CHAPITRE VH
Ici, l'auteur fait un retour vers madame de Rambouillet, pour remarquer qu'elle est de ce caractère, qu'elle descend du même principe, fille" de leur discipline et de leur esprit, et ne tient pas moins de la magnanimité des César et des Scipion, que de Thonnéteté des Livie et des Comélie.
Je crois cet éloge bien mérité : et il est difficile de le croire une plate louange, quand on considère Thomme qui le donne, le fond de Touvrage où il Ta placé, le sentiment qui Tanime en récrivant, celui qu'il suppose à la personne pour qui il l'écrit. Et, enfin, cet éloge vient si naturellement à la place où il se trouve, qu'on ne peut y méconnaître une sorte d'à-propos qui ne serait pas venu à l'auteur pour une femme vulgaire.
L'auteur cite plusieurs exenaples de Turbanjté des plus illustres Romains du temps de la république, « même de ce fâcheux et insupa portable homme de bien, Caton le Censeur, u Cette urbanité avait son temps et sa place « dans cette république de fer et de bronze, Il parmi des citoyens d'une simplicité fine, «d'une innocence spirituelle... Ils recevaient c le soir, dans le cabinet, les grâces qu'ils (( avaient rejetées le matin sur le tribunal ; mais « les grâces n'étaient chez eux ni affectées, ni a licencieuses; elles ne fardaient pas la ma- «jesté; elles l'ajustaient de façon à en tempé- « rer Paspect.
« Ces grâces, madame, et cette majesté, se u séparèrent à la fin. Les grâces parurent en- « core sous les empereurs, mais elles paru- « l'eut seules, car la majesté des paroles se a perdit avec la liberté. »
L'auteur rapporte les paroles de Cassius à Brutus avant les ides de nuxrs : a Ces paroles, i< madame, sont les dernières que prononça la H république avant de rendre l'âme... C'était le « caractère de l'esprit de Rome, c'était la lan- <f gue naturelle de la majesté. »
L'auteur finit par des ob8er\ations sur les monuments qui restent de la conversation et des mœurs privées des Romains; il exprime ses regrets sur leur rareté.
Cette dernière partie est d'une érudition qui sait choisir les sources auxquelles on peut remonter avec profit. Elle présente, aussi, des résultats assez piquants des recherches de l'auteur. « Le premier César avait recueilli avec
« soin ce qui s'était dit, et se disait diaque jour, « de plus remarquable dans Rome. Tiron a avait fait un recueil des bons mots de Gicé- (X ron; et un ancien grammairien parle de deux « livres de Tacite , qui avaient pour titre les « Facéties. »
Le troisième discours de Balzac à la marquise de Rambouillet, est intitulé de la Gloire, Cet écrit est d'mie âme généreuse et soule\ée contre la cupidité, qui était la maladie dominante sous le règne du cardinal Mazarin. L'auteur y oppose l'amour de la gloire, qui, diez les peuples anciens, à Rome surtout, payait les plus grands services; il s'exaHe de nouveau, etavecuneéloquente chaleur, au souvenir de ces grands hommes de la république romaine, dont il sent si bien la dignité.
Cet écrit est terminé par un nouvel éloge de la personne à qui il s'adresse. « Vous avez « dans l'âme, madame, tous les principes de « la haute et ancienne généroaté. Vous croyez « que la vertu se tient lieu de digne et de suf- « fisante récompense, mais qu'elle accepte la a gloire sans l'exiger; que la gloire n'est pas a tant une dette dont s'acquitte le public, « qu'un aveu de ce qu'il doit, et, tout ensem- « ble, une protestation qu'il est solvable.»
Plusieurs trouveront les conversations rappelées par Balzac d'une gravité qui \-a jusqu'au ridicule; les sujets qu'elles traitaient seraient ridicules, sans doute , dans la société d'une bourgeoise de petite fortune qui aurait à soigner elle-même son ménage et ses enfants. Ils seraient ridicules dans les entretiens d'une femme sans esprit, sans jugement, qui aurait la vanité de faire la savante. Ils seraient ridicules dans un pays où tous les esprits seraient tendus aux affaires publiques, soit par la nature de la constitution, soit par une révolution flagrante, ou récente, ou imminente.
Mais, dans une nKwarchie ancienne dont rien ne menaçait l'existence , où les affeirps publiques étaient gouvernées par un pom'Oir héréditaire, où une grande fortune donnait de
longs loisirs , où des études suivies
étaient le
plus sûr moyen d'éviter les ennuis du désœuvrement, où la culture de l'esprit pouvait seu « assurer des jouissances à l'âge mûr et a vieillesse , les études de la marquise de Bmbouillet étaient éminemment raisonnables.
Je demande si la nature de ces études n