SCÈNE
moins, serait fort envieuse de la distinction qui vous serait donnée.
Li DUCHESSE d'étavpes. — Vousle croyez?
j*en doute fort... Et puis comment faire venir ce don sans blesser le roi? sans faire soupçonner...?
LB COMTE DE BOSSU. — Pardou... il me vient une meilleure idée. Vous avez remarqué ce magnifique diamant que l'empereur porte à sa main droite?
L4 DUCHESSE d'btampbs. <— Oui : ch bien?
LE COMTE DE BOSSU. — C'cst le seul qui soit au monde de ce volume et de cette pureté... c'est un présent de Femand Cortez...
LA DUCHESSE D^BTAMPES, impatiente. — Eh bien ! eh bien ! il est superbe ce diamant !
LE COMTE DE BOSSU. — H faut quc^ quand vous lui donnerez à laver, il laisse tomber ce dianumt; vous le ramasserez^ vous le lui présenterez, il le refusera.
LA DUCHESSE d'btampbs. — Il lo rcfusera !
LE comte de bossu. — Il le refusera, vous assurera qu^il est à vous, suivant les usages de la cour d'Autriche, où le monarque ne reprend jamais un bijou échappé de ses mains, et ramassé par un particulier.
LA DUCHESSE D^ÉTAMPBS. — C'ost très4>ien. Mais est-il bien sûr que ce soit moi qui présente la serviette à l'empereur?
LE COMTE DE BOSSU. — Gommcnt! cela n'est pas encore décidé? Et qu'est-ce qui peut donc arrêter?
LA DUCHESSE D^BTAMPES. — Eh! HO le dc-
vinez-vous pas? une intrigue de la duchesse de Valentmois. Elle fait parler au roi par le prince, elle réclame pour elle ce service d'honneur...
LE COMTE DE BOSSU. — Saus doute le roi ne prononcera pas pour elle et contre vous.
LA DUCHESSE D^ÉTAMPBs. — Jo m'cu flatte; mais encore n Vt-il pas prononcé.
LE COMTE DE BOSSU. — Supposous quHl a dit le dernier mot, et il n'est pas douteux qu'il ne le dise en votre faveur, quel est le vôtre sur ma prq)osition?
LA DUCHESSE d'étampes. — Il cst magnifique ce diamant!
LE COMTE DE BOSSU. — Dîtcsunique; il n'en existe pas un pareil au monde.
LA DUCHESSE d'ktampks. — Diano mourrait de jalousie î
LE COMTE DE BOSSU. — En cflet , qucl sujet de dépit pour elle !
LA DUCHESSE d'étampes. — Mais la rdne ! elle n*a rien de si beau dans son écrin. N'y auraitrilpas de ^inconvenance...?
LE COMTE DE BOSSU. — Au Contraire! Ne sera-ce pas un don de son frère, un témoignage permanent de sa magnificence? Ne jouira-t-elle pas de la grandeur de Charles, quand la cour en verra une telle marque à votre main?
LA DUCHESSE d'etampes. — Mais le roi... permettra-t-il que j'accepte un don si considérable?
LE comte de bossu. — N'en doutez pas^ La manière dont il sera offert, l'occasion, la présence même du roi, ne lui permettront pas d'y supposer un autre motif que la galanterie. Les conditions sous-entendues seront parfaitement ignorées.
LA DUCHESSE D*BTAMPI>8. — ComtO , jC me
laisse aller à vos raisons... je compte sur votre zèle pour mes intérêts... je m'abandonne à vos soins.
LE COMTE DE BOSSU. — Eh bicH, jo vaîs travailler en conséquence. — Ainsi il est bien entendu que si l'empereur laisse tomber sa bague à vos pieds en tavatit, et qu'il refuse de la reprendre de votre main , ce sera comme s'il vous disait : a Madame , recevez ce gage de la promesse que je vous fais d'investir le duc d^Orléans du Milanez aussitôt que je pourrai le faire sans apparence de contrainte. » Et vous, en l'accceptant, c'est comme si vous lui répondiez : a Je m*engage à faire tout ce qui dépendra de moi près du roi , pour le disposer favorablement envers Votre Majesté; et je m'engage de plus à entretenir avec elle une correspondance secrète sur les moyens de faire et (i*assurer la paix. »
LA DUCHESSE d'étampes. — C'cst bicu ccla : et ce sera vous qui serez l'intermédiaire... C'est là , cher comte , la circonstance décisive pour moi. Le diamant est fort beau , mais il me rassure moins contre la mauvaise volonté de l'empereur que l'estime que vous avez pour lui, et votre confiance en sa loyauté... Il m'est doux de devoir à un ami si cher le succès d'une affaire d'où dépend mon bonheur.
LE comte de BOSSU. — 1^ Hiieii n'en dépend pas moins.
la nrcHEssE d'étampes. — ,1e' ne vous de-
LE DIAMANT DE
mande pas par quelles voies vous allez négocier avec Tempereur, ni par quels moyens vous espérez réunir. Je me livre à votre amitié et à votre habileté. Mais^ avant tout y il faut voir la décision du roi^ pour être sûre de présenter la serviette. Voici la duchesse qui.vient Rapprendre peut-être.