‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 19 sur 359 · NOBLESSE · texte numérisé non relu

NOBLESSE

Les articles 7 et 8 font voir que ces mtoes capitaines dételaient les bœufs et les chevaux des charnies et des voitures de transport; qu'ils prenaient les bestiaux dans les champs, et rançonnaient les laboureurs et voituriers pour les leur rendre.

f-es articles 9, 10, 11 et 12 nous attestent que les mêmes capitaines et gens de guerre défonçaient les vaisseaux et pipes qui contenaient des vins et autres boissons; qu'ils jetaient les blés et autres biens dans les puits pour les détruire; qu'ils coupaient les blés en herbe, les faisaient pattre par leurs chevaux, les battaioit et les faisaient battre en épis; qu'ils coupaient ks vignes et arbres firuiciaux; que d'autres fois ils contraignaient de racheter, par de grosses ran- ^ns^ ces blés, ces vignes, ces arbres fruitiers. Et, pour empêcher tous ces excès , le roi menace toujours de dégrader de noblesse, parce que les nobles étaient les gens qui s'en rendaient coupables.

Les articles 13 et 14 nous apprennent que Tinoendie n'était pas moins familier à cette généreuse noblesse que le vol et la rapine. Le roi lui déieod , toujours à peine de dégradation , « de meUre le feu en

Louœ xiî.

coiiiposée que d'un petit nombre de nobles (i)? Pour en être convaincu, ne suffiraît-il pas aussi de remarquer que cette armée fut comnaandée par le connétable de Eichemont^ prince dévoué à la restauration du trône et de la nation> ardent ennemi des Anglais^ ainsi que des seigneurs^ qu'il regardait comme leurs alliés, les uns parce qu'ils partageaient et entretenaient la dissolution de la cour ; les autres parce que leur brigandage désolait la nation.

J'ai dit que la partie de cette noblesse féodale qui n'était pas en révolte contre le roi , ou en conspiration avec lui contre le trône de la nation, s'était vouée à des professions basses, à des vexations obscures et lucratives. Sur ces points mes preuves ne sont pas moins autiientiques que sur les précédents : mes témoins, ce sont des rois ; leurs dépositions, ce sont leurs lois.

Charles V, dans ses ordonnances de 1382, i383, i388, défend, d'abord, aux nobles de prendre les aides à ferme ; il leur reproche, ensuite, d'en avoir pris malgré ses défenses, et impose des peines aux contrevenants; il leur reproche, enfin, d'avoir éludé ses défenses en les faisant prendre par leurs gevs et serviieursy toujours en vilenant, battant , navrant, tmint les enchérisseurs non nobles.

En i392, le même prince leur reproche de se faire cabaretiersy leur disant que ce

gerÉes, en malsons, en foins ou pailles^ lUs, linges, langes, ustensiles et ménages d'hostel, plpes,pressouers et vaisseaux, ne en aucune chose, pour les faire ardoir en quelque manière que ce soit ; et d'abattre les couvertures des maisons, dont ces nobles pillards prenaient les charpenteriès pour eux chauffer, »

Brave noblesse! Elle n'était pas tout entière, il faut l'avouer, aussi héroïque, puisqu'il se trouvait dans les états d'Orléans des nobles pour se plaindre d'elle, et demander qu'elle fût contenue : mais c'était la plus haute et la plus considérable qui se livrait à ces excès. La loi qui réprime ces attentats marque une des époques les plus importantes de notre histoire.

(1) Vignoles de la Hire, Pothon de Saintrailles, étaient des seigneurs attachés au service du roi ; mais ils faisaient exception, ainsi que Dunois et le connétable. Ce fut la Hire qui dit sévèrement à Charles Vil, occupé des préparatifs d'une fête : On ne peut pas perdre plus gaiement un royaume, Beauvau et Chabannes furent aussi de ceux qui se dévouèrent pour l'expulsiop des Anglais : ils furent tués à la tète de leurs groupes en Guyenne.

n*eiU point office de nobles d'élre taverni^x.

On obiectera contre ces citations qne« se rapportant à la fin du quatorzième s^nie, elles ne prouvi^t point des assertions qui <x)noernent le milieu du quinzième. Je réponds par une loi de François I*', de d540, loi dont les termes prouvent que, dans l'inteiTalle, Fusage ou l'abus des tavernes nobiliaires n'a point été interrompu; en effet, cette loi répète la prohî> bition de Charles V dans les mêmes termes: que ce n'est pas office de nobles d'être taver^ niers. La répétition de la même censure, et dans les mêmes mots, est une preuve de la continuité de Tabus. J'ajouterai que Claude de Seyssel, conseiller de Louis XH, dit (pie, de son temps, « toutes gens, excepté les nobles, lesa quels encore je n'excepte pas tous, se mêlent <c de marchandise (4). »

4 la même époque, François l"' disait encore, en parlant d'un grand nombre de nobles : <i Ils exercent le fait d'agriculture et labourage . a et tous autres actes mécaniques et roturiers, a tout ainsi que font les plébéiens et gens du a tiers et du bas état, contribuables à nosdites a tailles et aides, sans, pour ce, nous payer auor cunes choses ; ce qui toqme grandement <c à la foule et charge desdits gens du tiers et « bas état. »

Certes, c'était porter un notable préjudice à ces malheureux sur qui pesaient les aides et les tailles, que d'exercer leurs professions sans payer les charges dont elles étaient grevées. Les privilégiés, pouvant servir ou vendre à meilleur marché que les plébéiens, en gagnant davantage, étaient sûrs d'obtenir la préférence de ceux qui avaient besoin d'eux; ils se donnaient ainsi le monopole, des ventes, l'exclusif des fermes ; c'est-à-dire qu'ils aggravaient pour le peuple le poids des impôts, et lui dérobaient en même temps les moyens de les acquitter.

J'ajouterai, surabondamment, qu'mi article du cahier présenté par les trois états réunis en i484, invita le roi à charger des nobles, copcurrenoment avec des bourgeois exercés au service militaire, du conmiandement des compagnies de gendarmes (2) : tant il est vrai que

(1) Histoire de Louis XII.

(2) Les états de 1484 demandèrent entre autres dioses, dans leurs cahiers,

H Que les gens d*armes soient baillez à geni> et ca-

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