LA DUCHESSE D^TAMPES , LE COMTE DE BOSSU-LONGUEVAL
LA DUCHESSE d'étampes. — Eh bien ! où eu sommes-nous avec Tempereur?
LE tOMTE DE BOSSU. — Je VOUS dirai ici que j'ai employé Le Peloux à cette négociation; il a fait de son mieux; il a même désiré que je visse son maître, et m'en a obtenu une audience. L'empereur a paru agréer nos offres de service; et quoiqu'il ne vous ait jamais vue, mais d'après ce qu'il a appris par la renommée, il s'est fort exalté en éloges sur votre beauté, sur votre esprit, sur vos charmes, sur votre excellent jugement, sur votre attachement pour le jeune duc d'Orléans ; attachement qu'il trouve fort naturel , car lui-même est charmé de ce jeune prince , dont les caresses l'ont sensiblement touché à Chàtellerault, où il accompagnait le roi.
LA. DUCHESSE d'etampes. — Et Ic diamant?
LE COMTE DE BOSSU. — Ha euteudu, s'est fait répéter d*im air riant et gracieux l'idée de laisser tomber son diamant à vos pieds, pour témoignage de l'approbation d'une correspondance secrète; mais quoiqu'il ait paru écouter cet arrangement avec plaisir, il n'a pas dit qu'il souscrivait à la proposition.
LA duchesse d'etampes. — Il est si beau le diamant, et il sied si bien au doigt d'un puissant empereur ! Charles y tient, cela est naturel...
LE COMTE de BOSSU. — Cependant j'ai cru entrevoir qu'il ne lui faudiait qu'un peu plus de sécurité sur vos bonnes intentions pour se détacher noblement de ce bijou.
CHARLES-QUINT
LA DDCHBME d'Atampes. — Que voulez-vous dire?
LE COMTE DE BOSSU. — Lc Peloux B cru entendre que l'empereur avait soupçon ou connaissance d'un ordre de l'arrêter. N'en avezvous pas laissé transpirer quelque bruit?
LA DUCHESSE d'étampes. — Oui, SBUS doute, je l'ai cet ordre; mais comment aurait-il pu savoir?... je crois n'en avoir parlé qu'à vous. Au reste, j'en ai bien senti toute la valeur ; j'ai voulu pouvoir le remettre à l'empereur même pour gage de ma foi quand son diamant, ou tout autre signe convenu , m'aurait assurée de la sienne. Je Tai, le voilà ce précieux écrit; et j'en suis d'autant plus maîtresse que j'ai fait croire au roi que je l'avais brûlé, en brûlant sous ses yeux un papier de même dimension. Si l'empereur me fait connaître l'intérêt qu'il met à ma correspondance , je le lui remettrai.
LE COMTE DE BOSSU. — 11 faudrait, en le lui donnant sans condition, lui faire connaître combien cet intérêt vous touche. Il faut assurer sa confiance par la vôtre.
LA DUCHRSSE d'étampes. — Eh bien! le papier sera sous un pli de la serviette à essuyer y si le diamant tombe quand il prendra la serviette à laver.
i.E COMTE DE BOSSU. — Fort bioD; mais nous n'avons plus le temps de lui faire savoir...
la duchbsse d'etampes. — Le papier débordera le pli de la serviette , il pourra l'en tirer avec adresse en se tournant de façon à n*être pas vu ; cela parlera de 9oi-même. Mes yeux lui diront ce qu'il faudra ajouter.
LE comte de bossu. — Il est maintenant très-probable que Taffiiire s'arrangera.
LA DucHEaE d'étampes. — Puis-jc l'cspérer?