MOEURS POLITIQUES AVANT LA RÉVOLUTION DE
rien^ d'aider à toutes les prétentions sans compromettre aucun de ses droits; en un mot^ de faire marcher la monarchie sans cesser d'être une république.
fielles et galantes, les fenunes excitaient les désirs; riches^elles étaient o^jet de cupidité : devenues puissantes à la cour ou à la ville par des alliances légitimes ou par des liaisons criminelles que la mode élevait au^essus de la légitimité^ devenues moyens d'avancement vers tous les genres de grandeur et de fortune, elles devinrent aussi objet d'ambition.
Un père ambitionnait d'avoir de belles filles^ comme on ambitionne un utile domaine. Il songeait aux mariages qu'elles pourraient contracter^ aux alliances qu'ils pourraient acquérir.
Les jeunes hommes en âge de s'établir recberchaieQt la beauté^ moins comme une possession agréable que comme l'équivalent d'une dot^ par les emplois qu'elle pouvait faire obtenir.
Un mari permettait à sa femme, ou du moins consentait d'ignorer ses distractions d'un jour^ d'une semaine, d'un mois^ d'une ou plusieurs années, pourvu qu'elles lui fussent profitables.
Les femmes disaient qu'elles se dévouaient pour le bonheur et môme pour l'honneur de la famille^ en obtenant par leurs distractions les protections désirées. La vérité était qu'elles songeaient à leurs intérêts en servant ceux de leur famille. Elles voulaient bien servir de moyens, mais elles avaient aussi leur but. Leur vanité deniandait un rang et de l'argent; de l'argent pour se parer; la parure pour donner plus d'éclat à leurs charmes; un rang pour autoriser leur luxe et leur parure : leur rang ^ leur luxe, leur parure, pour avoir à choisir entre un plus grand nombre d'amants. Par la galanterie, les femmes, les hommes étaient réciproquement but et moyen de leurs plaisirs et de leur ambition.
Les femmes parvenues, par les intrigues galantes, au but de l'ambition, ne cessaient pas d'aimer le plaisir; maîtresses d'un homme puissant qu'elles n'aimaient point, elles avaient besoin de consolateurs secrets. Elles étaient alors but et moyen des deux grands intérêts qui pressment les jeunes hommes. Amante et bienfaitrice, une femme réunissait tout ce que pouvait désirer un amant : le cœur, les charmes, le crédit, tout était à lui.
Les hommes parvenus par les maîtresses que leur ambition avait sacrifiées à la puissance, ne cessaient pas d'avoir pour but la possession des femmes. On voulait avoir dés femmes pour obtenir des places, et des places pour avoir des femmes. On cédait sa maîtresse pour parvenir à un certain degré de puissance où l'on était sûr que d'autres viendraient oflfirir la leur.
Ainsi, l'ambition servait la galanterie, la galanterie servait l'ambition. Tout s'enchaînait par les doubles liens de l'incontinence et de la cupidité. A portée de tous les échelons qui séparaient les emplois, èe trouvait toujours quelque femme prête à aider l'ami, l'amant^ répoux qui ambitionnait de les franchir. L'intervention des femmes dans la carrière des emplois doubla la chaîne des patronages et des clientèles, des protecteurs et des protégés.
U n'est pas difficile de concevoir quelles pouvaient être, dans un semblable état de choses, les mœurs des hommes qui se destinaient à ce qu'on appelait les affaires.