AVANT LA RÉVOLUTION DE
règnes des fils de François W et durait celui de Henri IV.
Sous Louis XIII^ ou plutôt sous le cardinal de Richelieu^ qui était gabmt^ mais sévère^ le clergé se contint un peu davantage; il obtint moins par le crédit des fenunes, et dépendit de la politique du cardinal. Mais au commencement du règne de Louis XIV, qui fut celui du cardinal Mazarin, non moins galant que Richelieu, la galanterie eut grande part à la distribution des bénéfices; on vit dans les abbayes les àbhé Gottin y qui faisaient des madrigaux plus que galants; un abbé de Pure, qui faisait l'histoire galante des Précieuses ; un abbé d'Aubignac, qui publiait une Relaii<m 4u Tùyaume de coquetterie.
Vers la fin du siècle , quand madame de Maintenou et la dévotion se furent emparées de Louis XTV, et que l'hypocrisie fut à la mode, des prêtres dissolus s^établirent près des femmes galantes sous le titre de directeurs, et prétendirent allier les honneurs de la vertu avec les plaisirs de Tincontinence.
La Bruyère insinue, d'abord, ce que c'était qu'un directeur, a Si une femme pouvait dire à son confesseur» avec ses autres faiblesses, celle qu'elle a pour son directeur, et le temps .qu'elle perd dans son entretien, peut-être lui serait-il donné pour pénitence d'y renoncer. » Il nous apprend, ensuite, fort disertement ce qu'il en sait; n'oublions pas que son livre est de 1687 : « C'est, dit-il, un honune qui gouverne pluaeurs femmes; il cultive leur esprit et leur mémoire, fixe et détermine leur religion ; il entreprend même de régler leur cœur. 11 est le dépositaire de leurs joies, de leurs jalousies, de leurs haines et de leurs amours; il les fait rompre avec leurs galants; il les brouille et les réconciUe avec leur mari, et il profite des interrègnes; il sollicite leurs procès et voit leurs juges; il leur donne son médecin, son marchand, ses ouvriers; il s'ingère de les loger, de les meubler, et ordonne de leur équipage. On les voit avec elles dans leur carrosse, dans leur banc à un sermon , dans leur loge à la comédie; il les accompagne au bain, aux eaux, dans les voyages; il a le plus commode appartement chez elles, à la campagne; les enfant8> les héritiers, la bru, la nièce, les domestiques, tout en dépend. »
Trente ans plus tard, l'auteur des Lettres
persanes a peint un personnage du même genre: «c Qud est ce gros honune vêtu de niûr que cette dame a fait placer près d'elle? Gom* ment a^t^il un habit si lugubre, avec un air si gai et un teint si fleuri? Il «ourit gracieuse*ment dès qu'on lui parie; sa parure est plus modeste, mais plus arrangée que celle de vos femmes. — C'est un prédicateur, et, qui pis est, un directeur. Tel que vous le voyez, il en sait plus que les maris : il connaît le faible des femmes; elles savent aussi qu'il a le sien. — Conunent, dis-je, il parle toujours de quelque chose qu'il appelle la grâce ? — Non , pas toujours : à Toreille d'une jolie femme il parle encore plus volontiers de sa chute. Il foudroie en public, mais il est doux comme un agneau en particulier... Il fait la douceur de la vie re> tirée ; petit c(Miseil, soins officieux^ visites marquées. Il dissipe un mal de tête mieux qu*bomme du monde... »
La galanterie, qui constituait aux ecclésiastiques tant de bénéfices privés au sein des familles même, ne cessait pas pour cela d'intriguer pour leur procurer ceux que donnait l'État.
Ce même Rica, des Lettres persanes ;nm cite une femme se préparant à faire un colonel , ajoute : a Une autre femme disait : U est surprenant que ce jeune abbé ait été oublié , il faut qu'il soit évêque : il est homme de naissance, et je pourrais répondre de ses œuvres. »
Pendant la minorité de Louis XV, les abbés franchement libertins, à l'exemple du cardinal Dubois, devinrent à la mode : c'était le temps des abbés de Grécourt et des Vergier.
Quand Louis XV eut des maltresses, on vit les abbés fades et fats, tels que celui de la Soirée à la mode. C'était un abbé Favre qui chantait les quatre parties de là toilette, un abbé de Voisenon qui faisait les comédies de Fa« vart, vivait avec sa feoune, et publiait des contes Ucencieux; à leur tête était le cardinal de fiemis. Courtisan de madame de Pompadour^ et le madrigal en personne.
Aloi*s, plus que jamais, la galanterie qui avait impatronisé les abbés dans toutes les bonnes maisons, déterminait aussi la distribution des bénéfices à la nomination du roi (1).
La vénalité des charges de magistrature, qui
(1) On trouve dans tous les Mémoires du temps ce quolibet d'une courtisane célèbre par sa véradté
s'^est tant attiré de mépris^ sans altérer le respect accordé aux magistrats (résultat remarquable)^ la vénalité a^ du moins, préservé les aspirants à la magistrature^ de la nécessité de rintrigue et de Tintervention des femmes galantes; les magistrats ont été exempts de cette souillure y mais l'ascendant des mœurs s^est aussi exercé sur une partie de la jeunesse qui entrait dans sa composition.
Nous avons vu, et Ton voyait du temps de la Bruyère, «un certain nombre de jeunes magistrats que les grands biens et les plaisirs ont associés à quelques-uns de ceux qu'on nomme à la cour dèspc/«ïs-îwai7rtf5... Ils prennent de la cour ce qu'elle a de pire; ils s'approprient la vanité, la mollesse, l'intempérance, le libertinage, comme si ces vices leur étaient dus... » C'étaient là les attributs de la galanterie qui régnait à la cour.
Je répète, en finissant, que je n'ai pas eu
l'intention de peindre dans mon ouvrage le^ mœurs de la nation entière ; mais seulement de montrer les vices répandus dans les classes oisives, par Tinfluence du systeme.de cour institué sous François 1*^. Je n'ai donné confiance aux écrits satiriques des contemporains que quand je les ai vus confirmés par de grandes autorités, telles que la Bruyère, Duclos, Montesquieu, dont les ouvrages ne sont pas moins des monuments historiques, de véritables chroniques de mœurs , que des monunoents glorieux de notre littérature. Je pourrais terminer cette partie de mon ouvrage par l'épigraphe qu'on trouve en tète des premières éditions des Caractères de la Bruyère y dont j'ai si souvent cité les paroles; épigraphe qui a disparu, -je ne sais pourquoi, des éditions récentes :
Admonere voluimus, non mordere : prodesse, non lœdere : consulere moribus haminum, non officere. Ebasm.