‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 216 sur 359 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

obstacle à franchir pour se marier; c'était sa religion. Montausier était calviniste; il lui fallut le temps d'abjurer; il abjura en 4645 , âgé de trente-cinq ans^ conune je l'ai dit; et alors, il épousa Julie, qui avait trois ans de plus que lui. Voilà l'histoire de son mariage, qui n'a rien de remarquable que son opposition avec* ce qu'on en raconte.

Ce fut pendant son séjour à Paris , dans l'hiver de 1641 , que le marquis de Montausier fit à Julie cette fameuse galanterie d'une guirlande peinte sur vélin in-folio par Robertet, à la suite de laquelle se trouvent toutes les (leurs dont elle se compose, peintes séparément, chacune sur une feuille particulière, au bas de laquelle est écrit de la main de Jarry, célèbre calligraphe et noteur de la chapelle du roi, un madrigal qui se rapporte à cette fleur.

Dix -huit auteurs ont concouru à l'œuvre poétique, savoir : le duc de Montausier, les sieurs Amauld d*Andilly père et fils, Conrart , madame de Scudéry, Malleville, CoUetet, Hubert, Amauld de Corbeville, Taliemant des Réaux, Martin, Gombauld, Godeau, le marquis deBriote, Montmor, Desmarest, et deux anonymes. Le volume qui contient cette guirlande, célèbre sous le nom de Guirlande de Julie, a été vendu i4,510 francs à la vente de M. de la Yallière, il y a quarante ans.

Cet hommage du marquis de Montausier était-il de si mauvais goût?

La violette disait à Julie :

«t Modeste eu ma couleur, modeste en mon séjou», Franche d'ambition, je me cache sous Therbe. Mais si, sur votre front, je puis me voir un jour, La plus humble des fleurs sera la plus superbe. •

Toutes les fleurs ne s'expriment pas aussi heureusement que la violette ; mais, toutes, payent un tribut plus ou moins flatteur. Les dix-huit noms propres qui s'étaient associés aux noms de ces fleurs, étaient les plus célèbres du temps; la peinture et la calligraphie, qui fixaient sur le vélin les fleurs, les vers, le nom des auteurs, étaient des chefs-d'œuvre. Quel hondmage plus noble peut offrir un amaut à l'objet de sa tendresse et de son respect?

Le mariage de Julie de Rambouillet concourt à marquer l'époque où la société de la marquise, sa mère, commença à se dissoudre; et, ensuite, à faire tomber les applications que

nos biographes modernes ont faites k cette société, des traits lancés par Molière, en 4639, contre les préeieu$e$ ridicmiei. Ce mariage fut la première cause qui mit fin à ce qu'on peut appeler ie règne de l'hôtel de Ramlxmlktj c*esi-à<lire à ses nombreuses réunions, à fappareil des conversations de.haut intérêt, à Tinfluence, à l'autorité des opinions qui y prévalaient. Après cette cause de dissolution, vint la guerre de la Fronde, qui divisa toutes les familles de la capitale.

Le duc et la duchesse de Montausier passèrent deux années à Paris et dans l'hôtel de Rambouillet, après leur mariage. Mais, vers 4648, cette guerre de la Fronde étant près d'é* dater; Montausier se brouilla avec un grand nombre de ses amis qui prirent parti contre Tautorité royale. Il embrassa le parti de Mazarin qu'il méprisait, mais en qui il voyait cette autorité; se brouilla avec le prince deCondé et sa sœur qu'il aimait, mais en qui il voyait des rebelles. En 4648, il se rendit, avecinadame de Montausier, dans son gouvernement de TAngoumois, pour contenir les habitants dans l'obéissance; il y réussit (I). En 4649, il revint quelques mois à Paris, pour des affaires personnelles, mais il retourna bientôt avec sa femme dans l'Angoumois, où il se battit et reçut de graves blessures pour la cause royale; il ne rentra dans la capitale qu'en 4653, après la pacification de la guerre civile. Madame de Montausier y fut rappelée, quelques mois avant lui, par la mort de son père. Pendant ces quatre années d'absence et de guerre intestine, la maison delà marquise de Rambouillet était fort délaissée.

Dirai-je que la mort de Voilure, arrivée dans la môme année 4648, cette mort pour lal|uelle l'Académie française avait pris le deuil, frt au^i un vide dans l'hôtel de Rambouillet?

En 4652, après la guerre de la Fronde, ma^ dame de Rambouillet, âgée de soixante-douze ans, fut accablée de chagrins. Quelques années avant, elle avait perdu, conune nous l'avons dit, son second fils, mort de la peste entre ses bras. Elle perdit son mari en 4653. En 4654, elle perdit son fils aîné, tué, à l'âge de 34 ans, à la bataille de Nortiingen. Enfin, en 4658, elle se sépara de sa plus jeune fille r

(1) Vïe de MontamUn-, parle P. Petit, 1. 1, P ^^'

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