‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 146 sur 359 · VANITÉ · texte numérisé non relu

VANITÉ

personnel : la vanité veut seulement faire étalage des apparences. L'orgueil impose les hommages : la vanité les sollicite; l'orgueil les reçoit avec froideur, comme une dette qu'on lui paye : la vanité les publie. L'orgueil est consciencieux, il croit à la solidité de ses titres : la vanité s'en forge au besoin, ou se contente d'y faire croire ; la vanité se n^nt à ellemême ; elle n'a pas besoin de naissance : il lui suffit d'un nom qui la suppose ; de fortune : il lui suffit de faire, n'importe aux dépens de qui, une grande dépense; de mérite : il lui suffit de parler le jargon à la mode.

Il est difficile de voir pourquoi la faiblesse des femmes leur interdirait l'orgueil ; je ne dis pas seulement celui de la naissance et de la fortune, mais aussi celui du^ mérite personnel. La force musculaire ne règle pas la valeur des hommes ; les plus illustres ne sont pas toujours les plus vigoureux. L'état social a précisément pour objet de racheter les inégalités de fait La force organique des fenmies est plus que suffisante pour les élever à toutes les illustrations civiles et morales. Serait-ce une raison de croire à leur faiblesse organique, que ce besoin qu'elles ont de la protection des honunes? Quand éprouvent-elles ce besoin? dans l'exercice de cette grande fonction dcHit la nature les a chargées, et qui est un témoignage de leur force, puisque c'en est l'emploi : je parle de la reproduction. Ce grand travail^ auquoi peu d'honunes peuvent comparer leurs travaux, celui de la première éducation qu'elles donnent à l'enfance, celui surtout de l'éducation morale de tout leur sexe, et leur puissante influence sur celle du nôtre : ces fonctions des femmes ne sont-elles pas d'assez beaux titres d'orgueil, pour que ce sentiment ne leur soit pas étranger?

Montesquieu aurait été plus conséquent si, ayant reconnu dans la galanterie un prindpe de désœuvrement, par conséquent d'ennui, il avait vu dans la crainte de l'ennui l'origine de cette vanité avide des petits plûsirs, des petites jouissances , qui trompent par un peu de mouvement le tourment d'une existence vide.

Non, la vanité n'est pas plus de la nature des femmes que de ceUe des hommes; c'est une dépravation du sexe, et non son attribut.

Encore une fois, c'est l'incontinence établie en principe qui seule appelle la vanité dans les

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