SCÈNE IX
w voit la table du InmqMi dans une êoUe res* plendUsanie de lumière$ et d*omemeMt$ de fête. Le connétable, le bâton de grand maître à la main, faisant 'les fonctions de grand mattre de France, c'est-à-dire de la maison du roi, fait rinspection du grand couvert. Pendant ce temps le roi nomme à voix basse à F empereur plusieurs personnes du service d* honneur, et le connétable rentre.)
LB Boi. — Vous voyez, sire , le coonétablê de Montmoreucy dans ses fonctions de grand maître; il aura l'honneur de servir Voti*e Majesté.—Le comte de Bossu Longuevai, grand pannetier. — Voici la duchesse de Valentinois, dame pour accompagner la Dauphine. — Ici, la duchesse d'Ëtampes, qui aura Tbonneur de donner la serviette à Votre Majesté.
L'BMPBRtUfi. - J*aurais reconnu madame la duchesse à Féclat de sa beauté, dont la renommée est répandue partout. (// regarde la duchesse d*b'tampes avec une complaisance et une admiration affectées. )
LE KOI. Croiriez-vous , sire , que cette belle dame me conseille de vous retenir en France jusqu'à l'exécution du traité de Crépy?
{La duchesse pâlit et chancelle; le comte de Bossu la soutient. L* empereur Jait un muuvemeut de surprise et jette un regard tTindigna" tion sur le roi; mais il reprend aussitôt sa contenfince, et dit :}
lVmpebbub. — Puisse-t-elle avoir la volonté de m'y retenir ma vie entière ! Mais un si noble captif est dans ses liens !...
( La duchesse se rassure.)
LE coNNÉTABLB. — Lc roi cst scrvi.
LE Boi , à l empereur. — Votre Majesté est servie.
( Un officier présente à la duchesse U'Étampes un bassin dor sur lequel est une serviette pliée ; elle la prend de la main droite. Le comte de Bossu reçoit d'un page une aiguière, il verse de Ceau sur la serviette et en lève un coin. Il reçoit d^un autre page une serviette sèche. La duchesse lui donne de la main gauche r ordre du roi pour Arras; le comte le glisse sous le premier pli de la serviette, en soulève le coin, et il la place hur le bras gauche de la duchesse, qui alors s* approche de fempereur et lui présente le bassin qui contient la serviette mouillée. L empereur saisit le papier inséré dans la serviette, et le remet à Le Peloux.)
L'BMPCKSUB/Aof à Le Peloux. <^ Au plus vite des chevaux et ma litière, que je sois parti dans un quart d'heure.
LE PKLOux. -- Votre Majesté va être obéie, tout est prêt; on n'attend que votre ordre.
(Il>ort.)
L EMPBBEUB, sc frottant deux doigts à la serviette mouillée. — C'est la première fois que ces honneurs ont du charme pour moi. (// s* essuie à la serviette sèche, et laisse tomber sa bague. La duchesse, rayonnante de joie, la ra* masse et la présente à l'empereur.)
L*EupfiBsaB. — Non, madame; ce diamant est en de trop belles mains pour n'y pas rester , et je vous prie de trouver bon que je l'y laisse.
LA DUCHESSE d'etaiipks. — Ah! sirc, un diamant de ce prix !
l'empebsuii. — S'il a du prix , cette belle main lui en donnera bien davantage.
(La duchesse, jftnnt les yeux sur le roi, lui demande ou sa permission pour accepter y ou son appui pour refuser.)
LE Boi , à r empereur. — Son embarras doit toucher Voire Majesté. Madame sent qu'elle ne peut accepter, et n'ose refuser.
l'empbbeur. — C'est moi, sire, qui me trouve ici le plus dans l'embarras. Exigerez-* vous que je me prive d'un droit dont je jouis chez moi ; je dis plus, que je contrevienne à un usage qui fait loi à la cour d'Autriche? Cette loi inviolable dispense les empereurs, en toute rencontre, de reprendre ce qui leur est tombé des mains, quelque rare que soit C objet \)\ elle ordonne même que cet effet demeure à quiconque l'aura trouvé.
LE Boi. — il serait, je crois» difficile à Votre Majesté de mettre le doigt sur la loi qu'elle cite.
l'empereub. — Cela me serait si facile, que je ne m'exposerai pas, s'il vous plait, à mettre sur cette loi-là un doigt en pleine contnvvention à ce qu'elle prescrit. Pour que je puisse vous montrer la loi , il faut donc que cette bague soit au doigt de madame, et non au mien.
LE ROI. — Vous l'ordonnez... [H fuit signe à la duchesse de céder.)
LA DUCHESSE d'btahpbs , à l^ewpereur. — '
(*) Manuscrit de M. Daru.
Puisque Votre Majesté Texige, je me soumets avec recomiaissance.
LA. DUCHESSE DE VALBNTINOIS^ OVeC Ufl mOU-
ventent de dépit. — Quelle soumission ! Timpertinente !
LA DUCHK88B d'étampes , bos ùu comie de Bosm. — Voyez-vous la figure de la Diane ? quelle humiliation pour elle I
{Pendant le lavkb de l'empereur, la duchesse de Valentinois (Diane de Poitiers) a donné à laveb au roL — Le roi prend la main gauche de l'empereur et passe avec lui data la salle du grand couvert^ dont les portes se ferment.)