‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 16 sur 359 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Troisiëmo suite des développements. Force militaire. Son essai contre les Anglais.

Après rétablissement d'une justice nationale, la nation voulut voir à la disposition du roi une force qui appartint aussi à la France, au lieu de celle à qui la France appartenait : ime armée nationale, au lieu d'une chevalerie sei gneuriale ; une armée toujours prête à combattre la noblesse, au lieu de servir à la rendre toujours plus oppressive et toujours plus nombreuse, en Taccroissant de tous les fainéants qui s'étaient senti quelque vocation pour le brigandage ; une armée disciplinable, et susceptible de la nouvelle instruction qu'exigeait la découverte encore récente de la poudre à canon et des armes à feu; en im mot, une armée capable de force et de durée, au lieu de , troupes appesanties par des bardes de fer et par des lances inutiles, sans liens, sans frein, sans autre but que le pillage.

De là, rétablissement de milices permanentes. Ces milices, ce fut le commun état qui les mit sur pied, qui les tira de son sein. Elles consistèrent d'abord en compagnies à cheval. « Le roi (Charles VII), dit un écrivain du temps, <c leur donna des capitaines vaillants et sages, « experts en fait de guerre, et non jeunes et

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s'y attachaient comme volontaires. Des gentilshommes furent aussi très-heiu«ux d'y entrer ; mais ils n'étaient ni en grand nombre ni des plus considérables. Ensuite se forma l'infanterie, qui fut composée d'im homme par paroisse, et cet homme était du commim état

(1) Je tire cette citation de Villaret (1444), qui n'indique pas rhistoire d'où il l'a tirée.

' Pour avoir ime armée disciplinée, il Mlait une solde régulière : ce fiit encore le cornmim état, et lui seul, qui la fournit.

On demandera peut-être quelle était la valeur, quel était le dévouem^t de ces troupes^ instituées par Charles VII, formées et payées par leiiers état? Vous allez en-juger. Ce furent elles qui, quarante ou cinquante ans avant le règne de Louis XII, firent descendre le roi d'Angleterre du trône de France où il s'était assis, et repoussèrent dans leur lie quelques milliers d'Anglais, tristes débris d'une grande armée qu'elles détruisirent. Je me trompe : ce furent elles, mais avec elles les bourgeois de Paris, de Rouen, des grandes communes.

Quand on lit les monuments, on ne peut voir sans indignation la basse courtoisie des historiens qui font honneur à la noblesse française de Texpulsion des Anglais, et de la restauration de la monarchie sous Charles VII.

C'était à la noblesse, sans doute, à déb'vr^ la France des Anglais, puisque c'était elle qui les y avait attirés; mais c'est la roture qui a rempli le devoir de la noblesse et qui a réparé son crime.

C'était la noblesse fhmçaise, sans doute, qui était à la tête des factions de B^^urgogne et d'Armagnac, dont les dissensions avaient ouvert la France à trente mille Anglais. C'était elle, sans doute, c'étaient son indiscipline y sa lâcheté, l'ignorance de ses chefs, qui à la bataille d'Azincourt avaient laissé avancer cette armée jusqu'au cœur de la France (4). C'était elle, sans doute, qui, appelée au secours de Rouen, avait délaissé à faire aide et secours au roi en cette besogne (2}. Il était de la noblesse ce Guy de Bouteiller, gouverneur de Rouen, qui avait laissé celte ville sans approvisionnements lorsque Henri V vint l'assiéger; qui informait ce prince des résolutions qui se prenaient dans la ville durant le ^iége (3); qui fut continué dans sa place de gouverneur par le roi d'Angleterre, après que la ville eut été

(1) Le comte d*Ânnagnac, dit Villaret^ imputait la déroute d'Azincourt à la Iddietéàe la noblesse. ( Histoire de France, t. XIII, p. 427.)

(2) Réponse du duc de Bourgogne au parlement de Paris, en 1418.

(3) Villaret, Histoire de France, en 1418.

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