‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 17 sur 359 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

prise^ et dont iouU la conduite découvrit un traUre,

£t il n'était pas de la noblesse ce Blanchard qui força le roi d'Angleterre à capituler avec Rouen, déjà rendue par son indigne gouverneur ; il n'était pas de la noblesse ce grand citoyen qui déclara les hommes imprenables quand la ville serait prise; qui^ ayant été excepté de la capitulation et marchant au supplice^ répondit à un ami qui rengageait à se racheter^ comme lui^ pour de l'argent : Je n'ai pas de bien; quand f en aurais, je ne donnerais pas un écu pour empêcher un Anglais de se déshonorer.

C'était de la noblesse^ sans doute^ qui composait la cour et le conseil d'Isabelle de Ba- Yière5 où fut stipulé le lâche abandon du trône de France à l'usurpateur du trône d'Angleterre ^ et où fut sacrifiée l'indépendance du royaume. C^était de la noblesse encore qui, après la mort de Charles VI et d^Isabelle de Bavière, formait la cour de Charles VII, et le tenait enseveli dans la plus honteuse indifférence pour rhonneur de la nation et le sien, tandis que FAnglais occupait ses provinces.

Et elle n'en était pas cette paysanne de Domremy, cette jQimne d'Arc, qui vint ranimer par son exemple le soldat découragé, et fit concevoir au connétable de Richemont, et à Dunois, l'espérance de sauver la patrie.

Il n'était pas non plus de la noblesse ce grand administrateur, cet habile négociant , ce citoyen dévoué qui fournit à Charles VII l'argent nécessaire pour reprendre la Normandie, ce Jacques Cœur, è qui le comte de Dammartin, qui notait pas un bourgeois, fit indignement le procès quelques années après, et dont il confisqua et s'appliqua les biens (I).

Il n'était pas de la noblesse ce savant inventeur de Tartillerie dont il fut le premier grand mattrcy ce Jean Bureau , fils d'un notaire de Paris, qui fit toujours reculer devant lui les bataillons anglais, et renversa les murs des citadelles où ils s'étaient retranchés.

Ils n'étaient pas de la noblesse, enfin, ces

(1) Ce fut Jacques Cœur, dit VHisUÀre unit;, angl., qui détermina le roi à entrer en Normandie, en lui offrant les sommes nécessaires pour en faire ]a conquéte.Sans sa bourse, on ne Taurait pas faite. (T.XXX, p. 530.)

bourgeois de Paris, ce Michel de l'Aillier, ce Jean de la Fontaine (I), ce Pierre de Lancrais, ce Thomas Pigache, ce Nicolas de Louviers, ce Jacques de Bergières, qui, sous le fer d'une garnison anglaise de 2,000 hommes, conunandée par Willby, général redoutable, mais enhardis par l'amour de la patrie et dévoués pour le salut commun , le vendredi 13 avril 1436, à la pointe du jour, ouvrirent la poterne de la porte SaintJacques à l'infanterie du connétable de Richemont (2) !

Il était noble, il est vrai, mais de cette noblesse supérieure à celle de la naissance ; il était noble, il était même prince d'une maison souveraine, et fut souverain lui-même, mais il était encore plus ennemi des Anglais et de la noblesse franco-anglaise et de la noblesse corruptrice de Charles VII, ce Richemont, ce fier Breton qui , ayant purgé la cour des indignes favoris du prince, tous bien nobles de nom et d'armes (3», vint embrasser sur le pont de Notre-Dame ies illustres bourgeois que j'ai nommés, en disant à la foule qui les entourait : « Mes bons amis, le bon roi Charles vous rea mercie cent mille fois, et moi de par lui, de « ce que si doucement lui avez rendu sa maî- « tresse cité; et si quelqu'un a mespris pardea vers monsieur le roi, soit absent ou présent, a il lui est tout pardonné. » Du pont Notre- Dame, il alla droit à la cathédrale, y entra tout armé, y fit publier des lettres d'amnistie sans réserve, qui furent religieusement observées par Charles vn. Nul ne fut inquiété ; toutes les personnes qui se trouvaient en fonctions y restèrent ; on recomposa un parlement de celui qui était resté à Paris, et de celui qui avait suivi le roi ; et le roi régna paisiblement, glorieusement, le reste de sa vie.

Ce furent aussi les bourgeois de Rouen qui rendirent cette ville au roi, en 1449. Huit cents d'entre eux, dignes imitateurs de Blanchard et ses vengeurs, se soulevèrent, firent prisonnière

(1) Les savants qui ont à leur disposition les dépôts de nos monuments historiques ne pourraient-ils pas vérifier si notre fabuliste , qui s'appelait aussi Jean de la Fontaine, ne descendait pas de celui qui se trouve, en 1436, si honorablement cité?

(2) Vil]aret,iri#toir«(tefraiM», 1436.

(3) Il avait fait arrêter au cbàtcao detlhinon; où éUit Charles VII , George de la Trémouille, et l'avait fait conduire enchaîné dans un château fort.

LOUIS XII

la gamtson anglaise qui les tenait prisonfiiers^ cette garnison composée de Téliie de Tannée anglaise doçt elte fermait le quartier général, cette garnison et avec elle le duc de Sonmierset^ lieutenant général du roi d'Angleterre, et le Taillant Talbot , surnommé l'Achille de la Grande Bretagne ; ils ouvrirent ensuite leurs portes aux troupes françaises^ commandées par Dunois.

Dans le temps même que Charles VU, ou , pour être exacte son connétable le grand Richemont^ formait son armée^ et où le commun état la reonitait et la payait, et où les bourgeois des villes en faisaient autant que les ar* mées^ une partie des nobles avec les chefs de Tancienne ti*oupe étaient en pleine révolte; d'autres formaient autour de Charles VII cette cour si célèlMre par sa corruption et sa lâcheté ; et la plus grande partie du reste se faisaient fermiers^ parce qu'ils étaient exempts de taille et en gagnaient le montant sur les propriétaires ; tavemi^rs ou cabaretiers^ parce qu'exempts d'aides^ ils pouvaient vendre le vin moins cher et gagiuer plus d'argent que les bourgeois dont ils enlevaient les pratiques; ils se faisaient aussi fermiers des impôts, publicains, parce qu'ils trouvaient là les profits de la rapine et les plaisirs de la vexation. J ai dit que la noblesse n'avait dans ces temps-là aucune industrie^ j'ai eu tort : elle eut celle que je viens d'indiquer.

Oui n'a présente à Tesprit la cour de Cliarles VII pendant la première partie de son règne? Qui ne se rappelle celle foule de mauvais sujets dont Use laissait obséder (i) y cesGiac, œs Beaulieu et autres^ que le duc de Richemont faisait emprisonner^ décapiter sous les yeux du roi^ sans qu'il osât s'en plaindie ?

La révolte d'une partie de la noblesse et des grands^ à l'époque où le connétable de Richemont forma pour Charles VII ses compagnies d'ordonnance^ est racontée avec détail par le comte de Boulainvilliers^ qui de noire histoire et de nos lois, dit Montesquieu ^ savait trèsbien les grandes choses. Voici en abrégé ce qu'on lit dans son histoire de l'ancien gouvernement de France : a Quand les états eurent

« voté la solde de nouvelles compagnies d'or-

(1) Hénault, 1426, 1427, 1431.

<i donnance^ le roi voulut d'abord que le& an a ciennes troupes se rendissent sur la frontière a pour y former des garnisons. H éprouva de a la résistance : il fut ciÀisé, dans la ville de a Bai^ur-Aube, de faire noyer un fils naturel « du duc de Bourbon , d(Mit Tavarice et Vind humanité avaient désolé ta ville et tous ses « environs. Mais l'idée de cette sévérité, que H les malintentionnés qualifièrent d'ingratitude « et de méconnaissance » ( le prince est fot^ jours ingrat envers les grands, quand il protège ceux qu^iis oppriment), « se joignant aux « autres intérêts des capitaines, i>tf/ariia ptis à a produire de grands mouvements pabui les « p&iMCiPAUX sxiGntuas DB LA couB, qui corna mencèreni à éclater laméme année. Cepena dant, ce n'était pas assez d'avoir fait vider <i les provinces de tant de pillards » ( que/ nom pour des protégés des seigneurs, supposé que l^ auteur ne parie pas des seigneurs euxmêmes/) ; «il fallait réduire les troupes à une a forme régulière et à Jla discipline. Le roi or- « donna qu'au lieu de dix ou douze chevaux « que chaque homme d'armes menait ordiiiai- « rement à sa suite, tout l'équipage du gen- « darme serait réduit à trois chevaux et deux « archers... Le roi en fit asse^ dans le cours 0 de cette année (1440) pour persuader les c< peuples de son intention et de sa bonne foi^... « ce qui lui attacha de plus en plus les cœurs « et les volontés des gens de bien. Toutefois a les chefs des troupes étaient bien éloignés de « ces sentiments... Ils disaient hautement que « ce n'était pas là la récompense due à leurs « services » {toujours des services prétendus sont opposés, comme des droits, aux intérêts du prince et du peuple); a que si on laissait dac( vantage le gouvernement de l'État au roi, il « perdrait par son imprudence et sa faiblesse tes « avantages remportés jusqu'à ce jour... y* [Langage des factieux de tous les temps : taujours ils accusent de faiblesse le prince fort sans eux ou contre eux.) « Le duc d'Alena çon débaucha le Dauphin de Tobéissance du a roi son père... Il ne négligeait rien pour at- « tirer à ses vues les autres seigneurs du sang a et les vieux capitaines... Son intrigue réussit « à C égard du due de Bourbon, des comtes de a Vendôme et de Dunois, du seigneur de la « Trimouille, du bâtard de Bourbon , depuis « amiral, et du seigneur de Chabannes; tous

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