‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 181 sur 359 · DU RÈGNE DE FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

DU RÈGNE DE FRANÇOIS I

Valois, durent prendre goût à lamaiiière d'être servis que François !•' avait établie; trouver doux et commode de régner sur lein^ officiers comme sur leurs maîtresses, par une sorte de charme; de n'avoir besoin, pour récompense, que d'accorder un peu de faveur; pour punir, que de faire sentir la disgrâce : ils croyaient que le monarque dont ils possédaient rbéritage avait atteint le faîte de l'art de régner, en parvenant à tout faire et à tout empêcher d'un regard, cuncta supercilio. Alors, ils ne se soucièrent plus des lois, des magistrats; ils dédaignèrent la froide et roide exactitude deTobéissance : l'obéissance leur parut grossière en comparaison des empressements, de la préve nance, de la prescience de leurs besoins, de leurs désirs, de leurs fantaisies. Les ressorts du pouvoir furent détendus conune superflus, et comme insuffisants, en même temps. La royauté fut désapprise; on ne parla plus du pouvoir que comme d'un art prestigieux; c'était là toute sa capacité ; on croyait la servitude assurée par des chaînes de fleurs au sem des plaisirs. Cependant l'ambition veillait, et contemplait, avec une attention malveillante et soutenue, ces misérables illusions qui laissaient échapper le pouvoir; elle attendait roccasioo de s'en saisir.

On conçoit de quelle infirmité d'esprit et de caractère durent être atteùits des princes élevés dans cette sorte d'ivresse continue. Aussi, les fils et les petits-fils de François F furent-ils fort au-dessous de ces rois de la première race qu'on anonunés Fainéants, car ceux-ci l'étaient par la constitution de l'État, qui remettait le gouvernement à un maire du palais élu paria nation, et les derniers Valois l'étaient volontairement et par système. Voltaire a dit de Charles IX, l'un d'eux, que le ciel l'avait morgue du sceau de sa colère. Cette image est trop relevée pour peindre des princes marqués de l'ignoble sceau d'une cour corrompue.Direque ces princes furent faibles, frivoles, efféniinés, serait les ménager; qu'ils furent des femmes, serait ts^uer; qu'ils eurent les défauts d» deux sexes, sans en avoir les qualités, serait plus Juste; qu'ils ne furent d'aucun sexe et audessous de tous deux, serait plus juste encore.

Ce fut dès le règne de Henri II que commença le délaissement du pouvoir, et que les Guises et les Montmorencys commencèrent à se

COiNCLLSION.

le disputer (i). Le règne de Fraiiç^)is H vit in- .tervenir la maison de Bourbon. Sous Charles IX, les princes lorrains l'emportèrent sur leurs rivaux, et la royauté était à peu près dépouillée. Henri lli voulut ressaisir le pouvoir ; maisconmient y réussir? Ce prince ne voyait dans le pouvoir royal qu'une espèce de magie. Reconnaissant que la sienne n'imjposait point aux factieux, et ne décevait plus d'autres esprits que le sien, il imagina d'en redoubler les prestiges au lieu de l'écarter, et entreprit de rétablir l'autorité par l'excès des abus qui l'avaient compromise. Les profusions redoublèrent; le faste de la cour ne œnnutplus de bornes; l'incontinence se porta aux derniers scandales; les coteries intimes prirent un caractère menaçant; les autres furent multipliées à l'infini. On vit les mignons se former en compagnies de spadassins et d'assassins attitrés; des Suisses composer la garde du prince; une partie du clergé s organiser en sociétés d*espion3 et de délateurs; les moines pulluler, les couvents couvrir la France, les congrégations renforcer les couvents, les confréries renforcer les congrégations ; tout s'enchaina, dans le clergé comme dans le système des emplois civils et de la galanterie, en patronages et en clientèles, en protecteurs et en protégés, en affiliations de coteries répondant toutes à une coterie centrale, qui était la

cour, et au prince, centre de la cour. Rien ne put sauvei^e lâche Henri UI. Il eut recours à un assassinat pour se défaire du duc de Guise (i); bientôt après, il mourut assassiné. Henri IV eut la gloire de triompher de la Ligue. Il reprit le sceptre des Valois, ceignit leur couronne, remonta glorieusement sur le trône qu'ils lui avaient laissé. Il fut clément après la victoire, se fit aimer après s'être fait redouter. Heureuse la France, heureux ce roi doué de qualités si éminentes et si aimables, si les mœurs de ces mêmes Valois ne s'étaient assises avec lui sur le trône; si le règne des maîtresses n'avait recommencé sous le sien avec plus d'éclat encore ; si la folle passion de ce roi généreux pour la femme que luimême avait donnée à son parent (qu'on disait être son fils), ne Vedi entraîné à préparer une guerre criminelle qui réveilla contre lui les passions qu'il avait si sagement assoupies! Heureuse la France, si ce^ exemple de Henri ÏV, d'un roi de si grande autorité, fortifiant ceux de François I«' et des derniers Valois, n'eût transmis leurs mœurs à Louis XIV, à Louis XV, à la cour de Louis XVI, et n'eût accumulé les ressentiments de la nation sur ce prince malheureux, à qui le peuple fit porter la peine des torts de ses aïeux. Voilà les événements historiques qui'ont résulté du règne de François I•^

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