CHAPITRE VII
Suite de 1630 à 1629. -^ Objets des eonvenations de l'hôtel de Rambouillet. — Conversations de Balzac avec la marquise.
Quel était l'objet le plus ordinaire des conversations de rhôtel de Rambouillet, quel en était le ton, quel en était le langage?
Dans tout ce que j'ai lu de l'histoire littéraire et morale du dix-septième siècle, je n'ai rencontré d'autres paroles attribuées à madame ^de Rambouillet que celles-ci: «Les esprits a doux et amateurs des belles- lettres ne trouce vent jamais leur compte à la campagne (i). » Apcune biographie, même la plus riche en noms inconnus et digues de Tétre, n'a trouvé de quoi faire un article de quatre lignes sur cette femme dont la maison fut si célèbre : preuve incontestable qu'elle n^a jamais fait parier d^elle. Son opinion sur la campagne ne regarde point les maisons de campagne, plus qu'urbaines, de notre temps. .Elle regarde la vie campagnarde, la chasse, la pêche, et même, il faut l'avouer, l'agriculture, dont il est fort pardonnable à une femme du grand monde de n'être pas charmée. Madame de Staël a dit, dans nos temps d'agronomie et d'horticulture, qu'elle aimerait assez Vagriculture, si elle ne sentait pas le fumier. On ne peut pas dire, pour expliquer cette conformité de sentiments, que madame de Staël fut de deux cents ans en arrière de son' siècle, ni madame de Rambouillet de deux cents ans en avant du sien ; elles étaient toutes deux de leur temps, de leur sexe, et toutes deux plus sensibles aux plaisirs de l'âme et de l'esprit qu'à tout autre.
Au défaut d'écrits ou de paroles attribués à
(1) Page pénultième des Mémoires de Duma«rier, cilêe dans le DucoHoiia, I** partie, p. 103.
la marquise de Rambouillet^ j'ai fait 46S recherches pour connaître l'objet le plus ordinaire de ses conversations intimes. Les œuvres de Balzac me l'ont appris. Trois Icmgues lettres de cet écrivain qui lui sont adressées, comme suite des conversations ou entretiens qui ont eu lieu entre elle et lui, la font mieux connaître que tout ce qui aurait pu être écrit sur son compte.
Ces trois lettres, fort étendues et que Tauteur a intitulées Discours yWai ce que Balzac a écrit de (dus intéressant et a le mieux écrit (1). On n'y trouve ni cette enflure, ni ce vide d'idées, qu'on lui a reprodié. Le style en est simple et noble ; les pensées en sont justes et pleiQes de raison ; les sentiments en sont vrais, élevés et profonds : on peut dans ces écrits prendre, tout à la fois, une idée juste de la portée et des directions de la marquise de Rambouillet, et des conversations qui avaient lieu dans son intknité.
Le premier discours est en partie le résumé, et en partie le développement d'une conversa-» tion sur la grandeur du caractère romain; Balzac y peint, d'afHrès Poiybe et Tite-Live, l'âme d'un citoyen de la république : après l'avoir montré impénétrable à la vanité^ à la peur, à Cavarice, ensuite insensible à la faveur de Fétranger, ou d'un usurpateur, il le fait voir à la dernière épreuve de sa vertu : c'est l'injustice de la république à son égard. a La république, madame, ne le peut perdre, « quelque négligente qu'elle soit à le conser- « ver; il souflre non-seulement avec patience, a mais encore avec dignité, ses mépris et ses « injustices. Jamais il ne lui est venu dans l'esa prit de se venger d'elle par une guerre ci- « vile, et il trouve bien plus honnête le nom et d'innocent banni que celui de coupable vio- « torieux. On lui a per^iadé dès son enfance, « et depuis il n'^ a pas douté, qu'un fils ne a peut jamais s'acquitter de tout ce qu'il doit « à une mère, voire à une mauvaise mère qui
(I) Ces lettres ne sont point datées dans les nombreuses éditions qui ont été faites des œuvres diverses de Balzac; elles paraissent être de 1620 à 1630, temps où Balzac était âgé de vingt-six à trente-six ans, et la marquise de trente-huit à quaraute-huit. On en troavërait, probablement, la date précise dans l'édition complète des Œuvres de Fauteur, en 2 vol. in-fol., publiée en 1665, après sa mort, par TabbéCassaigne, son ami.