‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 113 sur 359 · QUATRIÈME DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

QUATRIÈME DÉVELOPPEMENT

SnVId DK8 FBMHB8 AJOUTÉ A CELUI DBS HOHVBS DANS LA MAISOM lOTALB.

(0 Brantôme, sur Hean 11.

(2) Règne de Henri 11, Ià47.

Le plus grand, le plus notable changement de ceux qui furent introduits dans la maison du roi^ celui qui entraîna le plus de conséquences^ fut la composition de la maison de la reine, de celle de la duchesse d'Angouléme , mère du roi, de celle de Marguerite de Valois sa sœur, et des autres princesses de la maison royale, maisons qui furent annexées à celle du roi. Anne de Bretagne avait introduit un service de femmes et de fUles d'honneur dans sa maison; la duchesse d'Angoulême, à son exemple, avait aussi établi un service de femmes près d'elle. Dès avant l'avènement de François au trône, cette complaisante mère avait eu soin de s entourer d'une multitude de filles jeunes et belles; mais, différente d'Anne de . Bretagne , qui élevait son jeune cortège à la vertu, la duchesse d'Angoulême dressait ses élèves à tous les vices propres à séduire et captiver son fils. On peut se faire une idée de leur esprit et de leurs mœurs, par le recueil des contes de la reine de Navarre, intitulé l^Heptaméron; on y voit quel était le sujet habituel de leurs entretiens. Pour connaître à fond les mœurs de ces femmes, il suffit de savoir que les midtresses du roi étaient au premier rang dans la maison de la reine: Françoise de Châteaubriant, la première d'entre elles, était dame d'honneur de sa première femme, madame Claude de France, fille de Louis XII (1). La duchesse d'Étampes était dame de sa seconde femme, Éléonore d'Autriche, sœur de Charles-Quint : elle donna à laver à ce prince quand il passa en France ; honneur qui lui était fort envié par Diane de Poitiers, maîtresse de Henri, fils du roi , après avoir été la sienne.

François I*' quadrupla, près de la reine, le nombre des femmes que le service d'Anne de Bretagne avait réunies près d'elle : il en remplit les maisons des princesses ; il augmenta le nombre des officiers qui en faisaient partie; il étendit à leurs offices les privilèges réservés

(1) Manuscrits de la bibliothèque du Rot.

sous FBANÇOiS ^^

à ceux de sa uiaiso» proprement dite (i). Les maisons des princesses devinrent la société intime dut^i; et Tesprit qui le gouvernait n'émanait pas moins de ces maisons que de celle de la reine.

Les femmes ajoutées au service d'hpnneur de la reine et des princesses de la maison royale , donnèrent un iilimense accroissement à la cour ; elles y portèrent un intérêt nou* veau, qui se compliqua avec Fintérêt ancien ; elles donnèrent aux courtisans un autre mouvement, une autre direction ; elles exaltèrent, concentrèrent l'esprit de courtisan : ce fut un élément nouveau qui fit travailler et fermenter tous les autres. Le roi devint le noble sujet des dames, et, dès lors, il fallut que la cour, comme le roi lui-môme, prit un autre aspect et un autre caractère. Nous reviendrons, et longuement peut-être, sur cet aperçu.

L'établissement des femmes à la cour rappelle ici un grand officier que nous avons indiqué dans la nomenclature de ceux qui ont composé la maison de François \^^ ; c'est le grami aumônier du roi, Antoine Sanguin; il était oncle de la duchesse d'Étampes, sa maltresse. Le roi le fit grand aumônier de France (2), au lieu de grand-aumônier du roi;

(1) Septembre 1522. Déclaration de François T"", que les officiers domestiques de madame sa mère jooissent de semblables privilèges que les siens. — Mêmes privilèges octroyés à ceux de la reine de Navarre, sa sœur, lô2& et ô décembre 1541. —Mars 1642. Déclaration qoe les officiers domestiques et commensaux soient exempts de toutes contributions, emprunts, impositions. — 1 543. Même déclaration en faveur des officiers de la reine.

(2) « Le grand-aumônier, dit Dumont (Cérémonial « diplomatique , t. I, p. 43A) , n'a pris le titre de « grand aumônier de France que sous François I"*, « en vertu des lettres du 7 août 1543. Auparavant il « n'avait d'autre titre que celui d^aumônier du roi. »

Dumont est inexact sur ce dernier point. Geoffroy de Pompadour a été qualifié, en 1486, de grand aumànkr du roi, et non simplement A*aum6nler du roi. Ainsi, le changement opéré par François l»" a consisté à qualifier de grand aumônier de France le même ecclésiastique qui n'avait que le titre de grand aumônier de la nutison. Voici ce que dit sur ce sujet Anselme, dans V Histoire générale de la maison de France, t. Vlll, p. 223 : t Geoffroy de Pompadour • est le premier qui a été qualifié grand aumônier « du roi en 1486,'toU8 le règne de Charles VIII. Ses *« successeurs en cette charge ont continué à prendre

il le fit cardinal de Meudon, et sembla vouloir couvrir de Tautorité d'un prince de l'Église, l'incontinence et ladultère, seuls principes auxquels le prélat devait son élévation aux dignités.

CINOUIÈME DÉVELOPPEMENT.

CnAN6EmBNT6 DANS L'ORGANISATION DE LA MAISON.

Nous venons de voir, 1» les éliminations d'anciens offices faites par François l*'; 2*» les anciens offices qui entrèrent dans la composition de sa maison ; 3* les nouveaux offices qu'il y ajouta ; 4° les nouvelles maisons qu'il annexa à la sienne, et les nouveaux éléments qu'il fit entrer dans la composition de ces mai' sons.Voyons maintenant quelques détails d'organisation.

Nous avons indiqué un changement qui mérite d'étro observé avec attention , parce qu'il eut de grandes conséquences; le voici. D'abord, sous le règne de François !•' s'établirent dos différences de considération très-marquées entre les services dont les grands s'étaient Jusque-là également honorés; ces services étaient tous indépendants les uns des autres, les seconds dans chaque service étant suppléants des premiers, et non leurs subordonnés. Mais, sous François 1*', des infériorités d'extraction s^adaptèrent aux infériorités de places; alors, les services se distinguèrent en supérieurs et en inférieurs, et bientôt en chefs et en subordonnés. En second lieu, entre les services jusque-là attribués aux gentilshommes exclusive-

R la même qualité, jusqu*à Antoine Sanguin, dit le « cardinal de Meudon, qui en fut pourvu par le roi « François !«' en 1543^ sous le titre de grand aumé- « nier de France: ce qui a été suivi par tous ceux « qui en ont été revêtus après lui. »

11 est certain, au reste, que, sous le titre de grand aumônier de France, on n*a jamais vu ni pu voir un grand officier de la couronne. La scandaleuse affaire du cardinal de Roban^ grand aumônier de France, au sujet d*un collier de la reine Marie-Antoinette, donna lieu à examinei'Cen 1787) si, en sa qualité de grand aumônier, le cardinal de Rohan avait le droit d'être jugé, comme les grands ofGciers de la couronne ^ au parlement, chambres et pairs assemblés. Il fut jugé comme grand officier de la maison seulement, dans ies chambres assemblées. (Voyez VÉfat de la France, 1736,1.1, p. 63.)

COUR DE FRANGE

nient^ une partie fut déclarée incompatible avec la noblesse et délaissée à la roture^ ce qui marqua dans la nudson du roi une distinction entre le serviced'honneuretle servireordinaire. Louis XII avait laissé, en mourant^ une maison peu nombreuse^ mais honorablement composée. Le premier état qui fut formé des officiers de François l"' lui-même/ présente des noms aussi illustres pour les moindres offices que pour les plus grands. Du Tillet nous apprend que « le comte de la Rochefoucauld estoit simple panetier; son frère, sieur de Barbesieux, les sieurs de Gyé, Clermont de Dauphiné, de la Palice, de Pyennes, et le vicomte de Lavedan, eschansons; les sieurs de Glermont-Lodève et de Montpezat, vallets tranchants; les sieurs de Bazillac, de Panjalz et de Granzay, mareschaux- des -logis, et autres, d*ancienne et riche noblesse, se tenoient advancez et honorez de servir à petits gages, a Peut-être, tous les officiers n'étaient pas des seigneurs aussi considérables. De tout temps, dit encore du Tillet, il s'est trouvé, parmi ces officiers de grand nom et de grande fortune, quelque gentil homme peu riche y placé par la bienveillance du prince, soit pour récompense de quelque service, soit à Toccasion de quelque circonstance heureuse, soit à la suite d'une éducation commune dont le souvenir était resté agréable au prince. 3lais ces faveurs ne rébutoient les riches et de plus grande étoffe , parce qu'elles étaient rares et bien placées; elles prouvaient qu'un gentilhomme, aidé de considération personnelle, n'était point au-dessous d'un office de la cour, comme la composition générale prouvait qu'aucun seigneur ne se croyait au-dessus, et qu'il n'y a aucun petit lieu au service des rois et roynes. Sous François 1", ce système changea. Du Tillet, qui écrivait du temps de Charles IX, et usait de ménagements, en a cependant indiqué les causes. Les profusions de François l" attiraient les hommes avides de mauvais gain ^ au lieu de ceux qui avoient à cœur le devoir et l'honneur du service. Les favoris du prince profitèrent de la multiplicité des offices pour introduire au service delà cour leurs créatures et leurs propres sei-viteurs. Bientôt la confusion du grand nombre et le mélange des personnes, inspirèrent aux seigneurs du dégoût pour des emplois que le prince avait avilis.

-Quand les seigneurs ne tinrent plus à honneur égal tout service du roi, il fallut distribuer les offices suivant la gradation 'des personnes, et, dès lors, ils se classèrent en plus honorables et moins honorables; les officiers se divisèrent en grands officiers chefs de service, et simples officiers, subordonnés aux premiers; an lieu d*être seulement distingués en officiers et grands officiers qui-, suppléants les uns de$ autres et non subordonnés, se tenaient pour égaux en honneur.

En distinguant ainsi entre les plus honorables et de moins honorables, on avisa que Toffice de valet de chambre, jusque-là rempli par un gentilhomme, ne devait pas être compris entre les honorables, ni les valets de chanibre dans les honneurs. Cependant le valet de chambre du roi, homme de confiance particulière, ne descendait alors, non plus qu'aujourd'hui , à aucun service bas ou répugnant. Par exemple, il ne faisait pas la barbe; les barbiers du roi étaient des serviteurs à part, qui estaient couchés dan^ Vétat de la maison (i). (Qu'on me passe ces détails; je touche ici à un point d'histoire auquel on ne tardera pas à trouver de rimportance.) D'ailleurs le mot de valei n'avait point le même sens qu'aujourd'hui ; le titre de valet ou varlet n'avait été donné, jusque vers le règne de François I", qu'à déjeunes hommes de condition noble. Valet vient de varlet: varlet, de virlet; virlet est un diminutif de vir. Longtemps on a dit indifféremment valet ou varlet, valeton ou varleton. Que varlet soit ou non une altération de virlet, et un diminutif de vir, toujours est-il certain que le mot de varlet ou virlet, dans nos anciens romans, se disait d'un jeune homme, varieton d'un plus jeune encore, mais tous de condition noble, même des enfants de prince et de fils de roi. En effet, les jeunes hommes sont, dans l'intérieur des familles, les serviteurs naturels des vieux. Aussi, voit-on les virlets ou varlets appliqués à divers services de la maison : le varlet qui avait soin des armes, qui portait reçu en campagne, c'était le valet scutiftr, ou l'escuyer ; le varlet dapifer, c'était le valet tranchant; le varlet, sans autre titre, était à toutes mains, écuyer en campagne, tranchant dans le château. Du Tillet dit que le

(I) Du Tillet.

sous FRANÇOIS V

mot de valet signifiait écuyer; ces mots ne sont pas absolument synonymes, comme il Ta cru. Le valet n'était pas toujours écuyer, mais Pécuyer était valet : valet était le terme générique^ écuyer était spécial. Mais^ du Tillet dit avec raison : « Ce titre estait honorable, et ne « conveiwit à roturier (\). Guy de Lusignan, a sire d'Archiac^ se dit vallet en i292. Par « autre titre, de juin i 269, Gérard Chabot, sire a deRoix, et Sebranz Chabot se dient vallets. (f Par autre, de 1246, Guillaume Mangot, sieur «de Surgières, se dit vallet; encore sont a nommés valiets franchans pour escuyers « tranchans^ » Nous avons vu les Clermont- Lodève, les Montpezat valets tranchants^ dans le premier état de la maison de François l•^ Les valets de nos cartes à jouer portent tous des noms illustres du temps de Charles VI.

Pourquoi donc, sous le règne de François I«% le titre de valet de chambre du roi devint-il insupportable à la noblesse ? Le prétexte qu'elle donna fut que ce titre était avili par sa prostitution ^ux valets de la garde-robe ou vestiaire du roi , dont le service se bornait au soin du linge et des habits du prince, et ne les approchait jamais de sa personne. Le motif véritable était rintérét de cette multitude effrénée de gentilshommes de la chambre que le roi avait créés à son avènement, et qui avaient besoin de se partager quelques attributions de Poffice de valet de chambre. La faveur que la vanité du roi accordait aux créatures de sa vanité le détermina à condescendre à leur répugnance pour la place de valet de chambre; et cette place fut éliminée du service d'honneur, ce qui marqua la distinction de ce service et du service ordinaire; distinction qui était fort ancienne au fond, mais qui n'avait pas encore pris son nom ,* et n'avait pas encore été précisément déterminée.

L'élimination de la place de valet de chambre donna lieu à quelque embarras et à de nouvelles décisions. La noblesse, déchargée d'une place que son titre lui faisait regarder comme indigne d'un gentilhomme, ne voulut pourtant pas qu*on pût en conclure qu'elle avait jugé le service de la personne du roi indigne de ses empressements. Les officiers du service d'honneur demandèrent donc la fa-

( I ) Recueil des rois de France, p. 4 1 8.

culte de prendre le service du valet de chambre quand ils le jugeraient à propos; les gentilshommes de la chambre obtinrent la faveur de passer la chemise au roi quand ils seraient présents à son habillement. Cette préférence était une véritable dégradation de la place de valet de chambre; on la^sauva en décidant que Te grand chambellan aurait la même préférence sur le gentilhonmie de la chambre, le prince du sang sur le grand chambellan, le prince de la famille royale sur le prince du sang, 1 héritier présomptif de la couronne sur tout le monde. Le service d'honneur se composa donc, et du service d'ostentation qui lui était .propre, et de la partie du service habituel qu'il pouvait avoir occasion de rendre.

D'un autre côté, le roi, ne pouvant plus faire qu'un service, dépouillé de ses anciens honneurs, fût compris dans le service d'honneur, et qu'ayant été répudié par les nobles, il continuât d'éjre réputé noble, et ne voulant pourtant pas que le service de sa persoime cessât d'être un honneur et cessât d'être un service noble, trouva l'expédient de le faire anoblissant ; et comme la noblesse avait estimé que le mot de valet était tombé au-dessous de celui d'écuyer, le roi cumula ce titre àiécvyer sur celui de valet de chambre, fit le valet de chambre non-seulement noble, mais écuyer, et ordonna qu'il ferait son service Z'^yée au côtf*: cette décoration, ce titre, marquèrent plus précisément le genre de service jusqu'où pouvait descendre le valet de chambre du roi, et où commençait un service d'un ordre inférieur.

Ce qui se fit pour le valet de chambre eut lieu pour les huissiers de la chambre, pour les valets de la garde-robe, pour les porte-manteaux, pour les officiers de la bouche et du gobelet, des levrettes de la chambre, des faucons et éperviers du cabinet, lesquels tenaient des places intermédiaires entre le service d'honneur, qui touchait à la personne du roi, et le service purement matériel.

Dans ce nouvel arrangement, le service du roi se trouva composé de quatre ordres de personnes : le service d'honneur, le service noble, \Qservice anoblissant, le service roturier (1) .

(1) Il n'est pas exact de dire que toute espèce de service près du roi ou de la reine fût, comme l*a dit

COUR DE FR.\NCE

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