‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 89 sur 478 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

reur ne se propose de partir que dans trois jours; il suffit, il est bon même pour le secret^ que^ si roRflre doit s'expédier^ il ne précède que de peu d'heures Farrivée de Charles à Arras. Ainsi ne précipitons rien. Nous avons encore trois jours devant les mains. Plusieurs personnes , et particulièrement le connétable de Montmorency, se sont chargées de solliciter l'empereur, de le fatiguer même de leurs sollicitations pour Finvestiture du Milanez. Attendons le résultat de leurs démarches...

LE BOT. — Il est certain que si l'on peut éviter Tesclandre d'une arrestation...

LA DUCHESSE D*ÉTAMPE8. -* OU pCUt d*ail-

leurs retenir ici l'empereur quelques jours de plus, si son obstination rend c-e remède nécessaire... on peut mêler à des instances polies je ne sais quoi par où on lui fera craindre qu'elles ne deviennent des empêchements positifs de départ... on peut lui préparer, lui annoncer des fêtes brillantes et dispendieuses, et lui faire entendre que le refus d'y assister serait pris pour une offense. Vous m'entendez très-bien, sire ; et l'empereur aura assez d'esprit pour agréer comme de douces violences des instances dans lesquelles il sentira très-distinctement une pointe de menace. Il est pressé d'arriver à Gand pour arrêter une révolte qui de la ville gagne le pays; il voudra éviter ce qui retarderait son départ.

LE Boi. — Attendons ce que le connétable doit me rapporter de son entrevue de ce matin avec l'empereur. Mais, dites-moi, persistezvous toujours à vouloir lui donner la serviette au diner d'aujourd'hui?

LÀ DUCHESSE d'étàmpbs. - Si Votrc Majesté n'a point changé de sentiment sur ce sujet , je me propose de lui rendre cet honneur.

LE Bot. — Je n'accorde pas trop votre intention de le retenir de gré ou de force avec le désir de lui rendre hommage, et que vous ayez tant à cœur...

LA DUCHESSE d'étampes. — Jc désirc pour ma considération, qui, j'ose m'en flatter, ne vous est pas tout à fait indifférente , une distinction de cour aussi marquante; et pour votre intérêt, qui m'est plus cher que ma considération, je puis désirer que par nécessité , si ce n'est par justice , il vous rende ce qui vous appartient.

LE ICI. -* Mais que dira la reine, en voyant les services d'honneur de la cour rendus à l'empereur, son frère , par la bien-aimée de son mari ?

LA DUGHBSSE d'étampes. — Ma naissauce me permet d'aspirer aux services d'honneur. D'ailleurs, un peu d'humeur de la reine, et d'humeur mal fondée , ne balancera peut-être pas dans votre esprit l'intérêt de mon existence tout entière, qui tient à cette distinction. Je vous l'ai déjà dit, sire, si la favorite du maître n'est pas honorée au-dessus de toutes les femmes de la cour, elle est méprisée de toutes : il faut qu'elle soit enviée, pour n'être pas dédaignée.

LE BOT. — Mais si l'empereur allait se formaliser de voir la rivale de sa soBur chargée de lui rendre les grands honneurs !

LA DUCHESSE d'btampes. — Un sî grand politique, qui a tant d'intérêt de voua plaire, et à qui le connétable et d'autres l'auront sûrement fait sentir depuis hier, ne rebutera certainement pas les empressements des pei^sonnes qui jouissent de votre confiance. Les grands politiques ne reconnaissent pour parents que les personnes utiles à leurs intérêts. Je me suis proposé aussi de redoubler de respects envers la reine , et de lui prouver que si j'ai désiré de m'abaisser de plus haut devant elle , ce n'est pas pour me ployer moins bas. Vous serez content de moi à cet égard.

LE Boi. — C'est fort bien. Mais savez-vous une malencontre?

L\ DUCHESSE d'étampes. — Ëh , quoidouct

LE Boi. — Un bassin et une aiguière d'or du plus beau modèle et de la ciselure la plus parfaite vous étaient destinés par l'orfèvre Benvenuto Cellini : ces pièces auraient figuré admirablement pour ce diner, où l'on me sert pour la première fois cette magnifique salière du poids de mille écus d'or , que ce même Celiini m'a apportée ces jours derniers, et où la salle sera éclairée par ces deux statues de Jupiter et de Junon...

LA DUCHESSE d'étampes. — Je n'ai jamais entendu parler de cette aiguière et de ce bassin d'or que Cellini m'avait destinés. Pourquoi ne les aurais-je pas aujourd'hui pour laver?

LE Boi. — Parce qu'il les a donnés, il y a deux heures, à l'archevêque de Ferrare.

LA DUCHESSE d'étampes. — Cc matiu?...

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