‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 91 sur 478 · LES MÊMES, LE CONN^ABLE DE MONT- MORENCY · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LE CONN^ABLE DE MONT- MORENCY

LB Rot. — Eh bien ! monsieur le connétable, qu'avez-vous obtenu ?

LEC0NP9ÉTABLR. — Je u'ai pas obtenu l'investiture actuelle du Milanez, conmie Votre Majesté le désirait.

LE ROI. — Non?

LE CONNETABLE. — L'cmpcrcur s'est refusé à toutes mes instances, s'est défendu contre toutes mes observations.

LE Boi. — Ne lui avez-vous pas fait entendre que tous mes fidèles serviteurs me conseillaient de le retenir à Paris jusqu'à ce qu'il eût accompli ses promesses, et qu'il ne serait pas impossible de me le persuader?

LE CONNETABLE. — NOU, SÛre.

LB Boi. — Et pourquoi ?

LE CONNETABLE. — Parcc qu'U s'en faut encore de quatre mois que le délai dans lequel il a promis l'investiture ne soit expiré. Il n'a rien promis pour aujourd'hui, ni pour demain, ni pour le temps qu'il a demandé de passer en France. Ainsi Votre Majesté n'a pas plus de droit sur lui pendant son séjour que s'il n'avait absolument rien promis. Votre Majesté sait le proverbe : Qui a terme ne doit rien.

LE BOi. — Mais puis-je m'en rapporter à sa foi? ;

LE CONNETABLE. — Sire, OU Venant cu France il s est confié à la vôtre.

LE ROI. — Je ne lui demande rien qui excède ses promesses, mais seulement d'anticiper sur le temps de l'exécution. Voulant atteindre un but légitime, qui vous empêchait de lui insinuer la crainte d'une douc« violacé pour le retenir jusqu'à cette exécution"*

LB CONNÉTABLE. — Cc qui m'empéchaît, sire? C'est mon respect pour vous, et, si j'ose l'ajouter, c'est aussi mon honneur. Retenir l'empereur, c'est l'arrêter. Le mot de douce violence n'a de sens que pour les femmes. [H regarde la duche^e,) Retenir sous des prétextes polis, serait ajouter la dérision à la violence. Ces choses-là sont au-dessus de moi , sire , et au-dessous de vous.

LK ROI, avec colère. — Eh bien! j'ordonne

qu'il soit arrêté, positivement arrêté^ et sans déguisement.

[Le connétable^ se retoumani^ regarde derrière lui.)

LB Boi. — Que cherchez-vous?

LB connétàblb. — Je regarde à qui s'adresse votre ordre.

LB Bor, irrité. — A vous.

LE CONNÉTABLE. — Siro, je le reçois avec respect; mais...

LE BOi. — Mais!...

LE CONNÉTABLE. — Mais j'y réponds avec franchise. Je serais un lâche serviteur de Votre Majesté, si j'allais obéir à sa colère au lieu de me conformer à ses sentiments. Je ne porterai point ce coup à sa gloûre; je ne me dépouillerai pas ainsi de son estime. Non , sire, je ne m'exposerai point à votre mépris .. D'ailleurs Votre Majesté n'a pas entendu la fin du rapport que j'ai à lui faire. L'empereur m'a donné sa parole.

LE Boi. — Sa parole!

LE CONNÉTABLE. — Sa forole d'honneur.

LE Boi. — Sa parole d'honneur! vaut-elle mieux que son engagement écrit?

LE CONNETABLE. — Sirc, elle le confirme^ elle le consolide, elle est quelque chose au delà; et, supposé qu'elle ne fût pas quelque chose de plus dans la politique et dans la morale de l'empereur J'en ai voulu faire un frein poiu* son honneur et sa pudeur, en l'acceptant avecconfianc^ en votre nom... et au mien, qu'il veut bien compter pour quelque chose. Si j'avais eu le malheur d'insinuer que Votre Majesté était ébranlée dans sa fidélité à l'honneur de sa parole, j'aurais fait évanouir toute la valeur de celle que l'empereur me donnait. Je ne pouvais le serrer dans les liens de l'honneur qu'en lui laissant la persuasion que l'honneur était la passion dominante en France, et que la cour en était le foyer.

LE Boi. — Comment s'est-il exprimé avec vous?

LE CONNÉTABLE. ~ Voici Ics cxprcssious dont il s'est servi : «J'ai engagé ma religion envers le roi, par le traité de Crépy, pour l'investiture du Milanez; je donne ma parole d'honneur au connétable de Montmorency de remplir mon engagement aussitôt que je pourrai le faire sans apparence de contrainte. »

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