‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 179 sur 359 · DU RÈGNE DE FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

DU RÈGNE DE FRANÇOIS I

sage et légitime, si les lieûs sont doux et s'ils attachant sans corrompre. C'est un bien, si les influences se dirigent suivant les lois qui règlent l'usage de l'autorité ; si^ procédant du même principe^ elles conduisent au môme but. Alors, elles sont utiles et bienfaisantes; elles font un plaisir de l'accomplissement du devoir; elles conduisent au bonheur par le bonheur même. Mais, si elles se dirigent contre les lois, et dans l'intérêt d'un ^uvoir arbitraire; si, procédant des vices et des passions du monarque, elles conduisent à l'oppression des peuples et à leur corruption , elles sont odieuses et oriminelles.

Les influences légitimes n'ont besdn pour s'exercer que des agents mêmes des lois, pourvu qo'îb soiei^ bien choisis. La graduaUté des empioiapabties fût celle des influences légitimes. Que le chef de l'État se fasse chérir et respecter des administrateurs, des magistrats, des chefs militaires; qu'il les obfige à mériter les mêmes sentiments de la part de leurs inférieurs, et ainsi, de grade en grade, jusqu'à ceux qui ont une action immédiate sur les citoyens, voilà tout ce qu'il faut, et voilà tout ce qui est convenable à l'autorité. Le règne de Louis XU dst un ex^oaple de la force que Tautorité royale peut tirer de l'anoour du peuple (i).

Figurcms-nous Louis XII, renaissant pour régner sur la France, et placé au milieu de la cour de Louis XTV : on loi explique toutes les lignes horizontales et perpendiculaires sous lesquelles sont rangées les personnes composant la cour, les affiliations qui en dépendent jusque dans les derniers recoins de l'empire; on lui montre le code de l'étiquette qui gouverne la tête, les influences morales de clientèle et de patronage qui gouvernent le corps et

(1) Le r^e de Louis-Philifpe eo est un autre. En deux années, ce prince a fait des preuves que de longs règnes offirent rarement l'occasion de présenter.

U ne s'est pas écoulé trois mois de suite, depuis qu'il est sur k tréne, sans qu'une tentative de révolte ait mis à Tépreave sa sagesse, sa modération, sa bonté, sa clémence, et en même temps la confiance, Faffection, le respect, le courage de la population armée de Paris.

Enfin, au mois de juin, les factions combinées opèrent un soulèvement dans l'ouest, une desC'Cnte d'exilés dans le Midi, une révolte sanglante dans la capitale : en quinze jours tout a été dissipé.

les extrémités; on lui fait connailre la nécessité de toute celte machine pour s'assurer de robéissan(?B des peuples : «Que de choses, dira-t-il, dont je n'ai pas besoin ! que d'obstacles, môme pour moi, dans ces prétendues facilités ! Est-il bien nécessaire au prince qui veut gouverner les peuples de réunir tant de moyens de se faire mésestimer? »

Dans le fait, quel besoin avait François 1^'de tout cet artifice de cour qu'il a mis en usage ? Louis XI avait comprimé les grands par la terreur. Anne de Beaujeu, sa fille, tutrice de Charles VIII, son jeune frère, les avait rassurés par sa douceur, par sa justice et ses ménagements. Louis XII et Anne de Bretagne les avaient attirés à leur cour en plaçant honorablement leiurs femmes dans la maison de la reine ; ils avaient gagné leur affection en adoptant leurs filles, en leur donnant une belle et solide éducation, en leur procurant des établissements convenables; enfin, en leur donnant des emplois. L'attrait de cette cour, tout ensemble doux et puissant, était avoué par la morale ainsi que par le goût, par les intérêts les plus chers et les plus légitimes , comme par l'inclination pour les plaisirs nobles et délicats.

Rien ne restait à faire pour soumettre les grands, je ne dirai pas aux volontés du roi et à ses caprices, mais à l'autorité royale, aux lois de l'État. Ckmtre un prince qui régnait par lui-même, qui avait l'amour de ses sujets, toute entreprise, toute révolte aurait été périlleuse et inutile. La justice, l'ascendant de quelques bienfaits mérités, Pexemple des vertus publiques et particulières, suffisaient pour rendre la soumission facile, habituelle, générale, et la faire passer dans les mœurs et dans les consciences.

En résultat donc, Louis XII n'avait rien laissé à faire par François P^ pour contenir dans les grands l'esprit d'indépendance et de révolte. Il les avait acquis à la couronne par des moyens honorables pour eux et pour la royauté. François P' n'a fait que substituer la corruption et l'avilissement des gens de cour à leur élévation et à leur moralité, dans la vaine espérance de conserver leur soumission et leur fidélité.

Voyons, donc, comment ce système lui a réussi, et si la corruption donne au pouvoir au-

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