‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 164 sur 359 · SUR LES MŒURS POLITIQUES · texte numérisé non relu

SUR LES MŒURS POLITIQUES

cour; la deuxième^ les hautes magistratures^ celles du conseil et des parlements^ les prébendes des grands chapitres dans les cathédrales, les grades d'officier au service militaire, les charges nob/es de la cour, inférieures auxchtLTges d'honneurs; la troisième, comprit des magistratures inférieures, des places sans fonctions, graduées elles-mêmes selon les honneurs et les profits.

Pendant que l'usage marquait ces divisions par le choix des personnes qui entraient dans chacune, il marquait, aussi, dans la noblesse, des gradations correspondantes qui furent consacrées par les lois.

Ainsi, Ton vit au premier rang les seigneurs dont les ancêtres se présentaient les armes à la main, en 4400. Le service d'honneur leur fut réservé à la cour. Toute noblesse de robe en fut exclue. Au second rang, parut la noblesse de quatre générations, qui entrait seule dans certains ordres de chevalerie, dans la haute magistrature, dans les grades militaires Vinrent, au troisième rang, les nobles de moins de quatre générations, à qui la judicature inférieure et Padministration subordonnée étaient abandonnées; et dans ce troisième rang même, des gradations nobiliaires étaient marquées très-sensiblement, puisqu'à chaque génération la noblesse s'approqhait d'un quart de la distance qui avait séparé Panobli, du noble de quatre générations. Le fils de l'anobli voyait son petit-fils parvenu au but; c'était, en quelque sorte, y être parvenu lui-même.

Au-dessous du troisième rang, c'est-à-dire au-dessous de l'anoblissement lîiême, il y eut encore des degrés; car les lois reconnurent au-dessous de Panoblissement parfait une fraction d'anoblissement, un demi-anoblissement. On ne pouvait nommer autrement la condition du trésorier de France, qui, ayant joui des immunités de la noblesse et mourant dans sa place, ne laissait à son fils que le moyen de Pacquérir en mourant lui-même dans la même place, ou en l'exerçant vingt années.

En multipliant les emplois, la cour donnait beaucoup de maîtres à la France, mais elle se donnait beaucoup de valets. Elle imposait beaucoup de sujétions à la nation, mais elle imposait à beaucoup de gens le profitable soin de les maintenir, et un engagement d'inviola-

ble soumission. En multipliant les nobles et les distinctions dans la noblesse, elle blessa quelques amours-propres, mais elle se fit nombre de créatures par la vanité satisfaite, et éveilla bien des prétentions par la facilité des accès et le rapprochement des grades. En rapprochant les gradations de places et de dignités, on plaça sur chaque degré la tentation de franchir le court intervalle qui le séparait du degré supérieur.

On parvint, ainsi, à un ordre de choses où les seigneurs eurent l'ambition de devenir plus grands seigneurs; oii les gentilshommes voulurent être de^ seigneurs, où les nobles de quatre générations, eurent la prétention de se faire reconnaître gentilshommes; où les nouveaux nobles ne vivaient que pour voir leur quatrième génération entrer dans la deuxième catégorie; où les riches boui^eois s'empressaient de prendre rang entre lès anoblis; où les bourgeois, qui ne pouvaient prétendre à l'anoblissement immédiat, se mirent en situation d'avancer jusque-là leurs enfants par les charges et les emplois qui anoblissaient; où ceux qui ne pouvaient atteindre à ces emplois pour eux ni pour leur famille, travaillaient à acquérir la fortune nécessaire pour y atteindre.

Ce fut une maladie générale que cette ardeur d'escalade vers une fortune ou une dignité supérieure, sur le chemin de la cour; maladie qui produisit beaucoup de rivalités et jamais d'émulation; elle gagna même ceux qui n'avaient aucune raison d'espérer des emplois. Des artisans qui tenaient du public leur existence, voulurent paraître la tenir de la cour. On vit le boulanger du roi, le tailleur du roi , le cordonnier du roi attendre le consommateur bt'înévole dans des boutiques ouvertes à tout le monde, et qui auraient été bientôt fermées si les pratiques les avaient abandonnées.

On vit, par suite de cette maladie, s'établir une multitude de protecteurs et de protégés à côté de tous les emplois et sur tous les degrés correspondants aux diverses conditions de la société. La gradation partit, si on peut le dire, des bas-fonds de Pétat social pour s'élever jusqu'au sommet. Chacun de ceux qui pouvaient parvenir aux places s'attacha, se suspendit, pour ainsi dire, à un protecteur, par la demande, par les sollicitations directes et indirectes, par la reconnaissance; le plus petit emploi fut plus

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