ACTE I, SCÈNE II
roi dit que cet enfant est mal gardé, niai instruit^ mal élevé... que sais-je?
Lk DUCHESSE d'alerçon. — Si le roi veut que ceci soit une affaire sérieuse, je conçois que vous ne Pempécherez pas. Mais les rapports qu'on a faits au roi sont-ils bien exacts?
L^ABBBSSE DE FONTEVBAULT. — Voici la lettre qu^on a interceptée et qu'on lui a remise.
LA 0i;cHEssE d'alençon Ht. — « Ma chère « petite femme, c'est aujourd'hui que je sors « des mains des femmes; me voilà un homme, (c La bonne Dubellay m'a donné hier en pro- « hision des bonbons et des confitures. Je loi te ai dit que je les acceptais pour les partager «avec vous. Mais conunent arranger cela? « Si votre vieille et ennuyeuse gouvernante, « madame Pabbesse de Fontevrault, ma chère « sœur, dort aussi profondément qu'elle en- « dort les autres, vous pourriez ce soir en- « tr'ouvrir la fenêtre de votre cabinet qui « donne sur la terrasse ; je sais par où passer « pour m'y rendre. Maintenant je ne serai « plus sous les yeux de la duchesse d'Alençon ; « je serai moins surveillé, et je serai même u favorisé par mes surveillants. Vous ne savez a peut-être pas que je suis héritier présomptif « de la courojfme : cela veut dire que si vous a priez bien Dieu pour qu'il ne vous vienne pas « de frère, je vous ferai un de ces matins reine « de France. L'on ip'a appris que les institu- « teurs et précepteurs de Théritier de la cou- « ronne ne sont en effet qu'une cour formée a autour de lui ; qu'on ne corrige jamais un « héritier du trône, si ce n'est pour les bonnes « qualités qu'il annonce ; qu'on craint qu'il « n'ait de la mémoire quand il sera roi. En- « fin je vais être, comme le roi^ hors de page. « A ce soir. »
l'abbesse de FONTEVBAtLT. — Croycz-vous que cet essor anticipé du prince héréditaire ne choque pas autant le roi que celui du fiancé de sept ans?
LA DUCHESSE d'alemcon, avec inquiétude et après un moment de silence. — Où a-t-il pris ce qu'il dit?
l'abbesse de fontevrault, à part. — Ahl ah ! madame la duchesse, je vous ai fait baisser le ton ! (Haut.) Vous devez le savoir mieux que personne.
LA DUCHESSE D ALENÇ0K. — Jamais on ne s'est entretenu do choses pareilles en sa pré-
sence, à moins que ce ne soit un de ses sousprécepteurs qui depuis deux jours a eu la liberté de s'introduire quelques instants auprès de lui. Je soupçonne Montenac, son sous-précepteur civil...
l'abbesse de fontevbault. — Quoiqu'il en soit 9 le roi veut que le prince soit puni. H m'a chargée de vous l'ordonner de sa part.
LA duchesse d'alençow. — Fuui ! et comment?
l'abbesse de fo>tevuault. — La peine prononcée par le roi est sévère.
LA DUCHESSE d'aLBNÇON. — Eil bicU?...
c'est?
l'abbesse de fomtevbault. — Le fouet.
LA DUCHRSSE d'ALENÇON. Lc foUCt !
l'abbesse de fo.ntevbault. — Oui, le fouet, le fouet. Belle merveille qu'on donne le fouet à un petit garçon de sept ans, méchant conmie la peste !
LA DUCHESSE d'alewço.n. — Pauvrc enfant î
l'abbesse de fontevrault. — Pauvre enfant, il est vrai I qui m'appelle ennuyeuse et vieille gouvernante! Vous aver aujourd'hui l'àme bien tendre pour lui !
LA DUCHESSE d'alençon. — Quc dira la duchesse d'Orléans?
l'abbesse de fontevballt. — Le roi le veut.
LA DUCHESSE o'alehçon. — Vous VOUS proposez sans doute d'en parler à la duchesse d'Orléans.
l'abbesse de fomtevbault. — Cela vous regarde. Mais, à votre place^ j*ordonnerais. l'expédition sans en parler à personne.
la duchesse d'alençon. — Je ne le puis^ ni ne le veux.
l'abbesse de fontevbault. — Le roi l'a ordonné.
LA duchesse d'alençon. — Gcttc correctioud ne me regarde pas.
l'abbesse de fontevrault.. — N'êtes- VOUSpas la gouvernante?
LA DUCHESSE d'alençon. — l^aujourd'hui, je ne la suis plus. Il passe à l'éducation des hommes. C'est au gouverneur, madame, qu'il faut porter les ordres du roi.
l'abbesse de fontevrault. — Au comte de Dammartin! moi! au plus emporté, au plu. violent... de nos malandrins . à celui qui m^- I sure le moins son ton et ses expressions! Non
LE FOUET DE NOS PÈRES
cerles. Le roi m*a chargée de vous faire connaître sa volonté, avons, pas à d'autres; ma commission est faite, je me retire.
LA DUCUESSE D^ALENÇON. Uu momCUt I
voici justement le comte...
l'abbesse de fontevbadlt. — Le temps me presse. Il faut que je rende compte au roi, et que j^expédie des ordres à Fontevrault.
{Elle sort,)
LA duchesse d alençon. — Je voulais d'une pelite affaire en voir naître une grande! la voilà plus grande que je n aurais voulu... Et ce n'était pas contre Louis XI que je prétendais lutter. Je suis toute troublée...