CHAPITRE II
Changements opérés à la cour de François ^'^
▲PERÇU GÉIIKEAL.
François I«' donna une nouvelle organisation à la maison royale, et établit un ordre nouveau entre les courtisans. Les changements de la maison et ceux de la cour, agirent sans cesse les uns sur les autres : l'attrait et Fordre de la maison augmentaient le concours des courtisans; TafOuence et Fimportance des courtisans, amenaient un nouvel accroissement de splendeur et un nouvel ordre dans la maison.
p^abord, le roi s'appliqua à faire disparaître lesVestes des prérogatives attachées aux grands offices de la maison et couronne : il écarta de ces offices toute idée de service public; il n'y souffrit que l'esprit de domesticité. Mais, à l'exemple de Louis XI, il releva le titre des premiers officiers de sa maison par la qualifi-, cation de grands-officiers de France. H ajouta des officiers nouveaux à tous les services anciens; il doubla, il tripla le nombre de ceux qui en étaient chargés. Il créa des services nouveaux. Il augmenta la maison militaire. Il fit entrer dans les offices des nobles de divers rangs et de diverses origines. Les officiers de la maison qui étaient égaux en honneurs, et dont les uns ne diflëraient des antres qu'en ce que les premiers entraient en fonctions quand ils étaient présents, et les autres seulement en cas d'absence et comme suppléants des premiers, furent subordonnés les uns aux autres : ces officiers furent placés suivant les extractions. Le commandement devint graduel et descendit d'office en office, depuis le roi jusqu'aux valets de chambre, aux valets de garderobe, aux écuyers servants, et plus bas encore. L'obéissance devint générale, la soumission inévitable, là où régnaient la liberté et l'égalité. Les offices furent divisés en quatre classes : une distinction s'établit entre le service d'honneur et le service seulement noble, entre le service noble et le service anoblissant, entre ce service anoblissant et le service roturier.
Le prmcipal changement qu'éprouva la maison fut le mélange des sexes dans la domesticité d'honneur. Le roi fit entrer dans la
COUR DE FKANGH.
maison de la reine des filles et des dames d'honneur en nombre quadruple de celles qu'avait admises près d'elle Anne de Bretagne, femme de Louis XII; il établit des maisons, à peu près semblables, pour les princesses de sa famille ; dans toutes, il multiplia excessivement les officiers : ces maisons étaient des annexes de la sienne; il agréait ou rejetait les personnes qui devaient les composer.
Ces innovations changèrent tout à la cour. L'affluence des grands y fut prodigieuse. Les princes de l'Église, les prélats y vinrent en foule : on y vit jusqu'à vingt et un cardinaux en même temps ; les archevêques, les évoques n'en sortaient pas; on ne vit jamais tant de prêtres parmi tant de femmes. Les gradations de rang, et la subordination que la multiplicité des officiers de la maison avait fait établir entre eux, amenèrent à marquer, aussi, des rangs entre les courtisans sans offices, à multiplier les titres et les honneurs qui servaient à les distinguer. L'étiquette qui réglait les services de la maison régla, aussi, les droits et les devoirs des courtisans volontaires. La cour, tout entière, fut séparée de la nation par des conditions de naissance, comme l'était la maison ; d'où il arriva que, plus tard, la roture, la nouvelle noblesse, la noblesse procédant d'une autre origine que les armes, furent exclues de toute communication qui présentât la moindre apparence de relation de société avec les personnes de la famille royale. Le roi, les princes, se les interdirent à eux-mêmes, et ne se permirent que des communications, à peu près, furtives et clandestines, avec les personnes de classes inférieures qui leur étaient le plus agréables.
Quelques détails confirmeront F aspect général sous lequel on vient de voir la maison et la cour de François !•'.