CHAPITRE VIL
a son. La conversation, le théâtre et les vers « avaient la leur. Jamais les plaisirs de Tes- « prit ne furent mieux goûtés que par ces « gens-là.
« A qui furent-ils plus nécessaires et plus « utiles qu'à Auguste, pour éloigner de son ce imagination les débauches de sa fille, la dé- « faite de ses légions, la révolte des provinces, « et pour apaiser et mettre en repos cette parce tie impatiente de son âme qui se tourmen- << tait et veillait sans cesse?... Auguste suivait f< le conseil de la nature, qui veut que tout ce « qui travaille se repose, qui entretient la durée ce par la modération, et menace la violence de « fin... Ce repos, c«s distractions, sont des c< besoins de la vie humaine, quelque riche et ce suffisante à soi même qu'elle puisse être c< d'ailleurs... Ce sont, à proprement parler, les a voluptés de la raison et les délices de Tintelcc ligence... Un grand philosophe (1) n'a pas « craint de dire que le repos et le divertissement ce n'étaient pas moins nécessaires à la vie que a les repas et la nourriture... Mais il ne veut 0 pas que les sages passent le temps comme le a vulgaire. Le commerce des paroles doit être c< leur plus douce occupation. Il a recherché c( les habitudes vertueuses qui doivent régler « ce commerce, et s'étendre à tous les entre- ' « tiens que les hommes ont les uns avec les € autres. U a découvert, entre la mauvaise hu- « meur et la bouffonnerie, un miheu approuvé ce par la raison, dans lequel l'âme se dilate par ce un mouvement modéré, sans s'énerver par la te dissolution. C'est la première condition qu'il a estime nécessaire. Il veut, aussi, pour ce coma merce une certaine douceur et facilité de ce mœurs, qui sait être accommodante sans être a servile, qui n'approuve pas tout sans choix, ce qui ne rejette pas tout par dégoût.
« Il exige, encore, une franchise naïve et une a coutume de dire vrai, aux choses môme inci différentes, sans vaine ostentation , sans rea tenue affectée.
« Sans douceur, les assemblées des hommes a ne seraient que des troupes d'ennemis, ou ce des cercles d'admirateurs réciproques.
ce Sans la franchise, elles seraient ou des ce écoles de dissimulés qui ne veulent pas dire ce quelle heure il est, ou des théAtres de capi- > — — — — ^
(0 Aristotc.
ce tans qui disent plus qu'ils ne ^vcnt, et plus Cl qu'ils ne font et peuvent faire.
ee Sans une certaine mesure dans l'humeur, ce les assemblées seraient trop tristes ou trop a gaillardes ; ce seraient des convois funèbres, ce ou des spectacles licencieux.
ce Les premiers Romains n'eurent pas les a qualités nécessaires pour la conversation, ce Tant que leur éloquence, pour user des terce mes de Varron, a senti lès aulx et les oignons, ce on n'en devait rien attendre de fort exquis. < Mais ils trouvèrent un fonds si heureux, que ce d'abord le bon esprit fut chez eux une chose ce populaire. La politesse passa du sénat aux ce ordres inférieurs, voire au plus bas étage du ce menu peuple ; et si, en leur cause, on doit « croire leur témoignage, ils ont effacé ensuite cr toutes les grâces et toutes les vertus de la ce Grèce, et ont laissé son atticismb bien loin ce derrière leur urbanité. »
Ici, Bahac nous apprend que, de son temps, ce mot à'urhanité n'était pas encore reçu en France : il pense que, quand Vvsage taura mûri, et aura corrigé Vamertyme de la nouveautéj nous nous y accoutumerons, comme à d'autres que nous avons empruntés de la même langue.
Il croit que ce mot, chez les Romains, s'entendait principalement de la science de la conversation, et du don de plaire en bonne compagnie; que les Grecs ont abusé de cette connaissance, et que les seuls Romains, même en Italie, en ont connu le vrai et le légitime usage. Les citoyens romams apportaient de grands avantages dans le monde ; devaient beaucoup à leurs mères ei à leur naissance ; savaient quantité de choses que personne ne leur avait apprises. Il n'y a plus de doute que, dans leur plus familier entretien, il n'y eût des grâces néghgées, et des ornements sans art, que les docteurs ne connaissent point, qui sont audessus de l'art et des préceptes. Balzac pense qu'à l'aménité, ils joignaient cette grandeur a dont il leur élait impossible de se défaire, ce parce qu'elle tenait à leur cœur et à leur esce prit, parce qu'elle avait racine en eux, et n'c- « tiit pas appliquée sur leur fortune. Pas un « de leurs gestes, pas un de leurs mouvements c( qui fût indigne de la souveraineté du monde ; ce ils riaient même, ils se jouaient avec une c< sorte de dignité. »