SCÈNE IV
LA DUCHESSE D'ORLÉANS, LA DUCHESSE D'ALENÇON, LE COMTE DE DAMMAR- TIN, MAÎTRE GALEOTUS, MONTENAC, BRESSILLE, Dames de l'éducation, HEN- RIETTE.
LA DUCHESSE d'orléaks. — Ma chèrc duchesse, faites-moi compliment; c'est aujourd'hui un beau jour pour moi!... l'anniversaire de la naissance de mon fils, l'accomplissement de sa septième année, l'époque où il passe de l'éducation des femmes à celle des hommes ! {Elle fait une inclinalion de tête au comte.) J'ai ordonné une petite fête pour ce soir, afin de marquer cette époque. Un bal, une scène de paysans qui lui donneront des fleurs, une collation... Mon fils fera hommage de la fête à Madame... Mais qu'avez-vous?...
LA DUCHESSE d'alençon, ovcc embaiTos. — Cette journée rompt une habitude qui m'était douce...
LA duchesse d'obléans. — PardoDucz, ma chère duchesse; )e ne songeais pas... Ce soir, j'en suis bien sûre, mon fils marquera sa reconnaissance à sa bonne sœur, à l'excellente amie de sa mère... Je n'en dirai pas autant pour madame l'abbesse de Fontevrault. Il sent déjà qu'elle ne nous aime guère, et il ladétes e. (Elle rit.)
LA DUCHESSE d'alekçon. — Elle B la confiance du roi... elle est gouvernante de Madame...
LA duchesse d'obléaks. — Sil'onditàmon fils tout ce qu'il faudrait faire ce soir pour se rendre agréable à madame l'abbesse de Fontevrault, ce sera pour lui un avertissement de ne pas le faire ; du moins je le crains. U faudrait l'amener à vouloir être bien, sans lui prescrire les moyens de l'être.
la duchesse d'alençon, vivement. — Madame, c'est à nous-mêmes qu'il faut songer: nous ne devons rien laisser au hasard. C'est nous qu'on écoutera en écoutant votre fils.
LE FOUET DE NOS PÈKES
que l^ou jugera eu le jugeant. Il vaut mieux qu'il n'ait pas le mérite d'un empressement aimable^ que de nous exposer au reproche d'un manquement que nous aurions pu prévoir. {A par/.) A quelle bassesse nous sommes condamnées!
M* GA.LROTUS. — Nous dcvous Cependant nous appliquer à faire valoir monseigneur.
LA oucHEssB D^ALEnçoN. — Appliquez-vous à prévenir ce qui l'exposerait à perdre la bienveillance du roi.
M" GALEOTus. — Nous dcvous faire en sorte qu'il la mérite.
LA DUCHESSE d'alrnçon. — Il cst plus Simple de faire en sorte qu'il l'obtienne. {A part.) Courage^ duchesse ! toujours de plus plat en plus plat !
M* GALEOTDS. — Oui, cu évitant ce qui peut déplaire à Félève.
LA DUCHESSE d'obléans. — Nous reparlcrous de f^îla. En ce moment , il s'agit de savoir si les dispositions sont faites pour notre petite féte^ et particulièrement si notre scène sera bien exécutée. (A la duchesse d'Aknçon.) Le sujet de cette scène, c'est k lièvre de Viromfosse, ou le% chevaliers du lièvre. Vous savez leur histoire?
LA DUCHESSE d'alençon. — Je Taurai peutêtre sue... mais...
LE COMTE DE DAMMART1N. — Oh ! jC la Sais
bien , moi y et de mon grand-père^ qui disait toujours : Cest de ces chevaliers du lièvre que nous vie n fient tant de prétendus nobles qui rivalUent aujourd'hui avec les seigneurs. En 4337, les armées française et anglaise étant en présence à Viromfosse , on fit des chevaliers français pour la bataille qui devait être livrée. Un lièvre qui donna dans l'armée française fut le seul ennemi qui s'avança vers elle. On se retira des deux parts sans se battre. Les nouveaux chevaliers furent nommés les chevaliers du lièvre. Mais ces chevaliers n'en sont pas moins restés chevaliers; ils ont fait souche, et on ne voit aujourd'hui que leurs descendants.
LA DUCHESSE D^ORLÉANS. — NoUS aVOnS SUp-
posé que pour s'illustrer dans leur retraite , faute d'attaque , ils se mettent à la poursuite d'un jeune paysan et d'une jeune fille qui vont se marier, qualifiant le marié de ravisseur y et la mariée de belle opprimée. Ces deux jeunes
amants fuient devant les chevaliers du lièvre , et viennent se réfugier près de mon fils et de Madame; ils se dépouillent de leurs bouquets^ de leurs rubans, et les leur offrent, afin de n'être pas reconnus des chevaliers... Les chevaliers arrivent... mais ils voient les objets de leur poursuite derrière Madame et mon fils ; ils s'arrêtent par respect , et prennent part à la fête. Voilà notre spectacle... Chacun sait -il bien son rôle?
PLUSIEURS voix. — Oui, madame la du-
LA DUCHESSE u'oRLÉANs. — Lcs chcvaliers sont-ils bien armés, bien habillés, bien montés?
PLUSIEURS VOIX. — Oui, madame la duchesse*
LA DUCHESSE d'orléans. — Ils manœmTeut bien ?•
PLUSIEURS VOIX. — A merveille.
M« GALfcOTus. — Le lièvTe de Viromfosse, qui parait dans le premier acte , est un peu étouitii : il se jette à droite et à gauche;
LE COMTE DE DAMMARTIK. — Mais leS chc-
valiers se retirent en bon ordre, grand train , sans se retourner et sans se détourner d'une ligne. C'est d'après nature.
LA DUCHESSE D*ORLEAi<is. — Ccst fort bien. Et la mariée?
HENRIETTE, pleuraut. — Je ne pourrai jamais jouer mon rôle.
LA DUCHESSE d'orlbans — ^Et pourquoi doiic , ma chère enfant?
HKNRïETTE. — Jc uc pourraî jamws*
MONTBNAC. — Elle cst sî chagrine de n'être plus du service de Monseigneur \
LA DUCHESSE d'orlbans. — Pauvrc petite!
{Elle donne quelques ordres à voix basse.) -
MONTBiNAc , bas à Henriette. — C'est moi qui le guide... je ne le quitterai pas, je lui ai déjà donné des conseils... j'ai sa confiance... je \ ous donnerai tous les jours de ses nouvelles. . . mais il faudra m'écouter. - Vous le voulez bien, n'estrce pas?
HENRIETTE, rieoiL — Il faudra!... s'il faut absolument!...
MONTENAc, à part. — Charmante créature!
HENRIETTE , à fart. — L'iusupportaWe homme !
LA DUCHESSE d'orlÉ4N8. — Mcs eufauts, il faudra répéter encore une fois vos rôles dans