‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 44 sur 478 · EN 1469, COMÉDIE EN TROIS ACTES · texte numérisé non relu

EN 1469, COMÉDIE EN TROIS ACTES

PRÉFACE

Eu étudiant dans Tbistoire des rois de France celle de la nation, j'ai découvert qu'à la fin du quinzième siècle, ^t au commencement du seizième , ce que nous appelons la révolution française était consommé; que la liberté reposait sur une constitution libre, et que Louis XII, îe Père du Peuple^ avait consacré cette constitution. Ce titre de Père du Peuple se présenta alors à mon esprit sous un aspect nouveau, et, si je puis parler ainsi, rayonna subitement d'une gloire éclatante. Je fus entraîné à l'examen approfondi d'un règne qui me parut avoir été mal compris par les historiens , ou mal présenté à dessein. Dans mes recherches, j'appris bientôt que les grands appelaient entre eux roi plébéien^ roi roturier, le prince que le peuple appelait son père (I); et quand je vis la haine des grands s'attacher au prince qui était Tamour du peuple, il me parut évident que ce titre de Père du Peuple voulait dire Protecteur courageux et éclairé d'une révolution qui a rétabli la nation dans ses droits, contre une classe d'hommes puissants qui l'avaient opprimée. Je conçus alors l'ambition d'écrire l'histoire du règne de Louis Xn. Mais bientôt, craignant de faillir à son nom et à sa mémoire, je me bornai à rassembler quelques instructions pour les écrivains qui se sentiraient capables de remplir une si noble tâche. Tel a été l'objet du Mémoire que j'ai publié pour servir à une nouvelle Histoire de Louis XII. Je crois

(1) Mornacii opéra nova, editio locupletior; Luteto Pari^iofKm, sumptibus Montaient, 1721^ 4 vol. in-/o/. Observaliones in codicis librum II, lit. 3 ; De Pactis, col. ')M\.

avoir prouvé dans cet ouvrage que la froide estime des historiens pour Louis XII provient de leur servilité , qui s'est prêtée à Taversiom des successeurs de ce prince et des grands de tous les temps, pour les principes qu'il a reconnus et consacrés. Je crois avoir prouvé que cette honteuse servilité les avait conduits à calomnier non-seulement son règne, mais aussi toute la partie de sa vie qui a précédé son règne. Ils ont, en effet, établi que Louis XII, honnête homme et roi m^iocre dans son âge mûr, avait été, dans sou âge viril, factieux; dans sa jeunesse, crapuleux; dans son enfance, mutin et indomptable : ils ont voulu que tout se suivit dans son existence, et que le prince à qui ils n'accordaient que peu d'esprit dans sa maturité, ne montrât que du mauvais esprit dans les temps antérieurs. En recherchant et en examinant les reproches qu'ils ontfaits à son enfance, j'ai trouvé, dans une circonstance fort bizarre de son éducation, sinon la matière, au moins le germe d'une comédie.

Voici comment l'histoire rapporte cette circoustance :

« Louis d'Orléans, dit Gamier, ayant « perdu son père (Charles d'Orléans) au « sortir du berceau, était resté sous la tun telle de Marie de Glèves , sa mère , qui « n^ avait rien épargné pour son éducation. « Hais Vindocilité du fils rendit tous ses «^ soins inutiles. Il ne souffrait , de la part « de ses Instituteurs, ni correction, nirépri- « mande; si sa mère ordonnait qu'oncle « châtiât, celui de se& officiers qu'elle char- « geait de cette dangereuse commission «« était obligé de se masquer et de se déguiser

^^ PRÉFACE

« si bien qu'il ne pût être soupçonné (I). » C'est une singulière indocilité sans doute que celle d'un enfant qui résiste à tous les soins que sa mère et ses instituteurs donnent à son éducation! Mais le châtiment qu'on lui inflige n'est pas moins étrange , corporel, avilissant; le fouet, en un mol, c'est le châtiment des esclaves et des bètes de somme (2).

(I) Garoier, Histoire de Charles VIII, t. XIX, p. 139.

W Le fouet a été le châtiment des eufants de France longtemps encore après Louis XI. — Marie de Mêdicis fit fouetter Louis XIII, âgé de neuf ans et déjà roi ; et Louis XIV , si Ton en croit Bussy-Rabutin, lit donner la même correction à ses neveux ; mais il ne la subit jamais, et ne la lit pas subir à ses enfants ni petits-enfants.

Voici ce qu'on lit, concernant Louis XIII , dans le Journal de l'BstoUe, sous la date du 29 mai 1610 : « Notre nouveau roi (Louis XUI) fut fouetté ce jour

• par le commandement de la reine régente, sa mère, « pour n'avoir voulu prier Dieu. M. de Souvrai n'y

• vouloit mettre la main , jusqu'à ce que, forcé par « S. M., fut contraint d'en exécuter le commande-

• ment. Le roi se voyant pris ; Je vois bien , dit-il, « qu'il faut que j'en passe par là , puisque la reine « le veuL Mais regardez bien au moins de ne me frap- ^per pas guères/ort. Peu après, étant allé trouver « la reine , S. M. s'éUnt levée, et lui ayant fait la

• révérence, comme de coutume : J'aimerois mieux, « va dire ce prince tout brusquement, qu'on ne me

• fit point tant de révérence, et qu'on ne me fit point f^ fouetter. ». (T. IV, p. 99.)

Louis Xni avait alors neuf ans. Il était roi. Louis XIV, au même âge, était comblé des hommages de la nation et des respects de l'Europe. Le duc d'Enghien préludait par des victoires à la gloire dont il jouit sous le nom de grand Condé; chaque matin annonçait des succès militairos à Louis XIV. La diffé^ rence de ces conunenoements suffit pour expliquer celle du caractère qui distingua les deux princes et les deux règnes. La timidité de Louis XIII, son abandon aux favoris, l'empire du cardinal de Richelieu, l'aversion du monarque pour sa mère, sa vie entière est dans le fouet du 29 mai 1610.

La hauteur de Louis XIV, son respect de lui-même, principes de sa modération , de son respect pour les bienséances, sont les fruits des premiers avantages dont la fortune le fit jouir sous une mère sage et éclairée. Après lui, les enfants de France furent audessus des humiliations auxquelles liOuis XII et l>oui8 XIII étaient exposés.

On lit dans V Histoire nmotireitse des Gaules,

La manière dont la peine est infligée, la précaution de Tofficier chargé de Tinfliger, sont bien plus étranges encore.

de Bussy-Rabutin, t. V. La Frana: devenue italienne, p. 18, 19 et 20 : Que plusieurs princes de la maison royale s'étant fait recevoir dans l'ordre institué par Granunont, de TiUadel, Biron et autres, en haine des femmes , et plusieurs scènes de désordre s'étant passées dans une assemblée de l'ordre, le roi, qui en fut informé, ^^ donner le fouet à l'un des princes en sa présence, envoya l'autre à Chantilly, et enfin témoigna une si grande aversion pour tous ceux qui y avaient trempé, que personne n'osa parler pour eux.

Madame Dunoyer rapporte dans ses lettres cette espièglerie du duc de Berri, petit-fils de Louis XIV, fils puiné du duc de Bourgogne et frère de Louis XV et du roi d'Espagne, mort le 4 mai 1710 : « Lorsqu'il était encore enfant, il faisait souvent de petites fredaines, et le roi lui ordonnait les arrêts dans sa chambre. Un jour, son sous-gouverneur fit fermer les fenêtres, disant que les prisonniers ne doivent point voir le jour. — « Vous me faites bien plaisir , lui dit le jeune prince, puisque vous me garantissez par là d'une vision aussi désagréable que la vôtre. » ^ Après cela, il se mit à badiner et à battre du tambour avec ses doigts sur une table. Le sous-gou^meur trouva encore cela mauvais, et pria le prince de ne point toucher à cette table, puisqu'elle ne lui c^ppartenait pas , et que tous les meubles étaient au roi (Assurément cette raison était des plus plaies). — « Oh 1 pour le coup , vous ne me disputerez pas que « ceci ne soit à moi. » En même temps il se mit à battre sur ses fesses. Le sous-gouverneur eut toutes les peines du monde à garder son sérieux, et le roi rit beaucoup du rapport qu'on lui fit de cette scène. *

« Le 12 janvier 1669, monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères allèrent tirer des lapins ; et comme monseigneur le duc de Berri tirait tdt peu impradenunent, et qu'il avait même blessé un des batteurs, M. de Rasilly, son sous-gouverneur, lui en fit réprimande, dont il ne fit aucun cas. Il continua à tirer sans plus de ménagement. M. de Rasilly lui 6ta son fusil. Il s'emporta fort, et dit même à M. de Rasilly que, si le roi faisait justice, il le ferait pendre. M. de Rasilly en a rendu compte au roi, qui a pris l'affaire sérieusement, quoique M. le duc de Berri soit fort jeune ; et S. M. a ordonné qu'il demeurât huit jours dans sa chambre, sans voir personne. •

« Le 18,1e roi, le matin, dans son cabinet, fit venir monseigneur le duc de Berri. Sa pénitence est finie; mais le roi lui parla avec tant de force et de raison, que ce prince parut touché et repentant de l'emportement qu'il eut il y a huit jours. »» {Mém. du marquis de DangeaUf l. Il, p. 135, elc.)

PRÉFACE

Il est a88uréiiient bizarre qu'une punition qu'on a choisie entre les plus humiliantes , comme la plus propre à réprimer l'orgudl ^ principe de Tindocilité, soit accompagnée d'une précaution qui, apprenant à l'élève h quel point son ressentiment est redouté, ne peut qu'ajouter à son indocilité même, et en fortifier le principe.

Mais ce qui est plus remarquable , c'est l'esprit et le caractère de l'officier, du gentilhomme, qui se masque pour exécuter sur le jeune prince l'ordre de ses parents ; c'est sa bassesse, qui se prête à un acte dont rougit son orgueil ; c'est son h jpocrisie, qui veut dérober aux regards des autres un acte dont son orgueil ne peut absoudre sa bassesse; c'est cet esprit d'intérêt, de calcul et de fiiusseté, qui se partage entre le présent et l'avenir, s'accommode aux volontés des parents pour conserver sa place auprès de l'élève , et à tous les sentiments de l'élève, pour se ménager une bienveillance sur laquelle sont fondées des espérances de fortune : esprit d'autant plus digne d'être observé qu'il anime trop souvent les personnes attachées à l'éducation des princes.

Le fait de la correction donnée sous le masque, le gentilhomme qui l'administre, sa double face, dont un côté sourit à la sévérité qui punit, tandis que l'autre s'attendrit à l'humiliation du châtiment, et dont le masque sert tout à la fois ^ l'orgueil et à la bassesse j m'ont donc paru mériter les honneurs de la scène comique, et j'ai désiré que riûstoire fournit quelques acoesscnres propres à les faire ressortir.

Quand j'ai cherché à quelle cause on pouvait attribuer cette indomptable indocilité dont l'histoire a gravement conservé le souvenir, il s'en est présenté plusieurs dans les circonstances qui ont entouré le berceau de Louis Xn, et elles m'ont fourni l'idée de la faute qu'il était nécessaire de supposer à l'enfiint, pour qu'il y eût lieu à lui infliger une punition.

Louis XI n'avait point de fils lorsque naquit fx^uis d'Orléans ; celui-ei était l'hé-

ritier présomptif de la couronne, et le fut jusqu'à Tâge de huit ans, c'est-à-dire jusqu'à la naissance deCharies, dauphin, qui régna depuis sous le nom de Charles Vin. A l'âgede vingt mois, il avait été fiancé à Jeanne de France, fille ainée de liOuis XI, laquelle n'avait pas un an. II était donc destiné à un mariage prématuré. En effet, il avait à peine atteint l'âge de dix ans quand ce ma^ riage fut célébré. Ainsi, du moment qu'il fut capable d'assembler deux idées, il se vit homme Ait, gendre du roi, héritier du royaume, presque roi.

Yoilà bien des motifs d'orgueil et un bon levain de mutinerie contre la pédanterie de ses instituteurs. Arrêtons-nous-y un moment.

Dans toutes les conditions, il se trouve quelques enfants précoces, qui ont, avant les autres, le pressentiment de ce qu'ils seront un jour.

Mais tous les princes naissent assez précoces pour avoir, dès la plus tendre enfance, le pressentiment du pouvoir et de la grandeur. Tout annonce aux premiers regards des enfants des rois leur foture destinée : ils ne voient autour de leur père qu'empressements, respects , adorations ; ils ne découvrent autour d'eux^nêmes que magnificence, désir de plaire, crainte de contrarier.

Au fond, l'amour du pouvoir est le sentiment qui entre le plus facilement dans le coeur de tons les hommes : il commence avec la vie. Pouvrâr par soinnême, pouvoir par les autres, est d^à l'ambition de l'enfant qui veut teter, et qui bat sa nourrice.

Eh I si les circonstances et la nature ellemême ne mettaient pas sous ce rapport l'enfance en intelligence avec l'avenir, les jeunes princes ne manqueraient pas de courtisans pour le leur dévoiler ! ^

Durant une période de notre histoire, qui , bien que très-courte , y occupera un grand espace par les hauts faits qui la remplissent, on a été surpris de voir avec quelle facilité des princes, nés loin du trône, loin des cours m^e, qui n'avaient pas été plus

PRÉFACE

exercés à reudre des respects qu'à eu recevoir, s étaient approprié le code de l'étiquette en parvenant an 8upréfne pouvoir, avaient saisi Tesprit de ses lois à la fois subtiles et profondes , en avaient établi le rigorisme dans leur cour. On s'étonnait qu'ils fussent si bien informés des assujettissements imposés dans les cours les plus anciennement exercées à tous les petits artifices de la grandeur, à tous les petits secrets de la puissance ; qu'ils distinguassent avec une précision si parfaite, jusque dans la familiarité, les nuances les moins sensibles entre l'abandon qu'elle autorise et la retenue que le respect impose. Ceux qui s'étonnaient de cette subite instruction, ceux qui l'admiraient comme une soudaine illumination du génie qui d'ailleurs faisait de si hautes preuves, ceux dont elle était le tourment , ces vieux généraux , ces anciens camarades à qui l'on interdisait chaque jour quelque habitude de cordialité pour en prendre une d'étiquette glacée ; tous ignoraient que ces monarques avaient des instituteurs secrets, qui, par une certaine émulation de servilité élégante et polie, enseignaient diaque jour quelque raffinement de l'ancienne rubrique. Et quels étaient ces instituteurs ? C'étaient des hommes de l'andenne cour, tout fiers de se montrer plus profonds dans la science des respects et plus souples dans Fart de les rendre, que ne pouvaient l'être des guerriers appesantis par leurs services, toujours occupés de ceux qu'ils pourraient rendre encore, accoutumés à se jeter dans les périls ou à se roidir contre les obstacles , et qui, ne connaissant pas de nuances dans leur dévouement, étaient peu capables d'en mettre dans leurs sujétions. Étonnez-vous, après ces exemples , de voir un prince appelé au trône , comme l'était Louis XII , imbu à sept ans des idées de sa future puissance, et s'en former de fort exagérées !

On sait la réponse de Louis XIV, encore enfant, à Louis XIII qui lui demandait, au retour de la cérémonie dv >çn baptême ,

quel nom on lui avait donné : Louis XI V, répondit-il ; et il n'avait pas encore cinq ans. Tout Louis XIV que devait être cet enfant, il ne s'était pas donné ce nom luimême.

liC duc de Bourgogne, son petit-fils, n'avait pas huit ans quand il dit à Fénelon, son précepteur : Je ne me laisse pas commander; je sais ce que je suis et ce que vous êtes, — « Vous vous imaginez, monsieur, être plus « que moi, lui dit le lendemain Fénelon; « quelques valets sans doute vous l'auront « dit : et moi, je ne crains pas de vous dire « que je suis plus que vous.... Vous ne « savez que ce que je vous ai appris, et ce « que je vous ai appris n'est rien en compa- « raison de ce qu'il me resterait à vous « apprendre. Quant à l'autorité, vous n'en tt avez aucune sur moi, et je l'ai moi-même « pleine et entière sur vous. »»

Fénelon attribue aux discours de quelques valets le propos de son élève. Le mot de valets est ici très-bien placé; mais il est employé figurément. On ne laisse pas les valets, proprement dits, entrer en conversation avec les jeunes princes; mais' beaucoup de gens qui ont des âmes et des esprits de valets y sont habituellement.

L'homme qui avait appris au jeune prince qu'il était d'une autre espèce que Fénelon, était sans doute quelque soufr-précepteur subordonné à'Fénelon lui-même. Hais il est juste de dire, pour l'excuse de cet officier subalterne, que son discours était conforme à la doctrine professée dans un ouvrage composé pour l'éducation du Dauphin, père du duc de Bourgogne, par le précepteur du prince, par le rival, l'ennemi, le persécuteur de Fénelon. . . , par Bossuet. On s'étonne d'entendre désigner Bossuet comme la source d'où ont pu procéder les paroles méprisables que Fénelon qualifie de langage de va-lets; on s'offense d'entendre attacher à un si grand nom une accusation avilissante. Ce n'est point ma faute. Pourquoi n'a-t-on osé dire jusqu'à présent que la haute, la sublime perfeclion dans Tart d'inculquer

PRÉFACK.

dans un jeune prince les plus odieuses maximes de gouvernement, appartient à Bossuet? Qui peut se dissimuler, après avoir parcouru l\ Politique de V Écriture sainte, que Bossuet fait résulter le pouvoir absolu de faux rapprochements, de fausses applications, de fausses interprétations de nos livres sacrés ; qu'il fonde sur Tautorité de la religion les doctrines du courtisan et du prêtre orgueilleux , et qull en infecta en même temps et le père et le fils, Louis XIV et le grand Dauphin, père du duc de Bourgogne? M. Lemontey, dans son ouvrage sur la monarchie de Louis XIY, a rassemblé en quelques pages les opinions exprimées par le monarque sur le pouvoir royal : il en fait honte à sa mémoire. Comment M. Lemontey n'a-t il pas remarqué que les paroles dont s'est servi ce prince sont littéralement copiées de la Politique tirée de VÈcriture sainte^ ouvrage adressé à M. le Dauphin, et dans lequel Bossuet applique aux monarchies constituées et gouvernées par les hommes, les préceptes du royaume dlsraël, constitué et gouverné par Dieu même ? On ne conçoit pas un si déplorable abus d'un esprit éminent , d'une éloquence qui n'est surpassée par celle d'aucun modèle, d*une autorité qui n'a point d'égale dans l'Église gallicane. Mais en voici la preuve :

Louis XIV dit, dans ses instructions pour le Dauphin : « Celui qui a donné des rois " aux hommes a voulu qu'on les respectât « comme ses lieutenants..,. Sa volouté est « que quiconque est né sujet, obéisse sans « discernement (1). »

Or, Bossuet avait dit au Dauphin et au roi : « Les princes agissent comme ministres « de Dieu et ses lieutmanls sur la terre. «• Le trône royal n'est pas le trône d'un • homme, mais le trône de Dieu même (2). . . H Les princes sont de» dieux, et participent « eu quelque façon à l'indépendance divine.

(1) Œuvres de LouU XIV, t. lî, p. 33«.

(2) Politique tirée de l'Écriture, liv. III, art. 2.

« Il n'y a que Dieu qui puisse juger de leurs « ju<^^ements et de leurs personnes (I). »

On sait que Louis XIV, écoutant les remontrances d'un parlement, les interrompit à ces mots : les intérêts du roi et de l'État. L'État^ dit-il, c'est moi. M. Lemontey appelle ces quatre syllabes le Coran de Louis XIV, et il cite à cette occasion quelques lignes d'un cours de droit public qu'il avait fait composer pour le duc de Bourgogne : « Jje « roi, y est-il dit, représente en France la « nation entière, et chaque particulier n'est « qu'un individu envers le roi. — La nation « ne fait pas corps en France ; elle réside « tout entière dans la personne du roi. »

Or, voici ce qu'avait écrit Bossuet : « Tout « l'État est dans la personne du prince ; en « lui est la puissance, en lui est la volonté « de tout le peuple (2). Il faut servir l'État « comme le prince l'entend. En lui réside * la raison qui conduit l'État (3). »

Bossuet a donc été l'évangéliste de Louis XIV. J'ai donc fait la preuve de la corruption qu'il a portée dans Tàme du monarque.

Au reste, il faut être juste : ce n'éiait point par servilité que Bossuet professait le pouvoir absolu ; c'était au contraire par orgueil, parce qu'il voulait la servitude pour le peuple, l'autorité pour le roi, la suprême domination pour un prêtre. En disant au roi, Vous avez le pouvoir absolu, il ajoutait : Vous n'avez pas le pouvoir AKBrrRAiBE. Mais quel était, selon lui, le régulateur? Dieu. Et qui était l'organe de la volonté divine ? Faut-il le demander? C'était TÉglise et le prêtre. Bossuet ajoutait encore, pour plus de sûreté : « H y a une exception à Tobéis- « sance qu'on doit au prince : c'est quand il « commande conlre Dieu. On ne doit pas, « dit-il, obéir au gouvernement contre les « ordres du roi, on doit encore moins obéir

(1) PolUique tirée de l'Écriture, liv. HI, art. (.

(2) Ibid., liv. VI, art. 6, l« prop.

(3) md., liv. VI, art. I, 2' prop.

PRÉFACE

« au roi contre les ordres de Dieu (1). » Mais où sont les organes des ordres divins? Ne voyez-vons pas toujours le prêtre et l'Église?

Ainsi la monarchie, selon Bossuet, est un gouvernement ob le peuple est abandonné aux caprices d'un maître qui n'a de supérieur que le clergé, et près de qui le clergé seul est en sûreté et en considération.

Qu'on me pardonne cette digression involontaire (2). Je reviens aux causes de Tin-

(1) PoUtique tirée de l'Écriture, liv. VI, art. il, 2' prop.

(2) Puisque je me suis laissé aller à cette digression, qu'il me soit permis de dire en note qu'au moment où Louis XIV ferma les yeux , les princes de son sang professèrent une doctrine fort opposée à celle qui suppose la royauté de droit divin, et reconnurent à la nation, par acte authentique et revêtu de leur signature individuelle, un droit qui a une ressemblance, bien coupable sans doute , avec celui de la souveraineté, puisqu'il consiste, selon eux, dans la foculté d'en déléguer l'exercice à une famille du choix national , et sous des conditions d'hérédité déterminées. Il faut que je dise encore qu'un édil solennel confinna cette doctrine aujourd'hui réputée hétérodoxe, et punissable parmi les ultramontains. Voici les faits et les actes qui justifient ce que j'avance.

Au mois de juillet 1714, Louis XIV avait ordonné, par un édit, que les princes légitimes de la maison de Bourbon venant à manquer, le duc du Maine et le comte de Toulouse , ses fils adultérins, qu'il avait légitimés malgré les lois qui défendaient la légitimation des enfants de cette origine, succéderaient à la couronne de France. Les motifs exprimés dans cette loi, ce sont les malheurs et les troubles qui pourraient arriver un jour dans ce royaume, si tous les princes de la maison royale venaient à manquer.

Le même édit ordonnait que le duc du Maine et le comte de Toulouse auraient entrée et séance au parlement au même âge et avec les mêmes honneurs que les princes du sang, et qu'ils jouiraient des mêmes prérogatives dans toutes les cérémonies où le roi et les princes se trouveraient. Cet édit avait été registre au parlement le 2 août de la même année 1714.

Quelque temps après, des chambres du parlement ayant refusé de donner aux princes légitimés la qualité de princes du sang, Louis XIV, par une déclaration du 23 mai 1715, défendit de faire aucune différence entre les princes légitimes et légitimés, et ordonna que ceux-ci prendraient la qualité de princes du sang , et qu'elle leur serait donnée dans tous les actes judiciaires et autres.

docilité de Louis d'Orléans : l'histoire en découvre une positive, qui dispenserait de toute autre.

Trois mois après cette déclaration, Louis XÏV meurt.

Alors trois princes du sang, le duc de Bourbon, le comte de Charollais et le prince de Conti, présentent au roi, dans son conseil, une requête et différente mémoires pour obtenir la révocation de ledit du mois de juillet 1714 et de la déclaration du 23 mai 1715. Un des griefs exposés dans leurs requêtes était que la ligne masculine et légitime venant à manquer dans la maison de Bourbon, c'était à la nation à faire choix d'une famille pour régner, et que Louis XIV n'avait pas le droit de disposer de la couronne.

Il faut renuirquer qu'alors Louis XV était mineur, et le duc d'Orléans, régent

La requête fut communiquée aux princes légitimés, qui supplièrent le roi de la renvoyer à sa majorité, ou de faire délibérer les états du royaume, jw ridiquement assemblés, sur l'intérêt que la nation pouvait avoir aux dispositions de Védit de juillet, et s'il lui était utile ou dangereux d'en demander la révocation. Peu après, ces princes firent une protestatiqn aux mêmes fins devant notaire, et ils en demandèrent le dépôt au greffe du parlement Le parlement rendit compte de cette requête au roi, et attendit ses ordres pour statuer.

Au mois de juillet 1717, le roi mil fin à la difficulté par un édit qui révoqua et annula celui du mois de juillet 1714 et la déclaration du 23 mai I7lâ. Cet édit, signé Louis, l'est aussi par le duc d'Orléans régent, présent.

Le préambule de la loi expose les principes que nous allons transcrire littéralement, dans la crainte d'en altérer la substance :

<« Nous espérons (c'est le roi qui parle) que Dieu, « qui conserve la maison de France depuis tant de siè- « clés, et qui lui a donné dans tous les temps des « marques si éclatantes de sa protection , ne lui sera « pas moins favorable à l'avenir, et que, la faisant du- « rer autant que la monarchie, il détournera par sa « bonté le malheur qui avait été l'objet de la pré- « voyance du feu roi. Mais si la nation française « éprouvait jamais ce malheur , ce serait à la nation « mém^ qu'il appartiendrait de le réparer pas la <t SAGBSSK DK SON CHOIX; ct puisquc les lois fonda- • mentales de notre royaume nous mettent dans une I heureuse impuissance d'aliéner le domaine de no- « tre couronne, nous faisons gloire de reconnaître « qu'U nous est encore moins libre de disposer de no- « tre couronne même : nous savons qu'elle n'est à « nous que pour le bien et pour le salut de l'État, et « que par conséquent l'État seul aurait droit d'en « disposer dans un triste événement que nos peuples « ne prévoient qu'avec peine, et dont nous sentons

PRÉFACE

Louis d'Orléans avait perdu son père presque en naissant, et Louis XI s'était alors occupé de son éducation, non pour qu'elle fût digne de son rang, mais au contraire pour empêcher l'esprit du jeune prince de s'élever à la hauteur de sa destinée.

Seyssel, Hézeray, Garnier, s'expliquent nettement sur cette intention, qui est un des traits marquants du caractère de Louis XI. /t voulait^ dit Seyssel, que Louis d'Orléans fût imbécile d'entendement, et n'eût sens ni autorité^ nisuitey ni crédit (1). // ne siïuffrait pas, dit Mézeray, qu'on lui élevât l'esprit par auc%me éducation (2).

« que la seule idée les afflige. Nous croyons doue de- « voir à une nation si fidèlement et si inviolablement « attachée à la maison de ses rois, la justice de ne pas « prévenir le choix qu*eHe aurait à faire; et c*est par « cette raison qu'il nous a paru inutile de la consul- « ter en cette occasion, où nous n'agissons que pour « elle, en révoquant une disposition sur laquelle elle « n'a pas été consultée; notre intention étant de ta « conserver dans tous ses droits, en prévenant même « ses vœux comme nous nous serions toujours cru « obligé de le faire pour le maintien de Tordre public, « indépendamment des représentations que nous avons « reçues de la part des princes de notre sang. »

Tels sont les motifs littéralement exprimés dans redit de 1717, qui révoque celui de 1714 et la déclaration de 17 1&.

La fin du préambule que nous venons de citer, indique que les principes exposés étaient invoques par les princes du sang dans la requête présentée par eux au conseil de régence. Ainsi, ajoutant à l'hommage que leur ont rendu les princes requérants celui que leur rend le duc d*Orléans, président du conseil de régence, en signant l'édit et en l'envoyant au parlement, on peut dire que tous les princes de la maison de Bourbon ont alors individuellement exprimé leur profession de foi sur les droits de la nation ; ajoutez le suffrage unanime des membres du conseil du roi, entre lesquels on voit l'illustre Daguesseau, et i'assentiment unanime du parlement qui a enregistré sans le moindre délai Tédit de révocation de 1717, et il sera, je crois, évident que la royauté de droit divin, la royauté (elle qu'elle était dans Israël , telle que nous la donne Bossuet, telle que croyait la posséder Louis XIV, a été désavouée par la feûnille de ce prince immédiatement après sa mort.

L'édit de juillet 1717 , qui renferme tout ce qu'on vient de lire, est imprimé dans tous les recueils du temps.

(1) Seyssel, Histoire de Louise X II, p. 39 et 45. (9.) Abrégé chronologique, sous Tannée 1481.

Bien que lui tenant lieu de père y dit Garnier, il n'avait travaillé en effet qu'à l'avilir et à le perdre (I).

On sait que Louis XI étendit h la suite sa défiance à son propre fils et même à sa femme : il tenait toujours la reine éloigna de lui, dit Mézeray, et t7 nourrissait son fils (Charles VIII) comme captif dans Jmboise parmi des vcdets, de peur qu'il ne sentit son cœur.

Philippe de Comines cite des faits k l'appui de la même vérité. Qaude de Seyssel dit que, de son fils mimcj Louis XI avait sùucx qu'il n'eikt le cœur trop grand.

Quand on voit le terrible Louis XI opposé à la bonne éducation que Marie de Clèyes s'efforçait de donner à son fils, l'indocilité de Fenfant doit paraître fort naturelle, et Ton serait surpris de lui voir un caractère flexible et doux.

Parmi les causes présu mables du caractère attribué par les historiens à Louis XII enfant, j'ai trouvé la matière d*une fiction propre à faire ressortir le caractère du gentilhomme prudent qui avait besoin d'un masque pour corriger le jeune prince.

Je suppose que, le jour où Louis d'OrléaAs entre dans sa septième année et passe dans les mains des hommes, s'exaltant dans la joie de ce changement, il écrit à sa fiancée pour lui annoncer une visite nocturne; dans rintentioii de lui porter quelque cadeau ; par la même occasion, il lui parle du trdne qu'ils étaient alors appelés à partager. La lettre est interceptée et portée au roi, à qui cette espérance du trône déplaît, et Sa Majesté ordonne la correction du jeune prince. Voilà tout ce qu il y a de fabuleux dans cette petite pièce, dont le sujet serait à peine digne d'un théâtre de collège, s'il n'était relevé par les accessoires, et particulièrement par les personnages historiques que cette fiction met en scène.

D'abord 1 histoire présente deux sœurs

(1) Histoire de France^ t. XXI, p. 17.

PRÉFACE

contrastant Tune avec l'antre, Tune et l'autre avec le jeane duc et avec la duchesse d'Orléans sa mère, et très-propres à figurer dans le même cadre.

Ce sont les deux sœurs de Louis même, nées quelque cinquante ans avant lui, d'un premier mariage de Charles d'Orléans, son père, avec Isabelle de France. Ces deux sœurs auraient pu être les aïeules de Louis d'Orléans, et mères de la duchesse d'Orléans, leur belle-mêre. L'aînée était Tabbesse de Fontevrault, abbesse et abbé en même temps; car elle réunissait sous la crosse abbatiale un couvent de religieuses et un couvent de moines, lequel, en s'avançant dans les voies du salut, est devenu depuis un chapitre de chanoines. L'autre était mariée au duc d'Alençon, prince toujours en révolte ou en prison, et qui a passé sa vie entre des entreprises factieuses et l'échafaud.

Il m'a paru naturel de supposer qu« Louis XI avait chargé l'abbesse de Fontevrault de réducation de madame Jeanne sa fille, et la duchesse d'Alençon de la première éducation du duc d'Orléans. On sait que la première éducation dure pour les princes jusqu'à l'âge de sept ans, et qu'alors ils passent des mains des femmes dans celles des hommes.

L'histoire fait connaître trois précepteurs ou sous-précepteurs de Louis d'Orléans.

Le précepteur était maître Mornac, les sous-précepteurs étaient les sires de Bressille et de Montenac(l); mais plusieurs indications m'ont fait croire que Louis XI avait placé au-dessus des précepteurs un

(1) Suivant V Histoire de Louis XII, par Garnier (t. XXI, p. 48), dans le procès instruit pour le divorce de Louis XH et de Jeanne de France, des témoins déposèrent que Louis XI avait promis une pension à Mornac pourqu*il disposât son élève à épouser Jeanne.

Soupçonnant Montenac et Bressille de l'en détourner , il avait cherché un prétexte pour les perdre; Brewille, chargé de fers, avait été appliqué à la question, et Montenac n'avait évité la mort qu'en se réfugiant à Rodez.

surveillant, grand seigneur, qui eut le titre de gouverneur, et que, par bienséance, il ajouta encore un sous-gouverneur ecclésiastique. Ce n'était pas trop de cinq précepteurs de cour pour concourir à l'éducation d'un prince que le roi voulait soigneusement préserver de toute instruction et même de toute vertu.

. Mézeray nous apprend (1) qu entre les hommes doctes accueillis fort humainement et favorisés par Louis XI, lorsqu'ils se sauvèrent de la Grèce après la prise de Constantinople, était le fameux maître Galeotus Marlius^ natif de Nami dans VÊtat romain.

Le fameux Galeotus Martius réunissait toutes les conditions que Louis XI pouvait désirer dans l'instituteur d'un prince de son sang; et je me suin persuadé qu'il l'avait nonmié sous-gouverneur de Louis d*Orléans : si je me suis trompé, du moins on ne me reprochera pas de lui avoir prêté un mauvais choix.

D'tibord maître Galeotus avait composé un traité de Homine interiore et de corpore ejus (2) , c'est-à-dire de Thomme moral et derhomme physique. C'était le Gondiilac et le BulTonde ce temps-là.

En second lieu, maître Galeotus s'était particulièrement voué à renseignement de la jeunesse. Il avait commencé par être professeur de belles-lettres dans l'université de Padoue.

De plus, il avait été secrétaire deHathias Cor vin, roi de Hongrie, et précepteur de Jean Corvin, son fils.

Et ce n'est pas tout encore : maître Galeotus, étant secrétaire de Mathias Corvin, avait pris note de ses bons mots, et en avait fait un recueil. Cet ouvrage est imprimé dans la collection des historiens de Hongrie (3). Louis XI était narquois et moqueur, il disait

(1) Abrégé chronologique, à la fin du règne de Louitt Xî.

(2) Cet ouvrage a étéimpriméàB&le en 1517, 1 vol. in-4«.

(3) Cette collection a été imprimée à Francfort en 1600, 2 vol. in-fol.

PRÉFACE

des bons mots; et, par cette raison, il devait aimer un homme d esprit, soigneux de les recueillir, capable de les arranger, quelquefois de lui en prêter, et assez prudent pour n'en jamais dire (!).

On voit que si le fameux Galeotus vivait encore à Vépoque où Louis XI régla l'éducation du duc d'Orléans, ce qui est fort probable, le monarque n'a pu se dispenser de le nommer au moins sous-gouverneur du prince : c'est ce que j'ai supposé.

D'après un bon document, je me crois fondé à dire que le gouverneur en chef nommé par Louis XI à Louis d'Orléans, fut Antoine de Chabannes , comte de Dammartin. Voici d'abord quelques détails qui feront connaître ce personnage, et ce* qui le rendait propre à cet emploi :

« C'était , dit Duclos , un caractère haut « et difficile (2); d'ailleurs un des plus braves « hommes de son temps; sincère, fidèle, na- « turellement emporté , ami vif, implacable « ennemi. »

n avait commencé par être page du brave la Hire. Sous Charles Vil, il se mit à la tète des brigands connus sous le nom d'^corcheurs. Les hauts et puissants seigneurs de ce temps- là ne faisaient pas d'autre métier. Il se signala en 1433 et 1437 par de brillants exploits (3). Il engagea le Dauphin (LouisXl) dans la Praguerie^ et se joignit à lui contre Charles Vil. Mais ayant bientôt reconnu que le bien public n'était pour rien dans la révolte des princes , et ayant été initié dans une conjuration contre le roi, il retourna vers lui , et lui découvrit le danger qu'il courait. Le Dauphin revenu à la cour traita Chabannes d'imposteur. Chabannes lui déclara en face qu'il était prêt à soutenir sa

(1) Je ne suis pas ici d^accord avec Brantôme, je Tavoue. Ce bon prince^ dit-il, almo'U fort tes bons mots et les esprits subtils. (Hommes illustres, t. 1, p. 29.) J'observe, sur ce mol bon prince, que Philippe de domines l'appelle aussi son bon maître,

(2) Histoire de Loiâs XI, liv. VI, p. 277.

(3) Villaret, Histoire de France, t. XVI, p. 14.

déposition, par les armes, contre les avoués, du prince.

Il présida la commission qui jugea Jacques Cœur en 1454 et 1455; il prononça la confiscation de ses biens, s*en fit adjuger une partie , notamment la seigneurie de Saint-Fargeau, les barounies deTouey etde Péreuse, etc. (1). Le roi le nomma grand maître de sa maison.

£n 1461, la révolte du Dauphin ayant recommencé, Chabannes eut ordre de marcher contre lui : il le poursuivit vivement, et fut au moment de le faire prisonnier. Au fort de cette guerre, Charles VII, pour qui Chabannes combattait, meurt ; le Dauphin, qu'il combattait, monte sur le trône, et le voilà Louis XI !

Chabannes est alors éloigné; sa charge de grand maître est donnée à Croï. Il passe chez l'étranger, et revient presque aussitôt, demandant à être jugé selon la rigueur des lois, et sans miséricorde. Le roi lui ordonne de sortir du royaume 11 se retire en Allemagne. Cependant on instruit son procès; il revient, et se constitue prisonnier. On le juge, on le déclare criminel de lèse-majesté. LouisXl, préférant miséricorde à justice^ le fait enfermer à la Bastille, et partage ses biens entre les favoris de la cour.

En 1 465 , Chabannes s'échappe et se joint aux princes , toujours révoltés contre Louis XI. Le traité de Con flans stipule sa réintégration dans ses droits. Il se réconcilie avec le roi; l'arrêt de sa condamnation est cassé, ses biens lui sont rendus. Il est rétabli dans sa place de grand maître. Il fait décider la guerre contre le duc de Bourgogne, est investi du commandement des troupes, et sauve l'État. Il est un des premiers décorés de l'ordre de Saint- Michel, à l'époque de la création. Enfin il devient l'intime confident de Louis XI.

Bientôt il est chargé de commander une

(1) Cette commission , dit Villaret, refusa un avocat et un conseil à Vaccusc ; les commissaires voulaient le trouver coupable.

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