‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 170 sur 359 · MOEURS POLITIQUES · texte numérisé non relu

MOEURS POLITIQUES

tables à la cour ; les notables firent convoquer les états généraux : alors> commencèrent les mœurs politiques. Ce qui suivit excède les bornes de mon sujet.

Pour que ce chapitre réponde à son titre^ il ne suffit pas que j'aie parlée bien ou mal^ des hommes qui parvenaient ^ par rintrigue des femmes, aux places d'administration ou de finance.

J'ai aussi quelque chose à dire des mœurs des gens d'Ëglise, de celles des magistrats^ de celles des honmies de guerre.

Les hauts grades militaires étaient réservés aux hommes de grand nom ; mais un grand nom ne suffisait pas toujours pour abréger des délais plus ou moins prolongés ; les sollicitations des femmes étaient souvent nécessaires pour accélérer les nominations. Je parle ici des femmes exerçant Tempire acquis à leur sexe, toute galanterie à part ; c'était quelquefois l'épouse légitime qui demandait, et, pour peu qu'elle eût de charmes, elle ne croyait pas pouvoir demander en vain (1) : plus souvent c'était une amie officieuse : a J'entendis l'autre jour, dit Rica dans les Lettres pçrsanes, une femme qui disait : Il faut qu'on fasse quelque chose pour ce jeune colonel; sa valeur m'est connue, j'en parlerai au ministre. » Un jeune homme de la cour qui joignait une jolie femme à un nom illustre, était sûr de son fait; en vertu de cette position, il ne s'appliquait nullement à l'art qu'il devait pratiquer. Il laissait, comme dit Duclos, aux subalternes l'étude de ce qu'il appelait le métier.

L'empire des femmes se manifestait sur l'armée tout entière, par un singulier phénomène; leur influence était un principe de bravoure, leur possession était le couronnement le plus ambitionné de la gloire militaire : et cependant l'attrait de leur société, l'habitude de leur commerce, l'impuissance d'en supporter l'éloignement, rappelaient les armées

(1) Bien de mes lecteurs se rappelleront ici la lettre que madame la vicomtesse de L...., née Boulogne, écrivit au maréchal de Ségur, ministre de la guerre, parce que, sans égard à sa recommandation, le ministre n*avait pas compris son mari dans une promotion de colonels. Cette lettre est un chef-d'œuvre d'insolence; la réponse du maréchal est un modèle de laconisme et de dignité.

du sein même de la victoire, lorsque les gHer* res étaient prolongées, et que le théâtre était éloigné de la France. Cette habitude faisait que, « dans les pays étrangers, ils n'étaient touchés que de ce qu'ils avaient quitté; qu% ne regardaient leurs victoires que conune un obstacle à leur retour; qu'ils pouvaient* supporter les blessures, les périls , les fatigues, mais non la perte de leurs plairirs ; qu'ils n'iûmaient rien tant que leur gaieté, et étaient incapables d'aller jusqu'au bout d'une entreprise, qui ne peut manquer dans un pays, sans manquer dans tous les autres; ni manquer un moment, sans manquer pour toujours (I). »

Les mœurs des gens d'Église, qui étaient en même temps gens du monde, ont suivi le cours des mœurs galantes depuis François P'; et toute cette partie du clergé s'avançait, comme les gens d'affaires, par le crédit des fenmies. Aux femmes galantes étaient attachés et leurs plaisirs et leurs places et leurs intérêts. Je n'ai pas besoin d'observer que les habitudes de la partie du clergé répandue dans le monde, la seule dont je parle, n'étaient pas celles du clergé tout entier; que la classe des curés a toujours été respectable et généralement respectée. J'ai voulu faire connaître les vices qui ont résulté du règne de François I*^, sans prétendre qu'ils eussent infecté la nation tout entière. Pour qu'un vice général soit une calamité nationale, que le principe doive en être recherché, que les partisans en soient détestés, c'est bien assez qu'il ait éclaté avec scandale, et qu'il ait gagné la classe qui est le plus en évidence, si elle n'est pas la plus nombreuse.

Nous avons parlé de ces jeunes femmes qu'introduisait et dirigeait à la cour le grand cardinal de Lorraine, le second de François I*' en galanterie, selon Brantôme ; nous avons rapporté les paroles de Charles-Quint, qui, pendant son séjour en France, reprochait à son hôte d'avoir « appelé, installé et arrêté une si grande affluence de gens d'Église, parmi de si grandes assemblées, abords et résidences de dames, d

La licence des prélats et la distribution irrégulière des bénéfices, continuèrent sous les

I (I) Esprit des lois, liv. Il, ch. vu.

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