MULTIPLICITÉ DES EMPLOIS
tant si cher au cœur des princes désordonnés, a fait adopter et porter à Texcès les contributions indirectes^ notamment les douanes^ dont les formalités affligent et humilient encore plus les peuples que leur charge ne les grève, parce qu'elle met les citoyens à la merci d'innombrables employés. Ces impôts ont^ aux yeux des rois absolus^ le mérite de mettre sur pied ces armées d'employés qui font naître^ dans les plus basses classes de la société > la convoitise des places^ et briguer la faveur des favoris du quatrième ou du cinquième degré.
C'est le même esprit^ enfin^ qui a fait multi* plier sans mesure les offices de tout genre, et affligé la France de la calamité du trop gouverner : calamité dont la politique ne s*est point encore occupée, et dont il serait, pourtant, si nécessaire de sonder la profondeur ; car elle est la cause et l'excuse du Tnal gouverner et du chèrement gouverner, et le prétexte plausible du gouvernement absolu.
C^est encore au règne de Henri III que se rappoile le système de la multiplicité illimitée des offices, a Les Italiens lui persuadèrent, dit a Mézeray, que la multiplication des offices « était un excellent moyen d'avoir de Fargent a sans violenter personne, et de rendre la pera sonne du roi plus absolue, en remplissant a toutes les villes de créatures qui fussent à lui, a et qu'il tint obligées, par la crainte de perdre a leurs charges, de lui aider à fouler ses sua jets (1). »
AUTRE EXTENSION DU NOUVEAU SYSTÈME DE MAISON ET DE COUR
ADMISSION DES FBKHIS DE JOUTE CONDITIOIf A LA COUR GOMME FEMMES DE SEIGNEUBS, OU COMME MAItHESSES DO BOi; d'où AFFlUATiOlf DE TOUtES LES FEMMES DE TOUTES LES CLASSES, SOUS LE HOM DE FEMMES GA- LAMTES.
Quand les anoblis, ou la petite noblesse, furent distincts et séparés de la bourgeoisie vivant noblement, ou de la haute bourgeoisie; que les gens de cour furent distingués de tout ce qui n'allait pas à la cour; qu'à la cour, les gradations de places séparèrent et classèrent
(I) Abrégé chran., p. 1130, an 1577.
les grands officiers de la maison; et qu'enfin des dignités graduées distinguèrent et classèrent les courtisans, de sorte que des développements inévitables et des extensions toutes naturelles devaient faire descendre des influences graduelles jusque dans les dernières classes de la société, et faire, pour ainsi dire, aspirer l'obséquiosité de bas en haut, il ne semblait plus possible de rien ajouter aux moyens de lier toutes les infériorités à toutes les supériorités : et, cependant, il s'en trouva encore un plus puissant que tous les autres, qui se mêla à tous, et leur donna plus jie ressort : ce fut l'affiliation d'une vaste congrégation de femmes à tous les intérêts de l'affiliation politique.
Une grande circonstance, non encore remarquée dans l'organisation de la cour, donna aux femmes cette- destination : ce fut la faculté laissée à toutes, dans toutes les conditions, et malgré la naissance la plus ignoble, de devenir dames de la cour, par le seul fait de leur mariage avec un homme qui faisait les preuves requises, c'est-à-dire qui prouvait sa noblesse dans la ligne paternelle depuis 1400. Le règlement de la cour de François P' sembla dire aux femmes : a Soyez riches et belles, et la cour vous est ouverte, la cour est votre domaine. D
n était de Pessence d'une cour voluptueuse et galante de donner accès à toutes les femmes. Cette facilité n'a pas été établie par un règlement exprès; mais c'était la conséquence de celui qui établissait le genre de preuves à faire par les hommes qui aspiraient à être reçus à la cour, Au lieu d'imposer des preuves de noblesse de père et de mère, comme dans les cours et dans les chapitres d'Allemagne, c'est-à-dire la preuve par quartiers, le règlement de François P' n'imposa de preuves de noblesse que dans la ligne paternelle, ou la preuve par degrés. Ainsi, il suffisait, |K>ur être de la cour de France, de descendre de pères et d'aïeux nobles depuis iiOO, quelle qu'eût été la naissance des mères et aïeules. 11 résulta, de là, que les grands purent s'allier sans conséquence à la roture, et même à la plus basse et à la plus odieusement enrichie; et, par une autre oonsécpience, qu'ils purent présenter à la cour ces femmes, de qui devaient naître des fils plus nobles d'un degré que leur père, quelque ignoble que fût la naissance de leur