‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 120 sur 359 · AFFILIATION DES FEMMES GALANTES · texte numérisé non relu

AFFILIATION DES FEMMES GALANTES

mère. Cette faculté ne fut point chimérique. La haute noblesse se jeta sur les riches héritières des gens de finance; et^ depuis ce temps^ on n'a cessé de voir à la cour des femmes prises dans la roture* et des enfants naître avec des noms illustres^ ayant , du côté maternel^ un grandrpère et une grand'mère^ des oncles^ des tantes^ des cousins, dont le nom seul les faisait rougir.

Les grands n'ont pas seuls trouvé du profit à ces dliances : les gens d'affaires, de finance, et autres, les ont avidement recherchées, soit comme moyen d'accroître encore leurs ridiesses, soit pour mettre leurs rapines à couvert sous un patronage illustre et puissant.

Les femmes de la riche bourgeoisie durent fort goûter un système de cour qui leur ouvrait une carrière fermée par toute l'Europe à leur vanité. La cour de France, à bon droit, acquit, alors, la réputation d*étre la plus polie du monde entier; et les femmes ne la contestèrent point. La beauté et la richesse les élevaient, réellement et solennellement, au rang des hommes de la plus illustre naissance, leur donnaient des enfants encore plus nobles que leur père ! Il est impossible de ne pas admirer, aimer et célébrer ime telle cour.

Les chances de grandeur qui s'offrirent aux filles de haute bourgeoisie radietèrent, pour toutes les fenmies de la même condition, la déchéance des familiarités qui avaient eu lieu, en de certaines circonstances, entre les princesses de la maison royale et les notables bourgeoises dont nous avons parlé aux pages 316 et 317, d'après Argonne : familiarités qui cessèrent à l'époque où les généalogies devinrent* nécessaires aux hommes qui voulaient être présentés. La condition des femmes de tous les états, en France, diangea à leur avantage, quand il fut certain qu'il leur suffisait d'avoir un mari titré pour devenir femme de la cour.

La fortune des bourgeoises distinguées par la beauté et la richesse ne devait pas se borner à parvenir jusqu'à la cour, et à s*y établir honorablement. Une fois établies, leur destinée était d'y prendre de TempU^ ; de s'y &dre une domination; de s'y rendre indépendantes d'un mari; de lui devenir même supérieures; et c'est ce qui arriva. C'était la conséquence de l'esprit de galanterie établi par François P' et son ami, le cardinal de Lorraine.

Ce ne devait pas être la seule. Quand François I*' eut secoué le joug de la décence et de la religion, et qu'il eut publiquement avoué des maîtresses, la porte de tous les honneurs fut ouverte à la b^uté, sans autre condition que de plaire au prince. Toutes les fenmies pouvant devenir dames de la cour en épousant un seigneur, ce fut une conséquence que les femmes de toute condition pussent devenir maîtresses du roi, et qu'il ne fallût pas plus de preuves de haute naissance pour être sa concubine, qu'il n'en fallait pour être la femme d'un grand et la mère d'un plus grand.

a Aux règnes précédents, dit Pierre Matct thieu , les voluptés étoient revêtues de moa destie, et éloignées d'insolence et de scan- <r dale... Le roi François fut le premier qui a démasqua l'amour et le fit marcher en plein « jour, honora et récompensa l'impudicité ; et, (c sur son exemple, le roi son fils (Henri H) ne a fit plus de scrupule d'avoir en même table « et la femme et la concubine. » (Catherine de Médicis et Diane de Poitiers.)

Quand le monarque, ayant la reine à sa droite, eut fait asseoir à sa gauche une maîtresse de basse origine, une maltresse comblée de ses faveurs, au mépris d'une épouse privée de ses regards, il fut bientôt établi dans l'opinion générale, et dans les conditions les plus médiocres, que plaire était un mérite qui couvrait tous les vices et tous les désordres, qui dispensait de tout autre mérite, et les suppléait tous; que, ne pas plaire, était un tort ; et déplaire, une offense; que l'amour n'avait plus besoin du mariage pour être autorisé; que le mariage n'avait plus besoin de l'amour pour être fructueux, donner des héritiers, et fcHider des familles; que l'amour pouvait s'allier avec le mépris, le mariage avec le dégoût ; que les amours pouvaient être consacrés par le mariage sans être plus garantis; que la fidélité n'était plus un devoir; que le lit conjugal était la couche de la convenance et de l'intérêt; et le lit de l'adultère, la couche de l'amour et du plaisir ; que l'amour et le mariage, jusqu^4à réputés indivisibles, pouvaient former sans crime et même sans scandale deux liens, deux intérêts indépendants, deux existences distinctes. Il est facile de se figurer les ravages d'une telle dépravation dans les mœurs des femmes

A LA COUR DE FRANCE

de toutes les conditions : le renversement des notions les plus saintes sur leurs devoirs^ sur leur naturelle et légitime vocation ; l'exaltation des plus foUes idées sur leurs droits prétendus ; celle des plus vaines et des plus criminelles ambitions; une ligue secrète entre elles pour soutenir leur extravagance^ mettre leurs écarts sous la protection de la mode^ et livrer an ridicule les condamnations proqoncées contre elles par la morale et la religion égale-

ment offensées : telles furent les conséquences de Tadultère couronné.

Mais^ évitons d'anticiper sur les conséquences du système de cour établi par François I*'. Bornons-nous à en offrir le complément^ en di-, sant conunent se formèrent les mœurs de la cour dans ce système^ et en montrant leur caractère; ce sera une introduction à Texamen des mœurs nationales^ qui reçurent des premières la vie et le mouvement.

Page 1