SCENE V
M. LEDUR, HOUGOT, RUZIERS, LE GARDE.
M. LEDUR. — Voici voire compte. U vous revient 15 francs 10 sous^ les voilà.
HouGOT. — Monsieur^ je v^prie de garder cela à compte pour le bourit. Je veux le payer ce qu^vous plaira ! Ah, monsieur, je vous demande pardon et excuse ! V's'étes ben fâché^ et j^sis pu fâché que vous; car j'en sis si chagrin que je ne m'en saurais ravoir. J'aimerais mieux que les voleurs m^eussiont volé moi-* méme^ que vot'àne. Je vous le dis, en vérité^ comme je sis Hougot^ si je connaissais les voleurs et qu'ils voulissiont rendre Tâne^ je me mettrais à leur service à sa place.
M. LEDUR.— - Eh bien^ puisque tu as tant de conscience, tu n'as qu'à faire ce marché avec moi.
HoueoT. — Ah! monsieur, v'zy perdriez trop; er chagrin il me tue, quoël j'ai les jambes et les bras cassés ! j'sis incapable de m'ner la brouetle. St'àne^ il me pèse cÛx fois plus sur l'estomac^ que je ne pesais sur son dos. Tant que ce pauvre animai n's'ra pas retrouvé, je n'saurai rien faire.
M. LEDUR. — Ça ne fera pas mon compte. Perdre mon âne^ et toi ne rien faire pour le payer I je serai donc dupe de mon âne et de tes ftneries? Mais je te Tai déjà dit, je ne suis pas dupe de ton mensonge. Tu as perdu ton âne parce que tu Tas laissé à l'abandon^ et sans lui donner à manger ! Je parie que tu as encore les dix sous qui t'ont été avancés pour son dîner.
HOUGOT. — Ah! pardi, monsieur^ oui. Le pauvre animal n'avait pas encore diiié, ni moi non plus^ quand ils l'avont volé. J'allais justement le mener dans une bonne auberge^ (»us que j'aurions été ben tous les deux ; mais j\ais v'rendre vos dix sous : c'est juste, ça ! c'est juste! et je n'dois pas profiter de ces dix souslà. {Il cherche fes dix sous dans sa poche.)
M. LEDUB. — n ne s'agit pas de ces dix souslà ; il s'agit de mon âne. Je dis qu'il est impossible qu'on l'ait volé entre tes jambes, comme tu as l'impudence de me l'assurer.
HOUGOT. — Eh ben ! v'ia Ruziers, qu'était présent ou tout près, qui sait ben comme que la chose s'est passée.
BuziEBs. — 8i monsieur veut m'donner du monde à mon commandement, je prêterai mon âne, et monsieur verra comme Hougot et l'âne peuvent se séparer, sans s'en apercevoir ni l'un ni l'autre.
M. LBBUB. — Je le veux bien. Je mets à votre disposition tous les gens de la maison. Je suis curieux de voir comment vous vous y prendrez, pour me faire accroire une chose impossible. On donnera un des habits de ma vieille garde-robe à Ruziers, pour faire le chariatan. {Bas à Ruziers fils,) On amènera à Hngot l'âne qu'il croit volé. U sera peutrôtre assez béte pour monter dessus sans le reconnaître.