CHAPITRE II
Caractères de la galanterie à la cour, et ses relations avec toutes les habitudes morales.
Quand le roi se fut abandonné à l'empire des maltresses, il voulut, comme dit Brantôme, que tous ses courtisans en eussent; il déclarait fats et sots ceux qui n'en avaient point. Il était bien aise de multiplier autour de
(I) Montesquieu.
lui les femmes galantes; il se flattait que ses courtisans apprendraient d'elles fart de plaire; que leur service en aurait plus d'aménité, et lui serait plus agréable. Il se rappelait, aussi, combien sa mère lui avait fait de partisans dans l'ancienne cour , en donnant aux courtisans des maîtresses afBdées à ses intérêts; il conçut l'espérance de les multiplier, de se les attacher plus fortement encore, en leur ordonnant d'en prendre parmi ces femmes de la petite bande qui avaient l'ambition de le captiver lui-même. Il n'était pas difficile de prévoir qu'en leur donnant à satisfaire des vanités de femmes, il doublait pour eux le besoin de sa faveur. L'exemple du roi et l'attrait des femmes auraient suffi, sans l'autorité de ses paroles, pour mettre la galanterie en honneur : elle y fut donc bientôt.
Dans les deux sexes, l'art de plaire s'exerça avec une vive émulation. L^incontinence, le luxe, les profusions, les amusements frivoles, la captation des personnes à portée de servir, le soin de nuire aux personnes à portée de nuire, en un mot, l'intrigue, furent en grande activité. La galanterie devint une occupation qui ne laissait ni loisir ni facultés pour aucune autre. Les mœurs s'efféminèrent ; plits d'autre afiaire, plus d'autre travail que la galanterie ; on s'abandonna à cette vie oiseuse, qui, bien plus que l'oisiveté, fait, comme dit Montesquieu, « que les femmes corrompent avant même « d'être corrompues; donne du prix à tous les a riens; fait qu'on se conduit uniquement sur « les maximes du ridicule, que les femmes ena tendent si bien à établir (I). » La galanterie, en faisant une occupation continue des plaisirs de.ramour, violait tout à la fois l'intérêt de la société, et a celte loi de la nature qui a donné a à l'homme de longs espaces de temps pour a se conserver, et ne lui donne que des moa ments pour se reproduire (2). »
Cependant, l'avidité des courtisans s'accrut bientôt avec la vanité des femmes, et avec celle qu'elles avaient excitée en eux; l'avarice marcha de front avec la prodigalité. A des hommes qui ne voulaient être capables de rien, il fallait la faveur d'un roi prodigue, qui ne tînt
(1) Esprit des lois, Uv. VU, chap. viu-
(2) làid.