‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 47 sur 478 · L'ABBESSE DE FONTEVRAULT, LA DUCHESSE D'ALENÇON · texte numérisé non relu

L'ABBESSE DE FONTEVRAULT, LA DUCHESSE D'ALENÇON

l'abbesse de fontevrault. — Ne me grondez pas, ma chère sœur; c'est le roi qui m'a retenue.

LA DUCHESSE d'alençon. — Je l'avais pensé.

l'abbesse de fontbvbault, gourmée, — La faveur est très-honorable , sans doute , mais elle est quelquefois fatigante.

LA DUCHESSE d'alençon , ironiquement. — Bon Dieu ! vous en paraissez accablée ! asseyezvous, je vous prie.

l'abbesse de roisTEVBAULT. — Il faut toujours être là.

LA DUCHESSE d'alençon , ironiquement. — Avec le roi? Quelle sujétion !

l'abbesse de fontbvbault. — Plus grande qu'on ne saurait l'imaginer.

LA DUCHESSE d'alençon. — Le roi pourtant a bien de l'esprit.

L^ABBESSE DE FONTEVBAULT. — SaUSdoutc;

mais il se fait toujours attendre, et il ne vient pas toujours.

LA DUCHESSE d'alençon, malignement. — 11 se fait attendre! il ne vient pas toujours î I l'esprit du roi?...

LE FOUET DE NUS PÈRES

L^ABBRSSB DE FONTEVBAULT, ViVCment. — Jc

ne dis point cela^ madame ; je dis que le roi se fait attendre. Son esprit ne tarit jamais; jamais son esprit...

LA DUCBE8SE d'alençon. — Pardonnez !

L^ABBESSE DE FONTBVRAULT. — Ouî , jC me

plains de l'attendre quelquefois toute une journée, pour être avec lui un quart d*heure...

LA DUCHESSE d'alençon. — Mais quel quart d'heure !

l'abbesse de fontevbault. — Danscequai*t d'heure... ou cette demi-heure... quelquefois il ne dit rien, quelquefois il ne finit pas de parler. C'est ce qui est arrivé aujourd'hui.

LA DUCHESSE d'alençon. — La circonstauce exigeait sans doute...

l'abbesse de fontevbault. — Ah ! la circonstance! la circonstance! sans doute elle est grave la circonstance. Mais j'ai aussi des soins à donner h mes abbayes. Deux de mes religieuses se sont dit des injures, il y a quatre jours, en plein réfectoire, et deux de mes moi» nés se sont battus à coups de râteaux dans leur jardin.

LA DucHEsas d'alençon. — Ëst-il croyable que la discorde pénètre dans ces pieux asiles?

l'abbesse de fontevbault. — Cela se comprend d'autant moins qu'il règne une parfaite intelligence entre le couvent des hommes et le couvent des femmes.

la duchesse d'alençon, rianl. — Cette bonne intelligence des deux maisons n'expli* . querait-elle pas les querelles intérieures de chacune?

l'abbesse de fontevbault. <— Fi donc, ma sœur î . , . comment de telles idées. . ^ Ce n'est pas tout : mon vidame est en guerre avec trois vicomtes des environs.

la duchesse d'alençon, iovijours ironique^ Vient, - Ceci est très-sérieux.

l'abbesse de fontevbault, — Oui... en ce qu'il se compromet avec des vicomtes : si c'étaient des comtes, passe !

LA duchesse d'alençon. — J'iguorais que les vicomtes fussent tellement inférieurs aux vidâmes.,. Si notre petite sœur Marie, qui est fiancée au vicomte de Narbonne, vous entendait!...

l'abbesse dk fontevbault. — Oh ! vous priez là d'un vicomte de rancienne rt)che.

Je parle, moi, des vicomtes de nouvelle fabrique. Certains vicomtes du temps de Charles le Simple étaient bien autre chose que les ducs les plus éminents du temps de Louis XL (Gravement.) Quant aux vidâmes, madame la duchesse y leur importance n'a point varié : ce sont des avoués de l'Église qui ne relèvent point du roi ; {élevant la voix) et le vidame de Fontevrault!...

LA DUCHESSE d'alençon. — Jc Hc prétends pas méconnaître son importance... Mais pardonnez à l'impatience que j'ai de connaître le sujet de votre visite.

l'abbesse de fontevbault, gourmée et après un silence, — Je crains, ma chère sœur, que vous n'ayez fait ou permis quelque indiscrétion.

LA DUCHESSE d'alençon, effrayée. — Vous me faites frissonner. M'aurait-on accusée auprès du roi ?

l*abb£sse de fontevuault. — Vous êtes chargée de surveiller l'éducation de Louis d'Orléans, notre jeune frère, comme moi celle de madame Jeanne, fille du roi. Louis a aujourd'hui atteint sa septième année; Madame, sa sixième. Fiancés l'un à l'autre depuis cinq ans, destinés à un mariage prématuré, des conversations que vous aurez jugées sans conséquence auront pu donner à Louis des idées confuses... de certaines choses... D'ailleurs, héritier présomptif de la couronne, il aura fallu bien peu de paroles irréfléchies pour lui inspirer des sentiments anticipés d'indépendance...

LA duchesse d'alençon. — Sur quoi présumez-vous...?

l'abbesse de fontevbault. — 11 a écrit à Madame ; il l'appelle sa petite femme. Il lui propose un rendez-vous... un rendez-vous nocturne. , sous prétexte... Que vous dirai-je?... c'est une horreur.

LA DUCHESSE d'ale.nçon, à f^aft, — Ah ! je respire I (Haut et ironiquement.) C'est une horreur, sans doute!,., qui pourrait même passer pour un enfantillage !

l'abbesse de fontevrault. — Un enfantillage! ah, un enfantillage! J'en suis fâchée, ma sœur, mais le roi n'en a pas jugé ainsi... et ce n'est pas tout. Votre élève assure Madame qu'elle sera reine de France, et se déclare ainsi héritier du trône !... En un mot . le

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