‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 429 sur 478 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

M. LEDUR, HOUGOT.

H. LEDUR.— Vous uc risqucz rien, en attendant, de convenir que vous êtes un impudent menteur.

HOUGOT. — ^Monsieur, p't'être ben que queuquefois...

M. LEDUR. — Mais vous l'êtes tous dans cette Normandie ! Au moins convenez-en... voyons, n'est-ce pas vrait

HOUGOT,-— Monsieur, quand j'dirai que c'est vrai, ça ne comptera pas si j'sis un menteur.

H. LEDUR. — Dites toujours.

HOUGOT. — Eh beni monsieur, je croirais ben qu'il y en a peut-être d'aucuns, queuquefois, qui pourriont ben mentir quand ils ne disont pas la vérité.

11. LEDUR. - C'est fort clair. Tu ne te compromets pas par ta réponse. Tout cet embarras que vous me causez, et celui où vous êtes, ne seraient pas arrivés, si . .

HOUGOT. — Oh ! je sis dans un grand embarras, véritablement.

M. LEDUR. — ... Ne seraient pas arrivés, sans votre maudite habitude d'aller perdre un jour de la semaine à quelque foire des environs.

HOUGOT Monsieur, ne m'en pariez pas;

j'en suis revenu pour jamais. Véritablement, j'serais pu riche, ou pas si. gueux, si j'avais resté à mon ouvrage. V'ià st'âne; s'il faut vous l'payer, faudra que mes journées de pu de six mois y passent.

M. LEDUR. — Eh bien ! comme vous êtes un vieux serviteur, et qu'il y a quinze ans que

LA FOIRE D'ALEiNÇON.

vous tuez le temps, moitié chez moi et l'autre moitié aux foires du pays, je veux avoir de Findulgence pour vous; je vous tiens quitte du prix de mon âne, pour le travail des 53 journées que vous perdez à la foire. Vous n'avez qu^à venir faire ces journées dans le jardin : vous aurez payé Tâne, et vous n'aurez pas reçu un sou de moins.

flouGOT. — Ah! monsieur, j'v'remercie.

V Vêtes ben bon. Je fais ce marché-là ben volontiers.

M. LBDUB. — Si l'âne se retrouvait, je vous payerais ces journées-là, en sus des autres.

HouGOT. —Ben obligé, monsieur.

M. LSDUB. — Savez-vous ce que vous gagneriez à cela , et ce que vous produiraient ces journées, si elles entraient dans votre poche?

HooGOT. — Je n'ai jamais fait ce calcul-là; mais monsieur sait ben...

M. LBDUB. — Cela augm^terait votre revenu de 63 fr. 12 sous. Une journée par semaine, cela fait 53 journées par an, qui, à 24 sous, font 63 livres 12 sous.

BouGOT. — Soixante-trois livres 12 sous! M'est avis que ces 63 francs-là sont l'augmentation de revenu que vous m'aviez promis depuis longtemps.

M. LEDUB.-* C'est cela même.

HOUGOT. — Ainsi^ pour les avoir, je n'avais qu'à renoncer à courir les foëres?

M.LEDUfi. — Pas autre chose. Mais il faut me promettre...

HOUGOT. — Êh ben ! j'y sis résolu... je fais le serment, foi de Hougot, de ne plus aller aux foires. . . Mais queu dommage que, quand je m'y résous, faut que ça serve à payer st'âne!... j'avais ben besoin de st'âne pour aller à Alen çon !... j'pouvais si ben aller à pied ! Ah! pardié oui, si j'avais été à pied, j'aurais st'année 63 francs de rente de plus !

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