reprend : « Ce rendez-vous nous a presque brouillés. Se peut- il ?... et comment?... • dit le père en alarmes. Elle ne répond rien, mais elle est tout en larmes. Il insiste ; elle parle. Elle a bientôt cité Cinq ou six traits marquants d'extrême dureté. « Traiter de Turc à Maure avec une cousine ! » Dit Le Doux irrité : « Chagriner mon Albine ! « Il faut rompre, ma fille : un homme sans raison ! m Point ne veux de sa race ; oh ! qu'il reste garçon !.. »

M. HOC

Vraiment! vous m'enchantez ! Est-il bien vrai, mon frère f Ne me flattez-vous point ?

M. AUGUSTB.

Voyant cette colère, Albine se repent de tout ce vain déduit. Recourt après ses mots, les redit, se dédit ; Elle commente, explique et surtout atténue Chaque citation qui nous semble incongrue. Elle rit, pleure encore, et rit tout à la fois... Aux mêmes sentiments nous cédions tous les trois. Que sa bouche riante et ses yeux pleins de larmes A ses discours naïfs avaient mêlé de charmes ! Vous êtes détestable, on vous trouve charmant : Voilà ce que j'ai vu dans cet heureux moment.

M. HOC

J'avouerai que je dois de la reconnaissance

A cet aimable effort d'une tendre indulgence...

Je dois craindre pouHant que de mes vains discours

Le sens injurieux ne revienne toujours.

On surmonte le fiel, ensuite on y succombe.

M. AUGUSTE

Albine a justement le Qel d'une colombe.

M. HOC

Vous croyez qu'elle m'aime ?

M. AUGUSTE

En bonne vérité.

Jamais au fond du cœur vous n'en avez douté* Je crois à son amour comme à mon existence,

M. HOC

Vous me rendez la vie... Eh ! oui... lorsque j'y pense^

En effet, ce matin, après le long débat

Dont je regrette bien l'inconvenant éclat.

Quand ses yeux ont versé quelques furtives larmes,

Ils ont fixé sur moi des regards pleins de charmes :

Pour moi, plus que pour elle,, ils semblaient m'implorer,

MONSIEUR HOC, OU LE MÉFIANT

Et sur mon tourment seul vouloir se rassurer.

Ces pleurs, que je croyais forcés par la contrainte ,

Ou commandes par Tart et versés par la feinte,

Ces pleurs venaient du cœur... Que j'ai Tesprit rebours

De voir, même en des pleurs, la ruse et des détours!

Ou de prendre, en vrai sot, pour larmes de tristesse.

Pour larmes de douleur, des larmes de tendresse !

Toutefois je voulus en vain m'en alarmer»

Mon cœur jusques au fond s'en est senti charmer.

Ces pleurs ont adouci la source de mes peines;

Us semblent maintenant circuler dans mes veines.

... Quand Tapparence dit que le vil intérêt,

Au gré de ses parents, la décide en secret,

L'argument est-il vrai parce qu'il m'assassine?

Certes, la vérité, c'est le regard d'Albine.

M. AUGUSTE

C'est bien ; mais maintenant veut-on encor de vous ?

M. HOC

Que disent les parents?

M. ÂUGUSTS.

Ils sont en grand courroux.

M. HOC

Enfin, quel est mon crime? Ai-je offensé personne ? Ne pas me croire aimé ! cette erreur se pardonne.

M. AUGUSTE

Ce qui la rend fâcheuse est que Ton a cru voir

Que l'emprunt singulier, dont on parlait ce soir,

De votre éloignement pouvait être la cause.

• 11 craint que de ses fonds mon mari ne dispose, »

Dit la mère. « Je vois, dit l'époux offensé,

« Qu'il nous croit dérangés, et n'est plus si pressé

« De cet amour si pur, à qui notre fortune

- N'offrait, nous disait-il, qu'une idée importune.

« Il voulait de l'argent ; et cet adorateur,

« Cet ami dévoué, n'est qu'un calculateur.

» 11 craint d'être obligé d'aider à son beau-père,

« Il voit tomber sur lui le poids de ma misère.

« Ah ! c'est un rare ami ! »

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