‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 148 sur 359 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Premier développement du chapitre 111. Différentes vanités, oa ostentations, comprises dans la galanterie. Ostentation de naissance, de fortune , de crédit ou de pouvoir, de bel esprit, d'agréments.

OSTBNTATIOR DK lARG IT DE RAISSÂNCB.

Meiihan écrivait, quelque temps avant la ré^ volution, que « la vanité a fait plus succomber de femmes que le goût , le penchant et les sens ; qu'en général on peut espérer d*avoir du succès auprès des femmes en descendant un degré : le prince auprès des femmes de qualité, le grand seigneur auprès des femmes de robe ou de finance (2); que plusieurs femmes célèbres par leur galanterie n'ont jamais eu pour amant leur égal; qu'il leur fallait des dignités, des cordons, des titres (3). »

(1) « On peut tirer de ces deux caractères (la coquette et la femme galante) de quoi en faire un troisième, le pire de tous. » La Bruyère, Caractères ^ ch. III, des Femmes. L'auteur ajoute en note: MessaUne.

(2) Consldératums sur VesprU et les tncturs^ par Scnac de Meilban.

(3) Ibkl.,ip. 220.

Ce que Meiihan disait en 4787^ la Bruyère l'avait déjà écrit cent ans auparavant :

a Le rebut de la cour est reçu à la ville dans une ruelle, où il défait le magistrat, môme en cravate et en habit gris, ainsi que le bourgeois en baudrier, les écarte, et devient maître de la place. On ne tient guère plus d'un moment contre une écharpe d'or et une plume blanche, contre un homme qui parle au roi et voit les ministres. »

La vanité des femmes livrant letirs charmes aux hommes d'un rang élevé, et graduant leurs préférences sur l'élévation, il fallait bien que les hommes, dont la grande vanité était la conquête des femmes, eussent aussi la vanité de paraître nés ou placés dans un rang supérieur. Aussi Meiihan nous monire-t-il, dans ses con^ temporains de tous les rangs, Pambition de se faire croire d'un rang supérieur. « Le premier soin des gens de peu, parvenus à une grande fortune, est, dit-il, de se forger une généalogie (1).»

Avant Meiihan, Duclos avait dit (% :

« Si Ton s'avisait aujourd'hui de faire la liste de ceux qui s'attribuent, ou à qui Ton donne le nom de seigneur , on ne serait pas embarrassé de savoir par qui l'on doit commencer; mais il serait impossible de marquer précisément par où elle doit finir. On arriverait jusqu'à la bourgeoisie sans avoir distingué une nuance de séparation. Tout ce qui va à Versailles croit aller à la cour, et en être. »

Cent années avant la révolution, la Bruyère nous a montré, sur tous les échelons de la société, les hommes impatients d'escalader les échelons supérieurs. Il peint, en divers endroits, la gradation des vanités de naissance, à partir de la roture et en remontant jusqu'aux princes. L'assemblage de ces passages, épars dans ces Caractères, en fait un tableau curieux (3) : ^ *

a Quelle est la roture un peu heureuse et établie, à qui il manque des armes, et dans ces armes une pièce honorable, des supports, un cimier, une devise?... On se pare de couronne,... les bourgeois cependant ne prennent point encore celle de marquis, trop satisfaits

(I) Considérations sur VesprU et les mœurs, p. 131. (1) Ch. VI, sur les Grands seigneurs.

(3) U Bruyère, ch. vu.

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