LE BARON, LA BARONNE
LA BABoiifiB. — Ouf 1 jcsuis tout essoufflée ! Figure-toi le malheur qui a manqué de nous arriver! je dis le malheur : deux, trois malheurs, presque au même moment ! Je n'entendais pas les enfanta; j'appelle, par la fenêtre, Marie, Alexandrine, Louise : personne ne répond. Je dépends dans la cour de la ferme :
j'eiilends la voix d'Alexandrine ; elle était, imagine-toi, dans Técurie des chevaux avec le cuisinier, qui a là des lapins. Elle était à voir les lapins. Je la pi'ends par la main, et remmène : comme je sors de l'écurie, je vois Marie, qui tenait Pauline sur ses bras, qui se sauvait dans le trou à fumier pour éviter un jeune cheval échappé qui ruait, se dressait, galoppait dans la cour. Je fus saisie^ comme tu peux croire. Mais ce n'est pas tout : pour comble d'inquiétude, au même moment j'aperçois d'un autre côté, mais à six pas de moi, Louise qui se battait avec un dindon; cette vilaine bète était furieuse, elle sautait aux yeux de Louise, qui se défendait avec un petit l)âton. Heureusement, le cocher est venu au secours; sans lui, je ne sais ce qui serait arrivé. J'ai bien grondé Marie , comme tu peux croire ; et Alexandrine et Louise, je les ai menacées de les mettre en pénitence, si elles recommençaient. Le vilain voisinage que cette ferme , et tous ces animaux, et ce fumier! Marie en avait jusqu'aux genoux. C'est terrible, qu'on ne puisse pas laisser aller les enfants un moment, sans avoir à craindre ces vilains animaux de la ferme ! Je suis toute renversée de la peur que cela m'a causé.
LE BABON. — Bien heureux d'en être quitte pour la peur! Âssieds-toi là... à côté de moi. Tiens, regarde cette belle vallée, cela te calmera! Vois-tu le bel effet que fait le soleil couchant?
LA BABONNE. — Il cst vHÛ. G*est dc cc côté qu'est la tranquillité et la sûreté. Ceci est charmant. Je vais travailler auprès de toi. (Elle prend son ouvrage, et brode. Le baron prend aa lunette, et regarde au travers.)
LE BABON. — Moi, jc vais te découvrir quelque joli site dans le lointain.
LA BABONNB. — Qui cst-cc qui vicnt là, par rherbage?
LE BABON. — C'est Méuagcr, qui en est le fermier.