‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 154 sur 359 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De rintrigue.

Le répertoire de notre théâtre comique est tout entier rempli des intrigues d'amants qui

DE L1NTWGUE.

s'entendent pour se soustraire à des contrariétés; de celles d'amants qui ne s'entendent point encore, et chwchfint à se omettre en inteUigenoe; de celles é^moaato inquiets qiat ^ndeoi s'anurer one positîoa incertaine, écâr^ ter des prétentions rivales; de celles d'amants entreprenants qui cherchent à troubler les possessions des autres ; de celles qui ont pour objet de circonvenir ou d'isoler la personne à qui s'adressent leurs désirs, d'avancer près d'elles Tami serviable, d'écarter le rival dangereux, et de mille autres dont l'énumération demanderait un volume.

Nous avons placé l'esprit d'intrigue dans les éléments de la galanterie, parce qu'elle y est nécessaire. La vive concurrence qui des deux parts y dispute les conquêtes ou les enlève, impose une grande attention, non-seulement sur soi-même et sur l'objet que l'on poursuit, mais aussi sur ceux qui peuvent y prétendre, ou vers lesquels peut le porter une préférence spontanée. Il faut ajouter aux moyens de plaire, les précautions propres à empêcher que d'autres ne plaisent : d'ailleurs il y a toujours des yeux importuns auxquels on veut dérober quelque chose. De là, des menées secrètes, des pratiques simulées, des artifices concertés, des interventions ménagées, des incidents arrangés : de là, Vintrigue dite d'a^ mour, l'intrigue galante.

C'est une belle préparation pour l'intrigue d'ambition, que l'intrigue de galanterie.

Dans celle-ci les femmes sont le but : dans rintrigue d'ambition elles sont but et moyen. Les ressources d'un ambitieux sont doublées, décuplées, par l'association d'une maîtresse à ses desseins. Les amants intriguent ensemble près d*un supérieur contre tous les concurrents qui peuvent disputer la faveur; ils intriguent par tous les intermédiaires qui peuvent la concilier. L'intrigue de deux personnes unies se mêle à d'autres intrigues gsJantes et politiques, se combine avec elles, en croise, en fait croiser de contraires. Tl n'est pas rare que vingt, trente intrigues de galanterie et d'affaires se tiennent et se compliquent, et se lient contre vingt autres du même genre.

Dans ces sociétés d'intrigue politique, serrées par l'amour, il n'est point rare que l'amour lui-même se résigne à quelque sacrifice, et qu'un amant , dans son aiîieur pour élever

sa maltresse, ou une maîtresse dans le soin d'élever son amant , aillent jusqu'à provoquer les fantaisies d'une protectrice , ou céder aux fantaisies d'un protecteur; mais, le bnt attràit, les moyena se pardoHMit et s'oublient.

Moofesquien rrif wlf que Vmprik d'intrigue est r^ando ai FHoiee; et il oa voit b source dans les fenunes de la cour : < Là^ dîi-3, chacun se sert de leurs agréments et de icms passions pour avancer sa fortune. » Voici ctt»> ment il fait parler un des correspondants des Lettres persanes, publiées, conmie on sait, en 1721, peu d'années après la fnort de Louis XTV : « Lorsque j'arrivai en France, je trouvai le feu roi a))solument gouverné par les femmes... J'entendis un jour une femme qui disait : Il faut que l'on fasse quelque chose pour ce jeune colonel, sa valeur m'est connue; j'en parlerai au ministre. Une autre disait : H est surprenant que ce jeune abbé ait été oublié; il faut qu'il soit évêque ; il est homme de naissance, et je 'pourrais r^[>ondre de ses mœurs.

« U ne faut pourtant pas que tu t'imagines que celles qui tenaient ces discours fussent des favorites du prince; elles ne lui avaient peutêtre pas parlé deux fois en leur vie, chose pourtant très-facile à faire chez les prmces européens.

«Mais c'est qu'il n'y a personne qui ait quelque emploi à la cour, dans Paris ou dans les provinces, qui n'ait une fenune par ies mains de laquelle passent toutes les gràoes et quelquefois les injustices qu'il peut faire. Ces femmes ont toutes des relations les unes avec les autres, et forment une espèce de république, dont les membres, toujours très-actifs,^8e secourent et se servent mutuellement; c'est comme un nouvel État dans TËtat : et celui qui est à la cour, à Paris et dans les iHt>vinoes, qui voit agir des ministres, des magistrats, des prélats^ s'il ne connaît les femmes qui les gouvernent, est cosûxne un honune qui voit Uen une machine qui joue, mais qui n'en connaît point les ressorts.

« Crois-tu, nben, qu'une femme s'avise d'être la maltresse d'un ministre ponr coucher avec lui? Qu^e idée! C'est pour lui présaiter cinq ou six cents placets tous les matins; et la bonté de leur naturel parait dans l'empressement qu'elles ont de faire du bien à ime infi-

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