‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 135 sur 359 · DE HENRI IV · texte numérisé non relu

DE HENRI IV

sa lettre aux états généraux de 1576^ que la nation était fatiguée de la royauté. 11 pouvait ajouter que sa conduite n'avait pas moins con* tribué à Tinclination générale vers la république, que la guerre engagée avec le dernier des Valois et lui, tous deux, princes sans postérité.

La guerre dite : des amourevx^ sera un étemel sujet de reproche contre Henri : d'Aubigné rapporte comment elle s'alluma . En 1 579, Henri 1 11, excité par sa haine pour la reine de Navarre, sa sœur, et pour le duc d'Alençon, avec qui el'e entretenait des relations suspectes, jaloux du vicomte de Turenne, qui, amoureux de Marguerite, rendait de grands services au roi de Navarre, craignant, enfin, de perdre Strozzi, qui avait conçu le projet d'épouser la sœur de Turenne, écrivit à son beau-frère que Turenne était l'amant favorisé de sa femme. Henri méprisa la délation et le délateur, et remit la lettre de Henri III au^ deux accusés. Turenne s'éloigna. Marguerite fit passer sa colère dans Fâme des femmes qui l'entouraient, et elles la firent passer dans celle de leurs amants. Ceux-ci jetèrent de grands cris contre le roi de France : ils prirent pour devise ce mot terrible : La guerre! Le roi de Navarre céda à leurs clameurs. En vain le sage la Noue s'opposa à ces emportements ; il fallut venger l'honneur des dames offensées dans la personne de la reine, chez qui, pourtant, l'honneur était un trésor mal gardé. Le roi de Navarre déclara au roi de France cette nouvelle guerre, c'est-à-dire qu'il daigna en être le héraut et l'instrument.

Cette guerre fut la sixième de la série des guerres dites : de religion^ et encore moins digne de ce nom que toutes les autres du même siècle. Quel monument contre la jeunesse de Henri IV que cette dénomination de guerre des amoureux, en d'autres mots : des galants de la cour de sa femme, qui étaient le déshonneur de 1^ sienne, qui le firent chasser d'Agen par leur insolence envers les femmes de la ville, et lui firent perdre la Réole par leurs outrages au cx)mmandant de cette place ! Qu'on y réfléchisse : Thistoire n'a rien à reprocher de plus grave à Henri III et à ses mignons. « Comme cette guerre, dit de Thou, « s'alluma sans raison et fort mal à propos, a elle finit de même, d'une manière peu avan-

ce tageuse et peu honorable pour ceux qui en « étaient les auteurs. »

Fénelon a jugé la première partie de la vie de Henri IV conune en ont jugé les contemporains de ce prince. Il met son sentiment dans la bouche du duc de Mayenne, parlant à Henri, qui confesse que Mayenne dit la vérité.

a Vous fûtes sur le point de céder à la mauvaise fortune, lorsque vous étiez acculé au bord de la mer; et vous auriez fait la faute de vous retirer en Angleterre, si Biron ne vous avait représenté les suites d'un tel parti. Tous les mécomptes de la Ligue sont venus de Vidée que nous avions conçue de vous dans votre jeu^ nesse : nous savions que les femmes vous amu~ saient partout;. que la comtesse de Guicbe vous avait fait perdre tous les avantages de la bataille de Contras; que vous aviez été jaloux de votre cousin, le prince de Condé, qui paraissait plus ferme, plus sérieux , plus appliqué que vous aux grandes affaires, et qui avait un bon esprit et une grande vertu. On vous regardait comme un homme mou et efféminé, que la reine-mère avait trompé par mille intrigues d'amourettes; qui avait fait tout ce qu'on avait voulu dans le temps de la Saint- Barthélémy pour changer de religion; qui s'était encore soumis, après la conjuration de la Mole, à tout ce que la cour voulut. Enfin, nous espérions avoir bon marché de vous (1). »

Si, comme le pense Fénelon, les mécomptes de la Ligue sont venus de* l'idée que Henri avait donnée de lui dans sa jeunesse, on peut dire sans exagération qu'ils lui sont, à peu près, imputables. Il a fait la guerre civile avec vaillance, la paix avec sagesse et grandeur; mais, avec plus de considération, il aurait abrégé la durée de la guerre et tempéré ses fureurs.

Devenu roi de France, il poussa au delà du scandale le désordre des maîtresses avouées, presque régnantes. Il porta la dissolution jusqu'à attenter à l'honneur des princes de sa famille (2). Il a laissé onze bâtards reconnus, et une multitude d'autres qu'il s'est contenté de doter et d'enrichir, ainsi que leurs mères : il

(1) FÉNBLOK , Dialogue de Henri IV et du duc de Mayenne.

(2) Voyez la Mort de Henri IV (Théâtre historique, lome I de celte collection, p. 341).

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