RELATION DE LA GALANTERIE
compte que des agréments persomiels et des recommandations des femmes^ qui se fit un devoir de récompenser les empressements et de dédaigner les services.
Ces hommes^qui avaient appris des femmes l'art de plaire^ exercés par elles à cet art^ devinrent des courtisans plus aimables; l'esprit de la galanterie est de l'esprit de courtisan tout fait. Avec l'art de plaire ^ l'art de nuire passa de la galanterie dans les habitudes de l'homme de cour. L'intrigue passa de la galanterie aux affaires : intrigue d'amour^ intrigue de politique^ intrigue d'ambition^ tout cela se tint et se mêla ; tout cela joua ensemble. Les femmes^ qui étaient le but des intrigues dV mour^ devinrent moyen dans les intrigues d'ambition 'y on se servit de leurs agrémenfs^ de leurs passions y pour avancer sa fortune (1); et, réciproquementy on se servit de la fortune pour avancer .les succès de galanterie. Toutes les femmes douées de quelques attraits, pouvant aspirer soit à devenir la femme d'un grand de la cour, si elle était riche, et d'y prendre rang à côté des femmes du plus noble sang ; soit à devenir la maîtresse du roi ou celle d'un grand seigneur, ou du moins à piquer ses sens et sa vanité par l'espérance d'une bonne fortune, elles furent de puissants moyens pour l'ambition. On en élevait, on en épousait pour les produire à la cour, et les placer plus ou moins près de la grandeur suprême.
C'est sans doute là ce qu'a voulu dire Montesquieu, dans cette phrase qu'il serait foi-t diffidle d'entendre sans ce que je crois en être la def :
a Les femmes, dit-il (2), ont peu de retenue a dans la monarchie, parce que, la distinction a des rangs les appelant à la covr, elles y vont a prendre cet air de liberté qui est, à peu près, « le seul qu'on y. tolère. Chacun se sert de a leurs agréments et de leurs passions pour a avancer sa fortune. » Par ces mots : parce que, la distinction des rangs les appelant à la cour, j'entends : parce que, les hommes de rangs distingués les attirant à la cour; ou, parce que, attirées à la cour par les hommes puissants qui forment les rangs distingués.
(1) Montesquieu, Esprit des toi».
(2) Ibid., liv. VIÏ, chap. ix.
chacun se servait de leurs agréments et de leurs passions pour avancer sa fortune. Ma version s'accorde avec la vérité de fait^ et avec Pensemble du passage cité.
Un but commun occupa les hommes et les femmes de la cour : ce fut de faire servir toutes les qualités aimables à écarter les qualités utiles et solides ; à donner à tous les amusements un intérêt, une variété qui rendissent insupportable toute occupation sérieuse; à leur attacher un charme qui fit trouver une odieuse sécheresse aux choses et aux esprits raisonnables. Il fallut, à cette cour, que tout savoir f(A pédanterie; toute vertu, une importune censure du vice; que les services signalés et le dévouement fussent regardés conune des sonmiatiens peu respectueuses à la ^reconnaissance du prince, comme des défis donnés à son indifférence; il fallut enfin, à cette cour voluptueuse, que tout accès vers le prince fût fermé aux sollicitations de Pintérêt public, aux rédamations de la justice. A la suite, ce ne fut point assez : on jugea nécessaire de l'y rendre sourd; on voulut qu'il ne pût échapper à la médiocrité, et qu'il fût un esprit sans substance et sans vigueur. Ne pouvant élever le prince audessus des hommes probes et éclairés qu'on redoutait, on avait besoin de sa dégradation (1) :
(i) Je vais placer, ici, quelques traits caractéristiques de Part dii courtisan, qui font partie d'un écrit que je tiens d'une femme célèbre; écrit qui^ sans doute, sera publié un jour par sa famille.
« Le courtisan craint-il que le prince n'ait quelque réminiscence de Tintérèt public? c'est le cas de le rassurer par la louange. On admire son inépuisable bonté dans les bienfaits qu'il répand autour de lui sur des dissipateurs, aux dépens des contribuables ruinés par l'impôt. On admire sa justice dans la disgrâce d'un homme public, dont le crime aura été de déplaire à un courtisan. Les poètes ont épuisé en honneur des princes toutes les formes de la louange, pour la faire supporter, non aux princes , mais aux peuples, dont l'aveu était nécessaire pour lui donner du prix ; mais ils ont laissé aux couriisans le privilège de tout louer indistinctement, le bien et le mal, les grandes et les infiniment petites choses, et n'o&l pu leur dérober l'avantage de l'à-propos pour placer et mesurer la louange. Les courtisans savent merveilleusement discerner le moment où la marche indirecte est plus prudente ou a plus de grâce; celui ou l'enthousiasme doit transporter; celui où le ton solennel fera plus d'effet, toujours sans empêcher la