‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 118 sur 359 · DEPUIS FRANÇOIS · texte numérisé non relu

DEPUIS FRANÇOIS

tfdlles^ de la multitude de gens qui s'étaient introduits dans l'ordre de la noblesse en portant les armes contre lui : cent autres moyens ont constitué des familles nobles. Mais^ ici^ bornonsnous à observer que la noblesse n'était qu'un mélange d'hommesdistincts des non-nobles par des privilèges en matière d'impôts^ de service militaire^ et de prestations personnelles ou corvées. ,

Le règne de François 1" a amené une importante modification dans l'existence de la noblesse.

Depuis le règne de François l*', cet assemblage de parties disparates ^ sans devenir un corps régulièrement organisé^ devint un tout plus compacte par la multiplicité des anoblissementS; et prit^ si on peut le dire^ une existence plus homogène par l'analogie que le titre d'écuyer donna aux anoblis avec la domesticité royale, par Faffiiiation que ce titre établit entre eux et la cour, centre et foyer de chevalerie; enfin, par la séparation mieux prononcée des nobles d'avec les gens du conunun état, au moyen de. privilèges plus considérables attribués aux premiers. François !•'' ayant, fait, de tous les emplois de sa cour,le patrimoine de la noblesse ou un titre pour l'acquérir, ses successeurs se trouvèrent sur la \qïe d'étendre ce patrimoine à tous les emplois honorables de FÉtat^de l'armée, et à toutes les dignités de l'Église,. Sans devenir un corps, la noblesse eut seule la prérogative de composer tous les grands corps de l'État. Elle n'eut aucune fonction, mais elle acquit un droit exclusif à l'exercice de toutes celles qui avaient de l'importance et de la dignité. Ou vit,

précisément les différences alors établies dans le tiers état : a Les uns étaient honorables, les autres nul- « galres , et les derniers réputés vUs et abjects,

« Les honorables étaient ceux dont les vacations « s'élevaient au-dessus du commun. L, légitimas^ ff.de • Legit tutor, Et ceux-là parvenaient aux premières « charges des villes, et possédaient souvent des dignités « personnelles ou réelles.

• Les vtUgakres exerçaient une profession moins re- « levée, mais sans bassesse ; et ceux-là se pourraient « rapporter, ditBudée, aux six corps principaux des « métiers de Paris.

• Les vUs et les al^ts étaient les artisans occupés « à des ouvrages grossiers ou répugnants *. •

• Voyei la Roqoe, Traité dé la Nohleste, p. a3a.

d'abord, des nobles arriver aux places éminentes, dans TÉglise, dans la robe, dans l'armée, sans autre mérite que leur nom, et obtenir des préférences sur le mérite et les services les plus signalés. Plus tard, la haute magistrature, la haute administration, le conseil, les parlements, les cours des aides, furent peuplés en grande partie de nobles. Enfin, vers la fin du siècle passé, une ordonnante royale, sans égard pour la mémoire des Chevert, des Gatinat, des Fabert, des Yauban, prescrivit que, pour entrer dans l'armée au grade de souslieutenant, Faspirant ferait preuve, désormais, de quatre générations de noblesse. Ce fut là le signal d'une exclusion générale des places honorables, prononcée contre la tiers état. Plusieurs cours de justice exigèrent des acquéreurs d'offices €[ui se présenteraient pour entrer dans leur sein, quatre degrés de noblesse, croyant ne pas pouvoir admettre dans la magistrature d'une c-our souveraine, des personnes réputées au-dessous d'une sous-lieutenance d'infanterie. De misérables fainéants, endormis danis les stalles d'une cathédrale ou d'une collégiale de province, se réveillant au bruit des acclamations nobiliaires, firent, aussi, ériger leurs communautés en chapitres nobles de quatre degrés. Le vertige était général.

Alors la noblesse, sans être un corps, se trouva composer tous les corps; elle était un ensemble d'hommes puissants; elle n'avait pas ses assemblées propres, mais elle était en assemblée permanente dans celles des corps qu'elle composait. C'était une nation privilégiée, dans la nation dépouillée.

En 1789, le pouvoir royal, étonné de l'irritation et de la force de l'esprit national à l'occasion des impôts et des actes arbitraires auxquels les refus parlementaires exposaient les magistrats énergiques, espéra qu'il pourrait lui opposer avec succès cette gent nobiliaire, qui, depuis deux siècles, s'était si considérablement grossie, et en former un corps compacte de quarante mille individus, solidaires envers la royauté : on convoqua des états généraux; on convoqua dans les assemblées bailliagères tous les pobles, propriétaines ou non ; les lettres de convocation cpialifièrent de gentilhomme tout individu qui serait né noble; on mit, alors, en prindpe que la noblesse ne reconnaissait ni premier ni dernier.

AFFILIATION DU CLEUGÉ.

On n'a pas oublié comment^ en 1789^ la France prit et Poiitrage de l'exclusif pour les emplois publics^ et la convocation qui appelait le noble, indépendamment de toute propriété^ à former une chambre des états. Ce fut contre ces privilégiés qu'éclata la révolution et que furent prononcées les premières abolitions; ce fut contre eux que l'emportement et la fureur populaires se signalèrent^ et que commença cette irruption de vengeance qui , dans son aveuglement, confondit^ avec la foule des nobles^ des grands dignes de leur nom^ dont le civisme s'était déclaré pour une réforme désirée par la nation (1).

Quand Tinsurrection eut déployé la force nationale sur Tordre de la noblesse^ les membres émigrèrent. Chez l'étranger, ils contractèrent réellement un esprit de corps dans le malheur commun, par la soif d'mie vengeance commune. C'est avec cet esprit qu'ils sont rentrés en France, où il ne s'est plus trouvé de privilège, et où l'élévation des hommes du commun état leur a imposé. Les conséquences ultérieures ne sont pas de mon sujet.

AUTRE EXTENSION DU NOUVEAU SYSTÈME DE MAISON ET DE COUR

LB CLKB6Â, AFFILIÉ A LA CO0R PAR LA IfOHIHATION DBS BÉNÉFICES CONSI8T0RIACX ATTRIBUÉE AU ROI, 8*ÉTBHD PAR LA FORMATION DE MONASTÉIBS, DE CONGRÉGA- TIONS ET DB C0NFBÉBIB8.

Nous avons dit (page 308, l'** colonne) qu'on avait vu à la cour de François P' jusqu'à vingtdeux cardinaux en même temps, et que les archevêques et les évèques n'en sortaient pas.

Depuis le concordat, le roi nommait seul aux bénéfices consisloriaux, c'est-à-dire pour lesquels des bulles de la cour de Rome étaient nécessaires. Le roi en donnait à toute espèce de gens, même à des femmes. Non-seulement le haut clergé, mais aussi tout ce qui aspirait à en faire partie, était à la cour par reconnaissance ou par ambition. Cette habitude des prélats mettait dans la main du roi tous leurs subordonnés, conmie elle les y mettait eux-

(0 A leur tête, la reconnaissance nationale doit placer le duc de la Rochefoucauld.

mêmes. Tout le clergé, jusqu'aux vicaires de paroisses, devint, comme la petite noblesse, une espèce d'appendice de la maison du roi.

Les successeurs de François V^ ne s'en tinrent pas à dominer cette hiérarchie : ils retendirent par la multiplication des ordres religieux , par celle des couvents de chaque ordre. Ils ajoutèrent les congrégations aux ordres monastiques , les confréries aux congrégations. C'est, surtout, Henri III qui s'est signalé par cet accroissement du clergé. Il entra, luimôme, dans une confrérie de pénitents, et y fit entrer les principaux de sa coiu*.

Entre ces confréries, ne peut-on placer l'ordre du Saint-Esprit, cpioique bien différent , dans ses apparences, d'une confrérie de pénitents? Cette institution fut le grand œuvre de Henri III. Le collier qui formait la décoration offrait aux regards les chiffres du roi, ceux de ses mignons et de ses maîtresses, entrelacés autour de la petite colombe qui représentait le Saint-Esprit : « alliance que plusieurs , dit Brantôme, trouvaient profane et indécente ; on s'en moquoit à pleine gorge, à la cour même, parce qu'il se donnait à tort et à travers, aussi bien aux poltrons qu'aux vaillants, et aux sots qu'aux habiles, pourvu qu'ils fussent favoris, ou favorisés des favoris, ou .qu'ils eussent déterminé la bienveillance royale par quelque offrande : comme fit ce personnage qui, au lieu de fdre les preuves requises, eut J'heureuse idée d'offrir au roi deux petits chiens turquets, sachant que Sa Majesté s'étoil mise en veine d'aimer les petits chiens (1). » Tout était bon, dans ce système d'attacher par la faveuf, d'attacher pour attacher, de se faire et de s'attirer des créatures pour se faire sa faction particulière contre la nation, sa société personnelle contre la société générale.

AUTRE EXTENSION DU NOUVEAU SYSTÈME DE MAISON ET DE COUR

L*EXCÈS DBS COlfTElBOTIOHS IIIDIRBCTB8 ET LA MULTI- PLICATION DES EMPLOIS PUBLICS.

Plus tard ce fut ce système qui, bien plus que l'intérêt d'accroître les finances, intérêt pour-

(t) Brantôme, discours sur M. de Tavannes.

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